‹ Les émotions et la volontéChapitre 107 sur 194 · ÉMOTIONS ET SENSATIONS IH · texte numérisé non relu

ÉMOTIONS ET SENSATIONS IH

2. — Si rénumération que j'ai faite de nos différentes émotions est complote, nous avons déjà touché à tous les objets, agents et circonstances qui peuvent constituer les motifs ou fins simples et dernières de la volition. Dans la première partie du volume les Sens et V Intelligence dans la première du présent ouvrage, les Émotions^ nous avons rencontré tout ce qui peut servir de stimulant agréable ou désagréable. La fonction propre de nos facultés actives, c'est de diminuer autant que possible les maux qui nous menacent de tous côtés, et de retenir, d'augmenter par le môme moyen, nos plaisirs. Revenons brièvement sur l'énumération déjà faite. Nous trouvons d'abord toutes les souffrances du système musculaire, conséquences de maux aigus ou d'un excès d'exercice. Ces souffrances sont toutes des motifs de les fuir lorsqu'elles sont présentes ou seulement menaçantes. Le système musculaire a en outre ses jouissances qu'il est bon de cultiver. Les sensations de la vie organique comprennent un faible total de plaisirs en comparaison d'une somme considérable de souffrances que doit combattre notre volition.

Il faut une grande dose d'attention volontaire pour ne mourir ni de froid, ni de faim, ni de soif, ni de manque d'air, pour lutter contre les maladies, pour combattre dans la grande lutte de la vie et de la mort. Les motifs d'action sont nécessairement pressants et de la plus grande importance ; ils commandent à une grande partie du travail volontaire de chacun. Matériellement parlant, nous ne pouvons guère cultiver les plaisirs de la vie organique, tant nous sommes occupés, fatigués par cette lutte contre la souffrance et la mort organique, et leurs conséquences. Les intérêts des autres sens ne sont que secondaires en comparaison de ceux des sens compris dans le groupe organique ; cependant comme ces sens ont aussi leurs plaisirs et leurs souffrances, ils ont leur part d'influence sur l'activité volontaire. Il faut que nous évitions les goûts amers, les mauvaises odeurs et que nous cherchions leurs contraires agréables. Les plaisirs de la chaleur, de la douceur de contact sont très recherchés tandis que nous évitons par tous les moyens les contacts durs et piquants, de même pour les sons agréables et désagréables ; quelques natures sont très impressionnables sur ce point et souffrent vraiment de sons pénibles, si bien

qu'elles feraient tout pour les fuir. Enfin la vee a ses plaisirs non moins que son utilité comme condition de réussite dans la poursuite, d'un grand nombre de fins ; les spectacles variés, les effets scéniques, le jeu des couleurs, entrent pour une grande part dans les jouissances de tous les jours. Nous sommes aussi exposés à voir des choses pénibles, révoltantes ; nous les fuyons comme nous fuyons l'obscurité complète. Les émotions spéciales que nous avons étudiées dans la première partie de ce volume, renferment aussi des plaisirs et des souffrances qui sont des stimulants pour la volonté. Nous avons déjà insisté sur le charme de la nouveauté, du merveilleux, sur la joie profonde qu'on éprouve à passer de la contrainte à la liberté. Les émotions tendres ont aussi leur influence ; ce n'est pas sans motif que l'homme s'entoure d'une famille, d'amis nombreux. Les différentes formes de la malveillance fournissent aussi un nombre de motifs très pressants. La complaisance pour soi-même, l'approbation, la louange, le sentiment de la puissance et de la supériorité donnent des jouissances profondes, poussent la volonté à agir, et inspirent quelquesuns des plus grands efforts dont soit capable la nature humaine. La partie active de nous-mêmes fournit, comme nous l'avons vu, l'occasion d'obtenir un grand nombre de plaisirs ; les plaisirs de l'action sont nombreux, il peuvent s'obtenir en poursuivant en outre une fin qui leur est étrangère.

Quelques esprits jouissent profondément par l'intelligence lorsqu'ils augmentent l'étendue de leurs connaissances et découvrent la vérité ; de même, ils souffrent des inconséquences, des contradictions ; l'ignorance les attriste ; chez eux la volonté travaille pour aider aux recherches de l'intelligence. Les sensations esthétiques partagent avec les autres plaisirs l'influence des émotions en tant que motifs d'action sur la volonté. Enfin nos sentiments moraux nous indiquent beaucoup de choses à chercher, beaucoup à éviter. Tout ce qui est motif ou fin pour l'activité volontaire doit être contenu dans ces différentes classes d'émotions, sinon, la classification des émotions de l'homme, n'est pas complète. Tout état appelé plaisir ou peine, et qui est sûrement un stimulant de la volonté doit être ou une sensation musculaire, ou une sensation des sens, ou une des

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