RÉSUMÉ
à conserver une condition actuelle de plaisir et à fuir une cause actuelle de souffrance. Nous avons vu comme l'association établit des liens de communication entre les émotions et les actes qui les satisfont, liens qui permettront ensuite de provoquer des efforts latents. De plus nous avons constaté que l'intelligence peut faire revivre en idée des états émotionnels qui agissent sur la volonté comme le ferait une sensation actuelle. Nos travaux les plus importants, les sollicitudes les plus incessantes ont toujours un but éloigné que nous ne faisons que nous représenter de loin. L'animal poursuivi ne cesse pas de fuir, de souffrir, de se mouvoir, parce qu'il voit toujours le danger en idée. Chaque mouvement que nous faisons entre le lever et le coucher du soleil est gouverné par quelque souffrance ou quelque plaisir prévu ; si c'est une fin intermédiaire qui sert de stimulus, elle n'a de force que parce qu'elle conduit à une fin supérieure qui vit dans notre souvenir aussi bien qu'elle opère dans l'actuel.
Lorsque nous avons ainsi dit comment se forme notre faculté active, volontaire, quels sont les motifs qui nous poussent à agir, on peut dire que nous avons exposé, bien imparfaitement il est vrai, le phénomène essentiel de la volition tel qu'il parait chez l'homme et chez l'animal. On pourrait cependant produire une grande quantité d'applications des principes généraux, qui seraient intéressantes et par elles-mêmes, et parce qu'elles serviraient à rendre plus claire la théorie de la volonté. 11 y a toute une partie de la question qui reste dans l'ombre et ce n'est pas la moins importante au point de vue théorique et pratique. Je veux parler des conflits volontaires. Les motifs qui influent sur la conduite humaine sont si nombreux, que nous devons nous attendre à de fréquents conflits entre eux, à des luttes dont rien ne résulte, à moins que l'une des deux forces ne l'emporte sur l'autre. Ceci nous conduit à énumérer quelquesuns des motifs d'action les plus importants. On peut construire ainsi une échelle de motifs d'après des individus, ou des classes d'êtres sentants, ou d'après la plus ou moins grande force de ces motifs pour stimuler la volonté. La vie intérieure de chacun est une sorte de champ de bataille, de combat continuel ; l'issue de ces combats constants est importante et pour la personne elle-même et pour les autres.
L'estimation que nous faisons d'un être en tant qu'agent, dépend de la prédominance de certains motifs dans ses actes. L'éducation de la jeunesse a pour objet principal, le développement de la force de certains motifs d'action. Ainsi le devoir, l'éducation, l'estimation du caractère aboutissent à des considérations relatives au rang assigné aux motifs particuliers de l'activité volontaire. En conséquence il est nécessaire d'étudier plus en détail ces conflits de la volonté.