‹ Les émotionsChapitre 5 sur 6 · C ~ TD · texte numérisé non relu

C ~ TD

te — o

(1) La décharge diiïuse qui accompagne un sentiment, de cjnelque espèce que ce soit, produit sur le 5 < -S corps un elTet qui indique simple-

ment l'existence d'un sentiment, sans désignation de son espèce, l'effet par exemple de l'excitation musculaire... Ces sentiments provoquent ure action corporelle dont la violence est en proportion < e leur intensité... Le trait le plus remarquable de la décharge

physiologique, ou, comme je le montrerai, au point de vue psychologique, de diviser les émotions en actives et passives, sthéniques et asthéniques, quels qne soient d'ailleurs les termes dont on désignera cette opposition.

La plupart des émotions possèdent aussi bien un élément slhénique qu'un élément asthénique et quelquefois en outre un troisième qu'on ne peut nommer actif ni passif.

Maintenant se pose, à propos des différents phénomènes corporels qui accompagnent les émotions, une question dont la réponse est d'une importance capitale pour leur physiologie ; il s'agit de savoir si tous ces phénomènes ont une égale importance physiologique, s'ils sont au même plan, ou si certaines manifestations peuvent être considérées comme secondaires et déterminées par les autres; par exemple dans la tristesse, la paralysie musculaire et le spasme des vaisseaux d.épendent-ils immédiatement de la môme et unique cause, ou bien la cause originelle produit-elle direc-

difîuse qui accompagne un sentiment de quelque nature qu'il soit est qu'elle produit une contraction proportionnée en force à l'intensité du sentiment. Spencer. Princ. PsycK, Trad. Uibot-Espinas, II, 564-555.

tcment un de ces phénomènes qui provoquerait ensuite les autres. Dans ce dernier cas, une nouvelle question se pose : quelles manifestations sont primitives, quelles manifestations sont dérivées?...

Or, nous pouvons ramener à deux groupes principaux les phénomènes déjà étudiés : changements dans l'innervation vaso-motrice, changements dans les fonctions des autres nerfs ; et comme toutes nos connaissances physiologiques nous interdisent d'admettre que les troubles fonctionnels du deuxième groupe soient cause des modifications vaso-motrices, tandis que l'on n'a, à priori, rien à objecter au rapport contraire, le problème se ramène à la question suivante : Est-il possible que les troubles vaso-moteurs, les modifications du calibre des vaisseaux, et par suite l'irrigation sanguine des différents organes soient l'effet primitif et essentiel de l'émotion, tandis que les autres manifestations, irrégularité des mouvements, anesthésie, sensations subjectives, modifications, des sécrétions, troubles intellectuels, ne seraient que des troubles secondaires déterminés par les ano-

malies de l'innervation vasculaire ? N'est-il pas possible, par exemple, que, dans la tristesse, la faiblesse musculaire provienne de l'anémie produite dans le système nerveux tout aussi bien que dans la peau et les autres organes par la constriction des petites artères? Et, dans la fureur, la force indomptable ne viendrait-elle pas du grand afflux de sang qui sans doute arrive au cerveau, comme à la peau et aux muqueuses ?

Nous connaissons trop incomplètement encore la physiologie du système nerveux, et en particulier nous possédons trop mal la question si importante à tant de titres, de l'influence de la circulation sur les fonctions des organes nerveux, pour qu'avec une pareille lacune, la question posée puisse recevoir une solution certaine et définitive. Tout ce que nous savons d'une façon précise, c'est que les diverses parties du système nerveux (cerveau, moelle, etc.) sont très profondément atteintes dans leurs fonctions par les modifications vasculaires, et qu'un afflux sanguin, trop fort ou trop faible, provoque des symptômes morbides.

On peut, au moyen d'une expérience simple,

se rendre facilement compte de l'influence de la circulation sur le cerveau ; on peut même

expérimenter sur soi. Comprimez avec les doigts vos carotides, vous enlevez au cerveau la plus grande partie du sang qui l'arrose, et les suites immédiates de cette suppression sont le vertige, les sensations de faiblesse et d'impuissance, la perte de la conscience, si bien que vous serez bientôt forcé d'interrompre l'expérience ; alors tout rentrera rapidement dans l'ordre. Si par une ligature vous interrompez longtemps le courant sanguin dans une de ces artères, comme on le fait assez souvent pour faciliter les opérations chirurgicales, alors une paralysie accompagnée d'impulsions motrices frappe la partie du corps qui correspond à la moitié du cerveau anémiée, et cette paralysie ne cesse que lorsque, par les collatérales, la circulation se rétablit régulièment dans le cerveau.

