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LE PLAISIR ET LA SOUFFRANCE

un antécédent quelconque agréable ou désagréable, actuel ou idéal, primitif ou dérivé, la volonté ne peut être stimulée. A travers tous les déguisements que prennent ce que nous appelons nos motifs, nous devons retrouver l'une 'ou l'autre de ces deux grandes conditions. Les exceptions à la règle sont des réveils de la spontanéité, des manifestations des habitudes ou des idées fixes; mais elles n'attaquent pas l'intégrité du principe énoncé. J'étudierai plus tard leur effet sur le cours de la volonté. Pour le moment, je tiens pour règle certaine, indiscutable, qu'il y a au début de toute impulsion volontaire naturelle quelqu'une des formes si nombreuses que revêtent le plaisir et la souffrance et par lesquelles ils prennent possession de l'esprit conscient. Il ne doit pas non plus y avoir d'intermédiaire entre un fait qui est l'antécédent et un autre fait qui est le conséquent, entre une souffrance aiguë et l'effort fait pour y échapper. Très souvent, dans nos opérations volontaires, nous avons conscience d'un intervalle de suspens entre le moment de pression pénible et le moment d'exécution apaisante ; dans cet intervalle nous plaçons un certain nombre d'impulsions ayant des noms variés, motif, désir, croyance, permission, liberté de détermination, et ainsi de suite; mais ce ne sont là que des compHcations artificielles ou accidentelles. Nous pourrions produire un nombre illimité d'exemples prouvant l'action instantanée de ce lien de causation s'il n'est pas rompu; il arrive cependant assez fréquemment qu'il soit brisé et cela nous montre le problème sous une autre face qui demande à être considérée séparément. Il n'y a pas de loi physique aussi sure dans son application, que le mouvement d'arrêt brusque que provoque une souffrance soudaine. Il n'-y a ici ni considération, ni intervention du « moi », ni délibération, ni résolution se formant par degré, dans cette suspension volontaire de mouvement qui suit un choc soudain et pénible. C'est la manifestation primitive et éternelle de notre nature volitionnelle, le lien jamais rompu qui existe entre notre sensibilité et notre activité qui décident pour nous sur le moment. Seulement, quand nous avons à surmonter cette première et irrésistible impulsion, c'est à un autre mécanisme que nous devons faire appel ; nous voyons alors que c'est la résistance qui introduit la complication et l'incertitude dans le domaine de nos déterminations volontaires.

9. — Je veux, avant de terminer ce chapitre, citer encore quelques exemples ayant rapport à la voix. Nous avons déjà vu que la faculté d'imitation implique la liaison d'un son perçu par l'oreille, et de l'impulsion vocale précise nécessaire pour le reproduire. Dans un état de développement avancé, nous pouvons naus dispenser de l'audition actuelle d'une note, et provoquer l'effort vocal à la simple idée ou souvenir du son. Une éducation musicale plus complète encore nous permet de lier les mouvements du larynx à la vue d'une note écrite sur une portée. Nous avons ainsi dépassé l'imitation simple d'une émission actuelle de sons, et nous sommes arrivés à reproduire le son dont nous avons souvenir; nos associations volitionnelles ont franchi un nouveau degré. Elles en franchissent encore un lorsque nous parvenons à prononcer les mots que nous voyons écrits. On peut dire qu'ordinairement le pouvoir de la volonté sur la parole consiste en une série d'associations formées entre les mots de notre langue dans leur état idéal et leur prononciation dans l'actuel. Cet état idéal peut être auriculaire ou vocal, ou les deux à la fois ; c'est à dire, que l'idée de ce mot « soleil » peut être l'idée du son produit par ce mot et entendu par l'oreille, ou l'idée de son articulation par la voix, ou l'idée, l'image du soleil tel qu'on le voit. Quand nous voulons prononcer ce mot, nous l'avons déjà présent en idée sous quelquesunes de ses formes, il y a donc un lien solidement établi entre cette notion ou cette idée et le courant particulier qui fait mouvoir les organes vocaux ; il ne manque plus qu'un motif pressant d'accord avec la volonté pour que l'acte soit accompli. Quand nous n'avons aucun plaisir à prendre de la prononciation de ce mot, ou aucune peine à éloigner, la connexion intellectuelle peut être assez forte pour amener tout de suite le résultat voulu. C'est ce qui arrive lorsque notre puissance de parole est tout à fait mûre. Il serait facile de revenir un peu en arrière à ce moment de notre histoire individuelle où l'association intellectuelle n'était qu'à demi formée ou ne l'était pas du tout. La volonté, pour la parole, se développe exactement delà même façon que pour les autres parties du mécanisme. Le langage étant un instrument qui guide nos opérations, des connexions se forment dans notre esprit entre les

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