‹ Les emotions de Polydore MarasquinChapitre 2 sur 9 · A VEUT! SS EM EXT · texte numérisé non relu

A VEUT! SS EM EXT

pleine de mérite, écrite au pied de la tour Malakoff, sous les murs croulants de Sébastopol : elle sentait encore la poudre. Le pôle boréal a fait aussi son envoi littéraire : deux nouvelles, transmises au concours, sont datées, l’une des confins de la Suède, l’autre des bords les plus septentrionaux de la Norvège. Les Lapons mêmes ont répondu à l’appel de la cité Trévise.

En passant par le S'pitzberg, nous franchirons le Kamtchatka et le Japon, pour arriver directement à la Chine, qui ne nous a pas oubliés. Le pays bleu de la suprême fantaisie ne pouvait manquer de ses faire repréenler au congrès de la nouvelle. Macao est la ville chinoise d’où l’on a expédié, au siège de la Société des gens de lettres, à travers les mers et les tempêtes, dans un coffret de laque, une nouvelle dont le sort a voulu nous faire juge : j uge en première instance seulement.

Après avoir lu cette nouvelle, nous nous disposions à rédiger notre fidèle rapport, mais

AVERTISSEMENT

nous avons reconnu avec effroi qu’elle contenait trois ou quatre lois en plus le nombre de lignes rigoureusement arrêté par la volonté du fondateur, et par la nécessité de n’avoir pas à apprécier la valeur de vingt volumes in-folio, quand on ne demandait, avec raison, qu’à couronner le bon sens, l’esprit, la grâce, l’imagination , la fleur , l’aromc de quelques pages. Notre tâche de rapporteur devenait donc inutile. La nouvelle chinoise s’était mise d’elle-même hors des termes du concours.

Fort attristé pour notre excellent confrère de Macao, nous roulions déjà en soupirant son infortuné manuscrit: nous nous arrêtâmes subitement dans ce geste de rotation mélancolique que tout auteur refusé connaît si bien. Une idée nous avait frappé. Nous nous demandâmes pourquoi, à défaut de la gloire et des dangers d’un concours, notre collègue chinois n’aurait pas la joie plus pacifique d’une bonne publicité sous la forme du livre. Donnons-lui celle joie qu’il mérite.

AVERTISSEMENT

Comme tout ce qui vient de loin, son histoire nous a paru avoir un intérêt do perspective. Ce sont des mémoires. Et quoi que Pascal ait pu dire contre le MOI, — Pascal qui n’a jamais parlé que de LUI, — le moi sera tou* jours lu et préféré.

Ces mémoires, puisque ce sont réellement des mémoires sous un titre friand, ne sont pas tout à fait écrits en chinois, bien qu’ils aient été recueillis sur du papier de riz.

L’auteur nous apprend, dans une note placée dans un coin de son manuscrit, qu’il est né d’une mère française, et qu’il a fait quelques études assez suivies dans la Maison des Missions des pères lazaristes français établis à Macao. Cette indiscrétion est encore contre*les usages des concours académiques. Mais quoi?

notre digne confrère, M. Polydore Marasquin, vit en Chine; il faut lui pardonner bien des choses. N’est-il pas déjà assez puni pour avoir écrit un ouvrage trop long? C’est à lui, plutôt, que nous demanderons pardon pour avoir pu-

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