Une autre expérience, que l'on peut facilement exécuter sur certains animaux, consiste à priver artificiellement de sang la moelle inférieure par compression de la plus grosse artère du corps, l'aorte

Après quelques instants de compression, l'animal est complètement paralysé et insensibilisé dans l'arrière -train et les jambes de derrière ; mais sensation et mouvement reparaissent dès qu'on cesse la compression. Qu'il en puisse être de même chez l'homme, on le sait par les cas morbides où une cause quelconque vient arrêter soudain le courant de l'aorte qui alimente la plus grande parlie de la moelle. Ces expériences, ces recherches et toutes celles qu'on peut faire sont, il est vrai, lourdes et grossières quand on les compare à ce qui se passe dans les troubles vaso-moteurs, aux modifications de l'innervation et par suite du calibre des artérioles. Ces troubles peuvent avoir dans leur intensité des nuances infinies; ils peuvent aussi n'atteindre que certaines parties définies de l'organe en question, de sorte qu'ils peuvent donner lieu à des variations d'intensité, à des formes et combinaisons dire- ses qu'aucune expérience ne peut reproduire; les exemples précédents n'en montrent pas moins l'effet immédiat et profond des variations de l'afflux sanguin sur les organes qui président à nos sensations, à nos mouve-

mcnts et à notre vie psychique. Que ce soient encore des spasmes vasculaires qui déterminent les troubles des organes centraux, troubles souvent intenses mais passagers, comme l'attaque épileptique et le paroxysme maniaque, c'est l'opinion presque unanime des physiologistes et des pathologistcs contemporains, et ce fait est très significatif pour les rapports que je signale ici entre les phénomènes émotionnels.

Mais, si on ne peut faire aucune objection de principe à une théorie qui fait dériver les diverses expressions émotionnelles des troubles d'innervation vasculairo qui accompagnent rémotion, et qui par suite fait des troubles vaso-moteurs le seul symptôme primitif (20), nous avons encore une question de fait à résoudre. Ces troubles, si marqués lorsqu'ils se produisent sur la peau (rougeur, pâleur, gonflement, affaissement, chaleur ou froid), se produisent-ils également dans les organes internes, en particulier dans le système nerveux central, où nous savons que la plupart des autres expressions émotionnelles prennent leur origine (21) ? A priori, l'hypothèse la plus

vraisemblable est que les changements de contractilité vasculaire qui accompagnent l'émotion ne se bornent pas à la peau, mais s'étendent à tout l'organisme. J'ai déjà eu l'occasion de dire que les présomptions sont nombreuses, et dans l'explication des divers phénomènes émotionnels, je suis parti de l'hypothèse d'une anémie et d'une hypérémie généralisée.

Malgré cela, il vaudrait mieux pouvoir fournir en faveur de cette hypothèse des observations et expériences immédiates, dont la justesse ou la fausseté confirmerait ou anéantirait toute la thèse que je défends ; mais le nombre et la valeur des expériences de ce genre laissent beaucoup à désirer pour notre connaissance physiologique. De plus, nous ne pouvons guère remédier par nous-mêmes à l'insuffisance des matériaux empiriques? car, naturellement, sur ce point, l'expérience animale, ou bien ne peut absolument pas être employée, ou ne donne que des résultats très incertains1; quant à l'homme, on s'est borné

(1) Il existe deux relevés d'expériences (l'un de Bezold etDanilewsky, l'autre de Couty et Charpentier) qui éclai-

jusqu'ici à tirer des conclusions des cas extrêmement rares, où l'on a pu observer directement le cerveau et ses vaisseaux chez des sujets qui se trouvaient dans un état affectif en quelque sorte normal ou, tout au moins, possédaient assez d'activité intellectuelle pour pouvoir devenir l'objet d'états mentaux.

On a voulu mesurer la circulation cérébrale et ses modifications en mesurant la température extracranienne , et l'on peut employer cette méthode avec n'importe quel sujet pour augmenter agréablement son bagage d'observations ; on a prétendu démontrer ainsi que la température de la tète s'élève dans tout travail intellectuel intense par suite de l'augmentation de l'afflux sanguin. Mais, alors même que cette méthode serait moins contestable qu'elle ne paraît, elle ne peut servir à grand'chose pour l'étude des émotions, car

rent la question des modifications de la pression sanguine sous l'influence des émotions, et particulièrement de la peur, la seule émotion que l'on puisse, au besoin, produire expérimentalement. Cette influence est très manifeste; une peur soudaine provoque — même après la >ection du nerf vague — une augmentation de pression d;ins les grosses artères et une constnetion des arterioles telle que nous l'avons admise chez l'homme à la suite de la peur.

ici les rapports varient très vite, et les changements brusques de la circulation ne durent pas assez longtemps pour modifier la température extérieure de la tète, surtout chez un sujet qui se sait objet d'expérience. Quant aux expériences immédiates que nous pouvons faire aujourd'hui sur les modifications circulatoires du cerveau qui accompagnent les changements d'état mental, elles portent toutes sur des cas où le crâne, ayant été enlevé sur une grande étendue, le cerveau et les méninges sont à découvert pendant que le malade est dans un état intellectuel à peu près normal ; mais il ne suffit pas que de pareilles observations soient possibles ; comme il ne peut être question d'intervention artificielle, il faut encore que par bonheur un observateur compétent soit présent au moment même où le patient éprouve une émotion un peu forte ; ce n'est pas en effet l'affaire du premier venu d'apprécier justement les rapports dont je parle et en particulier les variations des pulsations cérébrales.

