B^LES ÉMOTIONS
tout s'effondrait et s'abîmait autour de moi... Trois coups de canon retentissent au loin. Ai-je bien entendu?...
J'écoute... Trois autres coups suivent ceux qui ont si vivement surpris mon attention.
Mon attention redouble.
Je ne suis pas seuL à avoir entendu... on écoute aussi parmi les assiégants.
L'île entière est attentive.
Une troisième fois, trois autres coups de canon... mais c'est un vaisseau alors ! un vaisseau qui arrive dans ces parages 1 un vaisseau qui aborde dans Tile ! un vaisseau ! un vaisseau !
Les coups de canon continuent à résonner.
Décidément, décontenancés, inquiets, les assiégeants se sont arrêtés au bruit de ces détonations répétées, répétées plusieurs fois par les échos de l'île de Kouparou.
Leurs pierres à la main, le museau au vent, le cou tendu, le poil magnétiquement hérissé, l'oreille au guet, ils cherchent à s'expliquer... ce que j'aurais voulu m'expliquer moi-même. Qu'arrivait-il? Venait-on me délivrer?...
Mais tous ces coups de canon pour moi seul?...
Non!... Un navire en danger appelait-il à son aide? Ou bien était-ce encore des pirates qui descendaient dans Tile? Mais que viendraientils y voler? Ils ont déjà tout pris. Etait-ce un combat?...
Ah I mes anxiétés étaient infinies !
Une demi-heure après toutes ces détonations, qui n'avaient pas laissé d'intervalle entre elles, j'entendis des tambours, des instruments de cuivre, des fanfares militaires. C'était un débarquement I une conquête ! Pair parlait de victoire.
Mes bons et hostiles sujets me paraissaient de plus en plus étonnés. Chez beaucoup cet étonnement prenait le caractère de la frayeur; quelques-uns cherchaient déjà de leurs regards furtifs des percées favorables à une fuite prochaine.
A toutes ces clameurs de poudre et de clairons, se mêlèrent bientôt des cris d'enthousiasme et des ordres de commandement. Des troupes s'avançaient; venaient-elles de mon côté? A coup sûr elles venaient de mon côté, car je ne tardai pas à voir briller dans Pair, au fond d'une de ces belles allées que j'avais fait