‹ Les émotions et la volontéChapitre 99 sur 194 · ANTÉCÉDENT IDÉAL DE LA VOLITION · texte numérisé non relu

ANTÉCÉDENT IDÉAL DE LA VOLITION

sation désagréable dans les organes de la digestion, nous désirons naturellement y remédier; l'expérience, le commandement, l'imitation ont fixé dans notre esprit le souvenir des degrés intermédiaires par lesquels il faut passer pour y arriver, nous accomplissons donc les mouvement nécesf^aires. J'aperçois devant moi, sur la table, un verre d'eau; l'enfant, si altéré qu'il soit, ne peut pas faire les mouvements qu'il faudrait pour le porter à sa bouche. Mais lorsque la volonté sera pleinement développée un lien existe entre la distance, la situation du verre et le mouvement du bras pour l'atteindre; et grâce aii stimulus de la souffrance ou du plaisir attendu, le mouvement est exécuté. L'esprit est plein d'associations du même genre liant toute attitude ou tout mouvement possible de tous les organes avec l'impulsion précise qui les réalise pourvu que la volonté soit également présente. Il faut beaucoup de temps pour perfectionner ces acquisitions multiples, et il n'y a qu'une manière de le faire. Pour chaque action accomplie par les mains, les bras, il faut que les yeux et la sensibilité musculaire soient affectés, et soient liés à l'impulsion centrale qui dirige l'accompHssement de l'acte : il en résulte qu'une simple idée suffit comme antécédent directeur des opérations volontaires, si elle est accompagnée d'un motif suffisant. Là où il n'y avait rien au début de la carrière active, où régnait seulement l'impulsion aveugle, se sont ouvertes peu à peu de nombreuses lignes de communication.

6. — Voilà donc trouvé le caractère défini de la volonté dans sa maturité ; quelques exemples pourtant ne seront pas superflus. Grâce à la retentivité intellectuelle, nous conservons l'impression des positions externes des choses, des mouvements de tous les organes dans toutes les directions et de leur degré d'intensité. Nous avons un souvenir distinct d'avoir vu une main ouverte, une main fermée, des doigts étendus, des doigts plies, le bras formant une ligne droite ou un angle; nous pouvons concevoir des mouvements lents, rapides, intermittents, avoir idée de la force plus ou moins grande dépensée. Toutes ces particularités n'ont d'abord été expérimentées que lorsqu'elles étaientprésentes et actuelles; elles sont devenues à la fin des conceptions de l'esprit, des idées subsistant par elles-mêmes. Je n'éprouve aucune difficulté à retenir et à rappeler l'image d'une ferme étreinte de

la main, ou du balancement du pied au moment ou il va frap per. Cela fait partie de nos acquisitions mentales faites par l'expérience inévitable de la vie. Nous pouvons ne pas leur accorder grande attention, mais elles n'en jouent pas moins, silencieusement un rôle indispensable dans les opérations variées de l'esprit. Elles entrent dans les associations de mouvements que nous nous représentons en idée, et assurent si bien le lien formé, que l'effort idéal peut déterminer l'occurrence du réel. L'idée de fermer la main peut diriger le courant nerveux de façon à la fermer en réalité. J'ai déjà dit que de pareilles associations sont directrices, déterminantes , parce qu'en fait, le stimulus propre de la volonté, un plaisir ou une souffrance quelconque, est nécessaire pour donner l'impulsion. Cette loi sur laquelle j'ai tant insisté, notre activité est provoquée par nos sensations (feelings)^ se retrouve donc encore appliquée ici. Quelque bien formée que soit la connexion entre la conception et l'action, le lien intellectuel n'est pas suffisant pour que l'action naisse sur un signe de l'idée (excepté dans le cas de l'idée fixe^) ; de même, nous n'imitons pas nécessairement tout ce que les autres font en notre présence. Mais qu'un plaisir soit provoqué ou continué par l'accomplissement d'une action que nous concevons clairement, les motifs, les causes seront complétés et suffisants ; les pouvoirs directeurs et moteurs sont présents. L'idée de donner un coup de pied et la rencontre d'un obstacle par le pied peuvent suffire, en l'absence de tout motif de contrariété, à provoquer l'acte lui-même.

Les quadrupèdes forment rapidement des alliances entre les mouvements de locomotion et les apparences des choses qui s'approchent ou s'éloignent des yeux. Chez les oiseaux ces associations semblent encore mieux assurées dès le commencement au moins avec les objets qu'ils peuvent becqueter. Il peut y avoir aussi chez l'homme une certaine tendance instinctive à former ces associations, mais les acquisitions volontaires sont, plus tard, prédominantes. Ces acquisitions sont pour nous parmi les plus rapides et les plus solides, parce que tous nos mouvements apportent des changements définis dans les points de vue ce qui immédiatement les y associe. La connaissance des relations de l'espace implique l'acquisition de ces liens entre les mouvements et les changements visibles de position des objets.

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