On comprend donc que notre bagage d'observations soit peu considérable ; il nous per-

met seulement d'affirmer, sans craindre un démenti, que les émotions sont réellement accompagnées dans le cerveau de modifications circulatoires. Nous avons sur ce point des observations de vieille date ; ainsi le célèbre chirurgien anglais Astley Cooper, qui vivait au commencement de ce siècle, avait eu l'occasion d'observer un homme qui présentait une importante lacune dans la boîte crânienne, et il put constater que les pulsations cérébrales s'élevaient toutes les fois qu'on disait quelque chose qui ne plaisait pas au patient ; dans ces dernières années le physiologiste Mosso, de Turin, a fait sur les cas de ce genre des observations plus précises1. Chez un homme dont le cerveau était à découvert sur une large étendue, il a pu souvent remarquer que des i m [tressions de dépit ou de colère, provoquées par un reproche, renforçaient 1rs pulsations cérébrales aussi bien que le pouls artériel du bras sans que l'activité du cœur parût en aucune façon affectée. A midi, quand tout à coup Y A?) ge lus se mettait à sonner, une modi-

(1) A. Mosso. — De la circulation du sang dans le cerveau humain.

fication importante se produisait aussitôt dans les pulsations cérébrales, et Mosso l'explique en disant que le patient éprouvait une émotion à ne pouvoir pas se signer et dire son Ave comme à l'ordinaire, empêché qu'il était par l'expérience. Mosso trouva qu'en général les émotions influencent la circulation cérébrale plus profondément que l'activité intellectuelle quelque intense qu'elle soit.

Suivant toutes les expériences physiologiques, rien ne s'oppose donc à l'hypothèse que l'expression physique immédiate de l'émotion soit une modification vaso-motrice et que les autres manifestations physiques soient produites par les troubles vaso-moteurs, les modifications de la capacité sanguine des différents organes, les changements qui se produisent dans l'aspect de l'organe (peau) et dans ses fonctions (système nerveux, sécrétions) (22).

L'hypothèse d'une pareille connexion simplifie beaucoup l'ensemble des rapports et facilite aussi, comme nous le verrons, l'intelligence physiologique, qui serait difficile si nous devions admettre une origine directe, immé-

diate pour chaque expression particulière.

La théorie vaso-motrice a donc tant de vraisemblance que dans les considérations qui vont suivre, je la prendrai comme point de départ.

Remnrquons-le d'ailleurs, expressément, la thèse fondamentale que je soutiens sur la psychologie des émotions ne serait pas ébranlé o, alors même que des expériences futures m'obligeraient à admettre une multiplicité d'origines.

Nous nous trouvons maintenant en présence du problème qui est l'essentiel au point de vue psycho-physiologique : de quelle nature est le rapport qui unit les émotions à leurs expressions physiques ?

Jusqu'ici j'ai toujours employé, quoique avec protestation, des tournures comme cellesci : a Les phénomènes physiologiques provoqués par rémotion ou les phénomènes physiologiques qui accompagnent l'émotion » ; j'usais provisoirement des expressions habituelles pour désigner le rapport en question afin de me faire comprendre.

Il est étrange que ce rapport n'ait jamais été précisé de quelque manière ; mais, pour

ma part, je ne connais aucune étude ayant pour but d'en éclaircir la nature particulière. Dans la conception courante la chose est bien simple ; les émotions sont des entités, des forces, des substances, des démons qui saisissent l'homme et déterminent chez lui des manifestations physiques et mentales ; la tristesse m'a saisi, une joie m est venue, la colère me domine, l'effroi in envahit (23).

Comme il arrive souvent dans la psychologie populaire et parfois dans la psychologie scientifique, cette conception a plutôt un sens métaphorique qu'une valeur explicative, et la psychologie moderne l'adopterait avec peine ; pourtant, elle ne nous donne pas une explication plus compréhensible et plus exacte ; la plupart des auteurs modernes, j'entends les représentants de la psychologie scientifique, n'abordent pas en général la question dans son ensemble ; presque à dessein, ils semblent la passer sous silence, peut-être par manque d'explication physiologique et pour ne pas être obligés de recourir à la langue mystérieuse de la psychologie spéculative.

Quoi qu'il en soit, on peut dire que la psy-

chologie scientifique partage les idées courantes et qu'elle admet que les émotions proroquent et déterminent leurs expressions physiques J ; mais elle ne se demande pas ce qu'elles sont en elles-mêmes pour disposer sur le corps d'une telle puissance, et sur ce point, je crois, on chercherait vainement une explication chez tous les psychologues modernes.

Si l'on veut arriver à comprendre clairement le rapport dont je parle, on doit, à mon avis, formuler le problème à peu près en ces termes :

Dans chaque émotion, nous avons comme facteurs certains et manifestes :

4° Une cause, une sensation, qui agit d'ordinaire par l'intermédiaire d'un souvenir ou d'une association d'idées ;

2° Un effet, savoir les modifications vasomotrices déjà citées et les changements qu'elles amènent dans les fonctions organiques et mentales.

