‹ Les émotions et la volontéChapitre 100 sur 194 · ANTÉCÉDENT IDÉAL DE LA VOLITION · texte numérisé non relu

ANTÉCÉDENT IDÉAL DE LA VOLITION

7. — Les actions acquises de l'homme sont plus nombreuses et plus compliquées que celles des animaux, c'est pour cette raison, au milieu de beaucoup d'autres, qu'il les acquiert plus tard. Nos parties muables sont beaucoup plus nombreuses, elles ont des fins plus diverses à atteindre, de sorte que les idées simples qui doivent être comme les servantes de la volonté appartiennent à un ensemble très vaste. Il faut cependant remarquer que ces accessoires intellectuels de la volonté ne sont pas seulement limités aux idées do mouvements des organes ; la volonté de lever le bras n'est pas nécessairement provoquée par la notion de ce mouvement, par l'image intellectuelle d'un bras levé, bien qu'évoquer cette image soit un moyen de provoquer ce mouvement. Nous observons les effets de ce mouvement sur les objets extérieurs, et nous arrivons à les associer avec l'action qui les produit. Ainsi, lorsque nous arrachons une fleur, nous avons comme antécédent intellectuel, l'idée d'une fleur prise dans la main et transportée, en même temps que nous avons la notion de la force que nous déployons par certains muscles. Nous voilà donc loin de la simple image des mouvements de la main ou du bras ; c'est le lien mental entre les changements que subirait une chose si on agissait sur elle, et l'action même, qui se forme et se fixe. Prenons l'acte d'enfoncer un clou : quoiqu'on puisse déployer l'énergie nécessaire, poussé par le mouvement idéal du bras et de la main, en fait on ne la déploie que parce qu'on conçoit le clou s'enfonçant dans le bois à chaque coup donné. Lorsque nous marchons d'un bout d'une rue à l'autre, poussé par une sensation quelconque, l'antécédent directeur est l'image de la rue avec ses différents aspects variant à mesure que nous passons. Voilà l'élément intellectuel de l'association volitionnelle qui avec l'impulsion, le motif, nous donne le pouvoir de vouloir effectivement aller d'un point à un autre. Voilà l'exposition réelle du dernier degré d'acquisition volitionnelle. J'ai un motif pour dessiner un cercle: après une éducation qui m'a fait passer par les différents degrés, je trouve que la conception mentale du cercle désiré est associée en moi à une série de mouvements de la main et du bras ; voilà ce qui fait que je suis capable de tracer la figure quand j'y suis engagé en même temps par un motif de plaisir ou de peine. La sensation du froid m'engage à faire quelque

chose pour y échapper, le moyen d'y arriver, c'est d'activer le feu: l'antécédent intellectuel poussant aux mouvements nécessaires, c'est l'aspect actuel du feu lié à la vision d'une flamme plus brillante activée par le tisonnier. La substitution de ces antécédents à l'image du mouvement du bras est due à ce fait que l'attention est fixée sur le point qui nous permettra de juger de l'effet produit. Lorsque nous ouvrons une fenêtre pour introduire l'air dans une chambre, nous avons présente à l'esprit la grandeur de l'ouverture à produire, ce qui est suffisant pour conduire les muscles convenables, et pour donner à chacun d'eux une impulsion suffisante soumise au contrôle et à la puissance correctrice inhérente à l'organisation originale de la volonté, puissance correctrice qui est toujours prête à réformer ce qu'il peut y avoir de défectueux dans les associations volitionnelles. Le casseur de pierres qui regarde le tas qu'il a devant lui, a dans l'esprit une association entre les fractures qu'il doit faire et l'impulsion précise qu'il doit communiquer aux muscles du bras ; du premier coup, il produira l'effet exact attendu. Une autre personne moins expérimentée ferait trop ou trop peu, mais ayant un but en vue, continuerait à agir jusqu'à réussite complète.

8. — Nous pourrions poursuivre et multipher les exemples, mais dans tous nous retrouvons les mêmes principes. Nous devrions toujours tenir compte des plaisirs ou des souffrances idéales ou actuelles, nous rappeler que, grâce à une propriété de notre nature intellectuelle, le souvenir, l'idée, l'anticipation peuvent, dans tous les projets d'action, opérer essentiellement de la même manière que la présence réelle. Un goût amer dans la bouche inspire des efforts pour s'en débarrasser ; qu'onpense seulement à ce même goût, et on accomplira des mouvements qui le ramèneront presque. L'enfant qui jouit de la saveur du sucre la conserve par tous les moyens au rang de ses acquisitions volitionnelles; lorsque la stimulation actuelle de la sensation est complètement disparue, le souvenir très vif peut provoquer des tentatives précipitées pour faire revivre la puissance totale. A mesure que les années augmentent nous jouissons ou nous souffrons de plus en plus de la présence idéale des choses ; en conséquence, nos impulsions volontaires sont employées différemment bien qu'elles aient toujours les mêmes caractères. Sans

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