M. Lescure. L’épargne en France, p
notre pays et que la plupart des commandes aient été passées à l’industrie française. Cependant, les émissions de valeurs étrangères exercent une influence sur l’orientation de l’épargne qui tend à préférer les placements étrangers aux placements nationaux.
Il n’est pas exact, en réalité, de déclarer que les capitaux nationaux qui sinvestissent à l'étranger sont perdus pour l’industrie nationale et que le développement économique du pays prêteur est sacrifié à celui des pays étrangers.
Ce sont de vieux pays qui souscrivaient aux émissions étrangères ; leur industrie, déjà constituée, préférait dans une certaine mesure, le recours aux procédés d’autofinancement par prélèvements sur les réserves, à l’appel à l’épargne publique.
L'industrie nationale, d’autre part, ne manquait pas de capitaux, ils étaient abondants et à bon marché ; les détenteurs de capitaux ne plaçaient pas à l’étranger tout leur avoir. Si tout le capital national avait été investi à l’étranger, le taux de l'intérêt se serait élevé et aurait ramené les capitaux expatriés car les mouvements des capitaux étaient commandés par les variations du taux de l'intérêt.
Mais la direction prise par l’épargne entraînait, en France et en Angleterre, des conséquences fâcheuses pour l’organisation bancaire.
Les banques d’affaires et les établissements de crédit habitués au lancement des emprunts étrangers, se préoccupaient fort peu de l’économie nationale, qui exigeait de leur part un effort d'adaptation à ses besoins.
Le crédit aux entreprises moyennes, a toujours été, en France, organisé de façon insuffisante.
En Angleterre, les banques d’affaires ne participent pas
aux émissions intérieures et cette abstention des banques a donné au système d’émission britannique un aspect particulier, regrettable sur certains points. (Voir infra.)
Si une défectueuse organisation du crédit dans certaines nations doit être, en partie, imputée aux placements étrangers qu’elles ont consentis, l'inconvénient de ces derniers est surtout d'augmenter le risque qu’encourent l’épargne et l’économie nationales.
L’échec financier d’une entreprise nationale cause une perte sensible à l’épargne, sans que l’économie nationale subisse la même lésion, tandis que celui d’une entreprise étrangère fondée avec des capitaux nationaux, profite à l’économie du pays étranger.
La déconfiture de l’entreprise du Canal de Panama à été une perte pour l'épargne et l’économie françaises ; elle a été une source de richesses pour l'Amérique.
C’est le reproche le plus grave que méritent les placements étrangers ; le pays emprunteur est tenté de gaspiller les capitaux qu’il n’a pas formés lui-même, d’autre part, une étude préalable à l’émission s'avère d’autant plus difficile que l'engouement du public se porte plus volontiers sur les placements lointains, susceptibles, parce que mal connus, de procurer des profits inespérés.
C’est avec la guerre que sont apparus les dangers des placements étrangers ; la majeure partie d’entre eux se sont révélés désastreux. Cependant, les titres étrangers ont eu une certaine utilité pendant les hostilités ; réquisitionnés par l’État, ils ont permis de solder les achats de fournitures aux nations non belligérantes.
L'évolution profonde que la guerre a fait subir à la vie des nations, a transformé depuis, le problème des émissions de valeurs étrangères. Elles résultaient de l’application
des conceptions libérales aux mouvements des capitaux ; les progrès du nationalisme économique ont pour effet de les restreindre.
L’épargne est consommée entièrement dans le pays qui l’a formée et dont les besoins accrus de l’État exigent des sommes de plus en plus considérables.
Ce sont des considérations politiques, qui expliquent les placements, qui ont encore lieu, effectués sous forme d'exportation de monnaie ou d’or; ils deviennent un instrument de la politique étrangère d’une nation qui s'assure des alliances à ce prix.
L'exemple des rapports de la France et des États de la Petite Entente et de l’Europe centrale est concluant, sur ce point.
L’instabilité économique et monétaire favorise les placements à court terme qui l’emportent sur les autres ; même lorsque ceux-ci existent, ils ne répondent pas au souci du développement économique du monde ; ils sont alors l’une des formes de la thésaurisation : pour échapper aux risques monétaires ou fiscaux, les individus préfèrent les valeurs étrangères qui paraissent accorder de plus sûres garanties. La généralisation de cet état d’esprit est la cause des mouvements anormaux de capitaux dont l'ampleur a amené une instabilité monétaire chronique.
Ainsi s'explique la décroissance des émissions étrangères en France.
Alors qu'avant la guerre, nous étions le banquier du monde et que les émissions étrangères, en France, dépassaient les émissions nationales, depuis la guerre, elles ont à peu près disparu.
En 1913, les valeurs étrangères détenues par les particuliers dépassaient 41 milliards de francs, les valeurs
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françaises 80 milliards. Le montant des émissions annuelles était double de celui des titres français.
Depuis la guerre, l’épargne française ne souscrit pour ainsi dire plus de valeurs étrangères.
Valeurs étrangères émises à Paris.
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En définitive le problème des émissions de valeurs étrangères soulève un conflit entre l’intérêt de la nation pour qui ces émissions sont une source d'activité, puisqu’elles correspondent à une passation de commandes et l’intérêt bien compris du porteur, qui désire une valeur sûre. Sacrifier ce dernier, c’est risquer d’amener un découragement de l’épargne, mais l'instabilité qui caractérise la période actuelle ne permet pas de donner à cette question une solution que la restriction des échanges internationaux rend, pour le moment, inutile.
Section II. — Émissions de valeurs mobilières des Sociétés faisant appel à l’épargne publique et celle des Sociétés «privées ».
Le but auquel répondent les émissions de valeurs mobilières est double :
D'une part, fournir les capitaux nécessaires à la constitution d’une entreprise ou indispensables à son extension ;
D'autre part, permettre à une exploitation privée de