Alors se pose la question :

(1) Le mouvement extérieur provient toujours du mouvement intérieur, de l'émotion. (Wundt. De L'expression des émotions. Deutsche ttundschau, avril, 1877.)

lange. G

Qu'y a-t-il entre ces deux facteurs ? — Y a-t-il quelque chose ?

Si je tremble en voyant un pistolet braqué sur moi, est-ce qu'il se produit d'abord un état purement psychique, une angoisse qui détermine mon tremblement, mes palpitations de cœur, et l'égarement de ma pensée, ou bien ces phénomènes physiques sont-ils directement produits par la cause effrayante, et l'émotion provient-elle exclusivement des troubles fonctionnels de mon corps ?

La réponse, comme on le voit sans peine, n'est pas seulement d'une importance extrême pour la psychologie des émotions ; elle a encore une très grande importance pratique pour les médecins qui ont affaire aux conséquences pathologiques des émotions violentes.

L'opinion généralement répandue c'est, comme je l'ai déjà remarqué, qu'un événement suivi d'émotion détermine d'abord et d'une façon immédiate un effet purement psychique (soit en créant une nouvelle force mentale, soit en modifiant l'état mental antérieur) ; on admet encore que l'émotion véritable, la vraie joie, la vraie tristesse, est ce qui se passe

dans l'âme tandis que les expressions physiques sont des épiphénomènes, toujours présents il est vrai, mais n'ayant cependant rien d'essentiel en eux.

L'émotion purement psychique est une hypothèse et, comme toute hypothèse, elle ne peut être justifiée que si elle répond à deux conditions : 1° Elle doit rendre compte des phénomènes pour l'explication desquels elle est faite ; 2° elle doit être nécessaire pour l'explication de ces phénomènes.

En ce qui concerne la première condition, l'hypothèse en question a beau jeu comme toutes les hypothèses métaphysiques en général ; sans être gêné par des objections d'expérience on peut l'édifier à son gré, lui attribuer les qualités et la puissance que l'on veut et la doter sans difficulté de toutes les vertus que l'on réclame d'elle. Mais l'angoisse psychique peut-elle expliquer pourquoi l'on pâlit et pourquoi l'on tremble ? — Si on ne comprend pas, on est libre d'admettre l'explication sans la comprendre, et de fait, on a l'habitude de s'en contenter.

L'hypothèse d'une émotion de nature psy-

chique est donc inattaquable sur ce premier point (bien plus parce qu'elle échappe à la critique que parce qu'elle la supporte) ; remplit-elle la seconde condition ? — Est-elle indispensable pour l'explication de cet ensemble de phénomènes que nous nommons émotions ? Ces phénomènes ne peuvent-ils être compris sans elle ?

Quelqu'un qui voudrait en douter et qui essaierait, par exemple, de démontrer à un homme imbu sur cette question des croyances populaires, que s'il s'effraie, son effroi n'est que la cénesthésie de ses modifications organiques, celui-là se heurterait tout d'abord à l'objection suivante : « Une pareille hypothèse, dirait-on, est contredite formellement par notre expérience personnelle, puisque, dans l'effroi comme dans toute émotion, nous avons la sensation très nette d'une modification spéciale, d'un état psychique distinct tout à fait indépendant du corps. »

Je comprends que, pour la plupart des esprits, cette objection ait une grande importance et soit difficile à réfuter ; pourtant elle repose sur une erreur et n'a aucune espèce de valeur.

Nous n'avons en effet aucun critère absolu et immédiat pour savoir si une impression est mentale ou physique, et personne surtout n'est en état de nous donner la différence des sentiments psychiques et des sentiments physiques. Quand on parle d'impression ps}chique, on le fait en vertu d'une théorie et non d'une intuition immédiate. Sans doute une mère qui pleure son enfant se révoltera et s'indignera peut-être si on lui dit que ce qu'elle éprouve c'est fatigue et mollesse des muscles ou froid et anémie de la peau, impuissance du cerveau pour les pensées claires et rapides, le tout éclairé par le souvenir de la cause qui a produit ces phénomènes ; elle n'a pourtant aucune raison de s'indigner, son sentiment est toujours aussi fort, aussi profond, aussi pur, quelle qu'en soit la source, mais il ne saurait exister sans ses attributs physiques '.

(1) Je ne veux pns m'arréter à l'objection qu'on nu> fera peut-être en disant : On peut éprouver une tristesse et une joie purement psychique si l'émotion n'est pas assez forte pour produire des symptômes physiques. — Une pareille supposition repose naturellement sur une observation incomplète et suppose que l'on considère comme psychiques les impressions subjectives de légèreté ou d'oppression, de force ou de faiblesse etc.

Supprimez dans la peur les symptômes physiques, rendez le calme au pouls agité, au regard sa fermeté, au teint sa couleur normale, aux mouvements leur rapidité et leur sûreté, à la langue son activité, à la pensée sa clarté, que restera-t-il de la peur?

