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DE QUELQUES AUTRES ÉMOTIONS

Comme je l'ai déjà dit, ce n'est pas mon dessein de faire ici une analyse physiologique des phénomènes corporels qui caractérisent toutes les diverses émotions.

Je me borne pour le moment à celle des quatre grandes émotions étudiées ici, et encore je les prends clans leurs formes les plus caractérisées, leur constitution conventionnelle pour ainsi dire ; il est clair, en effet, que certains états psychologiques, qui sont rangés d'ordinaire sous les noms de joie et de tristesse, ne concordent pas de tout point avec les descriptions précédentes par leurs manifestations physiologiques. Cela ne prouve nullement que l'analyse soit fausse ou incomplète; c'est,

comme je l'ai signalé plus haut, une conséquence de la méthode que j'ai suivie jusqu'ici et qui, prenant son point de départ dans les idées courantes, est un contre-sens et une absurdité, bien qu'elle se prête assez bien à une interprétation préalable,

Une analyse complète des émotions moins fortes, c'est-à-dire moins caractérisées dans leurs manifestations physiques, aurait peu de chances de succès avec la grossière méthode d'observation que nous employons aujourd'hui; aussi je ne l'entreprendrai pas ; mais, parmi ces émotions, il en est dont les caractères physiques sont assez manifestes et instructifs sous quelques rapports ; je vais leur consacrer quelques lignes.

h' embarras (la confusion) n'est pas caractérisé par un affaiblissement marqué de l'innervation volontaire (quoique une grande confusion s'accompagne toujours d'un certain sentiment de faiblesse qui donne l'impression qu'on va s'enfoncer dans la terre), mais l'innervation est si incertaine qu'elle n'est plus limitée aux parties qu'elle doit atteindre, elle met en action d'autres muscles, y détermine

des contractions trop fortes ou trop faibles, en un mot produit une incoordination motrice ' '.

L'homme embarrassé n'est qu'à moitié maître de ses muscles ; il ne peut articuler ses mots qu'avec peine, il bégaye, il bredouille, il porte ses mains au hasard autour de lui, il lâche ce qu'il tient, tourne les yeux çà et là, marche sans sûreté, tombe sur ses jambes. Un enfant très intimidé peut à s'y méprendre présenter l'image d'un commencement de danse de Saint- Guy, maladie qui, dans la première période, consiste justement dans une imparfaite coordination des mouvements volontaires.

On peut aisément remarquer une incertitude analogue dans Tinnervaticn des vasomoteurs ; les petits vaisseaux sont alternativement dilatés ou diminués sans cause apparente, d'où changements fréquents de couleur, pâleur et rougeur successives.

Tous ces caractères physiques s'accom-

(1) Cette incoordination n'a pas la même forme que celle de la colère. La ditïérence consiste probablement en ceci: que l'incoordination de la colère provient des troubles fonctionnels du cerveau, tandis que l'incoordination de l'embarras est déterminée par les troubles fonctionnels de la moelle (augmentation de l'irradiation).

pagnent de troubles aussi prononcés dans l'activité intellectuelle , et ces troubles se manifestent surtout par la difficulté qu'on éprouve à maintenir sa pensée dans une direction déterminée, à la concentrer, on est par suite confus, égaré.

L'impatience (l'attente impatiente) a ceci do commun avec l'angoisse qu'elle s'accompagne de môme d'un état spasmodique, d'une tendance à la contraction dans tous les muscles organiques involontaires et des suites diverses des contractions de ce genre : envie fréquente d'évacuer les différentes sécrétions et excrétions, état fébrile présentant réellement quelques-uns des principaux symptômes de la fièvre, battements de cœur, pouls accéléré, frisson, insomnie. On ne trouve pas la paralysie des muscles volontaires qui se produit dans la peur; au contraire, l'impatience est accompagnée par une innervation plus vive des muscles volontaires qui s'exprime par une tendance au mouvement. L'impatient est inquiet, il ne peut rester tranquille sur ses pieds : il est comme sur des aiguilles ou des charbons, il ne peut rester assis un moment;

sans cesse il bondit de son siège, il va de ci de là ; dans son lit il se tourne et se retourne nans pouvoir dormir ; aussi dit-on qu'on s'agite dans le cas où Ton se préoccupe d'une affaire dont on ignore le résultat.

Le désappointement est voisin de la tristesse puisqu'il est accompagné d'une paralysie de l'appareil moteur volontaire qui se manifeste par un sentiment de fatigue, de relâchement (un visage allongé) el une répugnance à tout effort ; mais nous n'avons pas ici la constriction spasmodique des vaisseaux sanguins qui est un des caractères les plus saillants de la tristesse.

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