On ne peut donc se fier sur cette question au témoignage de l'expérience personnelle parce qu'elle est incompétente, mais naturellement la question n'est pas réglée pour cela. L'hypothèse de l'émotion psychique peut n'être pas nécessaire d'après l'expérience interne et pourtant être indispensable, si on ne peut comprendre sans elle, comment se produisent les manifestations physiques de rémotion l.

JNous devons, par suite, chercher d'ahord si les expressions physiques des émotions peuvent se produire par une voie purement physique ; si c'est le cas, l'hypothèse psychique ne sera plus nécessaire.

En fait, il n'est pas difficile de montrer,

(1) Il est à peine nécessaire de remarquer, que supposer qu'il se passe quelque chose dans l'aine, quand il s'agit d'expliquer des symptômes organiques, c'est, au po.nt de vue de l'explication scientifique, prendre une forme détournée pour reconnaître que ces symptômes sont encore inexplicables.

d'après les expériences quotidiennes ellesmêmes qui fondent et vérifient sans cesse celte vérité, que les émotions peuvent être produites par beaucoup de causes qui n'ont rien à faire avec les mouvements de l'âme, et que, d'autre part, elles peuvent également être réprimées et domptées par des moyens physiques.

Sans qu'on en ait la conscience nette, la chose est si connue que toute notre manière de vivre, notre hygiène journalière s'est formée, pendant le cours des générations, dans le but de favoriser les émotions agréables et de d minuer les émotions tristes ou de les supprimer tout à fait.

Je ne citerai qu'un exemple qui en évoquera d'autres ; c'est une des plus anciennes vérités d'expérience pour l'humanité que le vin réjouit le cœur et la vertu qu'ont les boissons spiritueuses de combattre la tristesse et la crainte, deux états bien voisins, pour leui substituer la joie et le courage, a reçu une application qui serait naturelle en elle-même et des plus salutaires si elle n'entraînait par surcroît d'autres conséquences.

10i LES TIIl-ORir-S

Nous comprenons tous pourquoi Jeppe boit1 ; il veut chasser son chagrin conjugal et sa crainte de Maître Eric; il veut chanter encore une fois et se rappeler le temps heureux.

Il trouve la joie et le courage dans son verre sans qu'aucune impression extérieure vienne agir directement sur son àme et y produire le courage et la joie, sans qu'il oublie le moins du monde ses soucis et ses ennemis ; il veut, sou Finfluence du brandevin, les traiter bien autrement que de coutume; il veut en imposer au marguillier et donner une bonne fois une volée à sa femme ; c'est que l'alcool, en excii.iut son appareil moteur, a donné delà vitesse el delà force à son cœur, élargi ses capillaires et par là augmenté son innervation volontaire ; aussi, il parle haut, il chante, fait du bruit, au lieu de se traîner péniblement dans la rue en se lamentant et en gémissant; une sensation de chaleur, de légèreté, de force a remplacé sa mollesse et son impuissance accoutumées ; sous une circulation plus rapide,

(t) Personnage d'une comédie classique de Holberg. (Note du trad. ail.)

son cerveau épais s'éveille de nouveau à la vie ; les pensées viennent à tire d'aile, les vieux souvenirs renaissent ; ils répriment le sentiment de sa misère quotidienne, et tout cela pour quelques bons verres dont nous pouvons comprendre reflet sur la circulation et qui n'ont pas besoin de l'intervention de Famé pour agir sur le centre vaso-moteur.

Tous ceux qui boivent du brandevin ont le même but que Jeppe, et nous l'avons en général dans notre usage quotidien, dans notre confort ordinaire, dans les maintes dispositions que nous prenons pour nous donner le bien-être et le calme. Tant que nous restons dans le train-train ordinaire de la vie, les relations de notre état émotionnel et les causes matérielles, la nutrition, par exemple, sont naturellement peu marquées ; il en est tout autrement pour l'usage de certaines substances qui agissent si puissamment sur le corps qu'elles ont reçu un emploi thérapeutique, ou sont rangées parmi les poisons ; ainsi on sait que l'usage de certains champignons, et en particulier des agarics, peut provoquer des accès de violence et de rage ; on a émis la

conjecture que nos belliqueux aïeux les employaient pour se mettre clans un état de furie guerrière tout comme on cherche aujourd'hui le courage au fond d'un verre ; maintes fois aussi on a constaté des accès de rage déterminés par l'usage du haschisch, ce chanvre indien qui cependant provoque d'ordinaire, comme l'alcool, un état joyeux, une gaieté qui va jusqu'à l'explosion désordonnée.

Certains vomitifs, comme l'ipéca et le tartre Btibié, provoquent une dépression qui a beaucoup d'analogie avec la crainte, quelques-unes avec la tristesse, et qui s'accompagnent, comme ces émotions, de symptômes de collapsus.

Si les états émotionnels peuvent être produits par l'usage de certaines substances, il s'ensuit que l'on peut par la même voie combattre et affaiblir les émotions gênantes; le brandevin et l'opium provoquent la joie; ils chassent donc la tristesse.

La puissance des douches froides pour calmer la violence et les éclats de colère a déjà reçu des applications pratiques, et cependant, elles ne peuvent guère, employées en nature, agir directement sur l'âme ; elles n'en ont que

plus d'effet sur les fonctions vaso-motrices. Par un médicament qui exerce une action paralysante sur le système vaso-moteur, le fameux bromure de potassium, nous pouvons non seulement diminuer l'angoisse et la tristesse, mais encore, si nous voulons, produire un état d'apathie parfaite, où le sujet est également incapable d'être gai ou triste, simplement parce que les fonctions vaso-motrices sont suspendues.

Si la théorie que je défends sur la nature de l'émotion est fondée, on doit s'attendre en général à ce que toute action liée à des changements fonctionnels du système vaso-moteur ait une expression émotionnelle. Naturellement on ne peut espérer que les émotions ainsi provoquées seront conformes en tout point aux phénomènes pour lesquels on réserve d'ordinaire ce nom ; la différence des causes doit amener naturellement des différences d'effets ; les différentes causes psychiques ont elles-mêmes des effets qui ne sont pas identiques; la crainte des fantômes, par exemple, ne prend pas la même forme que la crainte d'une balle ennemie. Malgré cela, dans

bien des cas, la ressemblance des émotions d'origine mentale et d'origine physique est assez marquée pour être d'une évidence immédiate comme le prouvent beaucoup d'expressions courantes. Ainsi, dans toutes les langues, on se sert du môme mot pour désigner la douleur physique et la douleur morale; on a reconnu leur grande ressemblance physiologique, bien que le caractère principal de la douleur physique, la sensation subjective qui suit la transmission de l'excitation périphérique au sensorium, manque dans la douleur morale ; ce qui fait la ressemblance de la douleur physique avec la douleur émotionnelle c'est l'innervation réflexe des vaso-moteurs, conséquence régulière de toute excitation un peu vive de la sensibilité.

Le terme frisson désigne également l'action soudaine du froid sur la peau et les phénomènes caractéristiques de l'effroi; les intelligences naïves ne font pas de différence entre le frisson émotionnel et le frisson physique; nous en voyons la preuve dans ce conte enfantin où le petit Marc part pour apprendre à connaître la peur ; vainement, il cherche à

s'effrayer clans la société des morts et des fantomes, mais il voit ses vœux satisfaits lorsqu'on le jette de son lit dans un baquet d'eau froide, action plus efficace sur son système vaso-moteur que la vue des morts et des spectres.

Le terme fiévreux, employé pour désigner l'homme très impatient, montre de môme qu'on a été frappé d-e la ressemblance que présentent de légers symptômes de fièvre, et les troubles vaso moteurs particuliers qui les accompignent, avec les étals physiques que provoque une attente inquiète (24).

Comme je l'ai déjà dit, je ne veux pas, dans ce petit traité, m 'étendre sur la grosse question du rapport des émotions avec les états pathologiques correspondants, maladies mentales ou organiques.

Dans cet ordre de faits, il en est un pourtant que je ne puis omettre, car il est très significatif pour la question que je discute : la nécessité de l'hypothèse d'une émotion purement psychique. Si quelque chose peut démontrer d'une façon évidente l'inutilité de cette hypothèse, c'est assurément le fait SUi- LANGE. 7

vant : les émotions peuvent se produire sans être provoquées par aucune impression extérieure, aucun accident qui puisse agir sur notre vie mentale, aucun souvenir, aucune association d'idées; elles se produisent in optima forma et souvent avec la grande intensité des étals morbides acquis par l'organisme ou transmis par les parents.

Si l'on part de la théorie que je soutiens, cette circonstance ne peut pas sembler extraordinaire; on comprend bien, en effet, que le système vaso-moteur puisse être, à l'occasion, aussi facilement malade que toute autre partie du système nerveux, soit qu'il fonctionne dune manière anormale, soit qu'il ne fonctionne pas. On peut môme supposer que le système vaso-moteur est particulièrement exposé au danger d'un fonctionnement anormal, car c'est la partie du système nerveux qui se repose le moins et la plus exposée de toutes aux troubles fonctionnels. S'ils se produisent, le sujet devient, suivant le moment, oppressé ou furieux, angoissé ou joyeux jusqu'à l'éclat, embarrassé, etc., tout cela sans motif et bien qu'il ait conscience de n'avoir aucune raison

pour se mettre en colère, craindre ou se réjouir. Où voit-on, parmi des faits de ce genre, un point d'appui pour l'hypothèse de l'émotion psychique ?

De pareils cas sont extrêmement fréquents; tout aliéniste connaît les formes de folie si caractérisées qui s'expriment pur la mélancolie ou la manie ; tout médecin qui s'occupe habituellement de maladies nerveuses a mainteoccasion de voir des formes moins accusées et plus instructives, qui tiennent le milieu entre les vésanies proprement dites et les simples ruptures d'équilibre ; on les classe d'ordinaire sous les noms d'irritabilité, de bizarrerie, de dépression, On rencontre le plus souvent la dépression, une forme de la tristesse ou même du désespoir qui conduit parfois le sujet au suicide, bien qu'il ait la parfaite et claire conscience de n'avoir aucune espèce de motif moral de tristesse. L'anxiété morbide n'est pas beaucoup plus rare ; souvent elle est unie à l'émotion voisine, la tristesse, mais souvent aussi elle apparaît seule. Il va sans dire que la joie donne lieu plus rarement à des manifestations morbides spéciales ; le seul fait

qu'une joie non motivée apparaît sans cause, n'est pas, on le comprend, suffisant pour que le sujet, chez les profanes en la matière, soit •econnu malade, encore moins pour qu'on cherche à le guérir d'un tel état et qu'on demande le secours d'un médecin ; on n'y a recours d'ordinaire que si la joie se donne carrière, sans lien ni règle, sous la forme d'une manie plus ou moins caractérisée ou qu'elle alterne d'une façon remarquable avec des périodes de tristesse et étonne alors comme un phénomène non naturel. Il en est de même de la colère. On est habitué, pour ce qui concerne celte émolion, à s'attendre à tout, sans penser que l'état puisse être pathologique, et Ton n'est pas d'ordinaire exigeant pour les motifs; mais tout a sa limite, et l'on voit des explosions de colère si peu fondées et si effrénées, que tout le monde est d'accord pour les considérer comme les manifestations d'un état morbide.

Pour celui qui n'a pas reçu d'éducation médicale, rien peut-être n'est plus instructif, en ce qui concerne les émotions morbides dont je parle, que Fohservation de cette rage

pathologique, surtout quand elle est pure, isolée de tout autre trouble moral, comme c'est le cas dans les formes morbides d'ailleurs assez rares connues sous le nom de « furies passagères ». L'accès apparaît sans le moindre motif chez les sujets, d'ailleurs parfaitement raisonnables, qui y sont disposés; et pour parler de cette maladie comme l'auteur le plus récent l, il les jette dans un état 'paroxystique de fureur sauvage caractérisé par des impulsions terribles, aveugles, à la destruction et à la violence. Le patient fond soudain sur ceux qui l'entourent, les bat, les frappe à coups de pied, les étrangle s'il peut les saisir à la gorge, jette tout ce qu'il peut atteindre autour de lui, casse et brise ce qu'il rencontre, déchire ses vêtements, pousse des hurlements, roule des yeux flamboyants qui étincellent et présente en outre tous les symptômes de congestion vaso-motrice que nous savons être les concomitants de la rage ; le visage est rouge, tuméfié, les joues chaudes, les yeux hors de l'orbite, la

(1) O. Schwartzer. La fureur passagère .

conjonctive gorgée de sang, le cœur renforcé, le pouls à 120. Les artères cervicales se gonflent et battent, les veines sont tuméfiées, la salive coule. L'accès ne dure que quelques heures et se termine soudain par un sommeil de huit à douze heures, après lequel le malade a tout à fait oublié ce qui s'est passé.

Ces états affectifs pathologiques qui proviennent, comme je l'ai dit, de désordres organiques, peuvent être les symptômes d'autres maladies ou provenir des troubles de réchange et delà nutrition ; par suite ils sont sensibles à un traitement matériel et peuvent être ainsi ou améliorés ou guéris. La manie passagère que je viens de décrire, et qui a évidemment sa cause dans une congestion soudaine du cerveau, peut, suivant l'auteur cité, être coupée par une application de glace sur la tête (25).

,1e prévois ici une objection que je ne veux pas laisser sans réponse malgré sa faiblesse logique. Plusieurs personnes me diront sans doute, comme on le dit chaque jour : « Ces états, déterminés par une cause toute physique,

morbide ou non, peuvent bien ressembler aux émotions, mais ils n'en sont pas.

« Par exemple la rage causée par les agarics ou celle qui survient dans la manie donne bien l'image de la rage, mais ce n'est pas la vraie rage, tout comme la joie du vin n'est pas la vraie joie ; on ne peut donc pas conclure de l'absence de la colère morale chez l'homme empoisonné par les agarics ou chez le maniaque qu'il n'y a pas en général un état purement moral, lorsque la colère provient, comme c'est l'habitude, d'une impression morale. »

Il est facile de voir qu'une telle division des émotions, en apparentes et réelles, une pareille limitation du domaine de l'émotion vraie est tout à fait arbitraire et fondée sur une pétition de principe. Ce qui fait que l'on veut donner une place à part aux émotions d'origine intellectuelle, comme si elles étaient les seules réelles, c'est purement et simplement la croyance que ce sont des mouvements de l'âme, mais c'est précisément cette hypothèse qui est sub judice.

En réalité, la différence entre la fureur des « Berserkers » empoisonnés par les agarics ou des maniaques, et la fureur de ceux qui ont subi une sanglante injure, consiste seulement dans la différence et dans la conscience des causes respectives. Si Ton veut, sur celle base, établir une distinction, je ne ferai pas d'objection, à condition qu'on s'explique nettement sur la nature de la distinction.

D'ailleurs, il n'est peut-ôtre pas aussi facile qu'on le pense de tracer une ligne de démarcation précise entre les causes matérielles et les causes psychiques des émotions; si nous cherebons à analyser leur différence pbysiologique, nous voyons qu'elle se résout

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physiologiquement en quelque chose d'irréel et nous glisse entre les doigts

Personne ne s'est jamais avisé de distinguer d'une émotion véritable celle que provoque un bruit soudain et violent; personne n'hésite à la considérer comme une peur ; et, de fait, elle a tous les caractères habituels de la peur. Malgré cela, elle n'est pas liée à la représentation d'un danger quelconque, et d'ordinaire elle n'est causée ni par une association, ni par un souvenir, ni par un processus intellectuel quelconque. Les symptômes de la peur succèdent immédiatement au bruit sans aucune trace de peur morale. Bien des gens ne s'habituent jamais à rester près d'un canon que l'on tire, bien qu'ils sachent avec certitude qu'ils n'ont aucun danger à redouter, ni pour eux ni pour personne; c'est seulement à cause du bruit. On peut encore invoquer le cas des nouveau-nés qui présentent les symptômes de la peur lorsqu'ils entendent un bruit violent; on ne saurait pourtant admettre que le bruit éveille chez eux l'idée d'un danger. Dans ce cas, on doit supposer que si les réflexes vaso-moteurs ne

sont pas provoqués directement par les nerfs acoustiques, ils le sont au moins par l'action directe des centres acoustiques, et nous avons ainsi une émotion d'origine purement matérielle ' ; on doit alors ou ne pas distinguer cette peur d'une émotion véritable ou ne pas conserver dans sa rigueur la distinction des émotions physiques et des émotions morales.

On se trouve dans la môme alternative pour les émotions en général peu intenses, mais suffisamment expressives, qui sont provoquées par la simple excitation des autres sens et ne sont liées à aucune espèce d'association ; le plaisir que fait une jolje couleur ou un ensemble de couleurs, le dégoût provoqué par une saveur ou une odeur désagréable, le malaise qui accompagne une douleur.

Une fois que l'on commence à se reconnaître incapable de tracer avec certitude une

(1) Qu'il s'agisse ici d'un simple réflexe immédiatement provoqué dans les nerfs moteurs, comme Preyer par exemple parait l'admettre {L'âme de l'enfant, 2° édition, p. 51), cela n'est pas vraisemblable, d'abord parce que ces phénomènes moteurs n'ont pas en général le caractère d'un mouvement réflexe provoque par une seule impression soudaine, et puis parée que les effets en question ne se bornent pas à des phénomènes moteurs.

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ligne frontière entre les causes physiques et les causes morales des émotions, on n'est que plus disposé à chercher quelle signification physiologique on peut attribuer à leur différence ; on se demande alors quelle différence il y a dans le mécanisme cérébral des émotions suivant qu'elles sont déterminées par une cause dite morale ou par un fait purement matériel.

Avec notre connaissance encore si incomplète de la physiologie cérébrale, c'est une entreprise sans doute peu séduisante que de chercher l'explication de ce qui se passe dnns le cerveau pendant le travail de l'esprit. Naturellement, on ne peut esquisser que des lignes fondamentales très grossières, et, en vérité, on doit faire toutes les restrictions possibles sur la certitude des résultats. Malgré cela, dans les recherches psychologiques, c'est non seulement un droit, mais un devoir, une œuvre utile d'examiner combien nos connaissances physiologiques nous permettent de nous approcher de la solution, et dans tous les cas on peut se rassurer ici avec la pensée que les rapports en question — dans leurs grands traits

du moins — sont les plus simples des rapports de cette espèce.

Quelle que soit la cause qui provoque les émotions, elle exerce toujours une même action sur un seul point du système nerveux, le centre vaso-moteur, groupe de cellules qui régularise l'innervation des vaisseaux. Par l'excitation de ces cellules qui, comme on le sait, se trouvent surtout dans la masse nerveuse qui sépare le cerveau de la moelle et qu'on appelle la moelle allongée, les causes des émotions, quelles qu'elles soienl, déterminent les phénomènes physiologiques qui constituent l'essence de l'émotion. Mais suivant la nature des causes, les voies sont différentes, non seulement parce que l'excitation peut venir de tel ou tel sens, mais aussi parce qu'elle peut consister en sensations simples ou en états plus compliqués nommés processus psychiques.

Pour la production des émotions déterminées par une impression sensible simple, un bruit éclatant, un bel agencement de couleurs, il semble que des sens au centre vaso-moteur le chemin doive être direct, et par suite le

mécanisme cérébral peu compliqué. Dans la figure ci-dessous placez en o l'organe sensible, l'œil, par exemple, qui reçoit l'impression apportée par le nerf optique NO à l'organe central co; une action nerveuse exercée par ce

ce.

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