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SPONTANÉITÉ ET VOLONTÉ EN CONFLIT

faut nous contraindre lorsque l'activité bouillonne en nous, et agii: lorsque notre énergie est épuisée. La vie du soldat avec ses imprévus, est pleine de ces traverses; de là aussi la nécessité de cette pénible et énergique discipline militaire. Après un certain temps, il se forme en nous comme une seconde nature qui rend moins dure la contrainte imposée à la spontanéité; mais le fait physique n'en demeure pas moins évident : à certains moments définis les organes se chargent d'une plénitude de puissance, et prêts à agir il faut un motif bien puissant pour les en empêcher. Cela est vrai non seulement des organes chargés d'activité spontanée par un long repos et une forte nourriture, mais des organes surexcités par quelque cause extérieure, la crainte par exemple. Il est sans importance de savoir quelle est l'origine du courant qui met en activité les membres divers. Si nous voulons le neutraliser, nous devons lui opposer une détermination de la volonté ; nous pouvons alors mesurer la force de la spontanéité par le degré d'excitation agréable ou désagréable nécessaire pour la contrebalancer.

La lutte qui se produit lorsque nous voulons forcer à l'action un système épuisé, est un spectacle intéressant et instructif sous bien des rapports. Nous retrouvons ici la preuve de l'extrême importance des conditions physiques. Ce n'est pas une simple répugnance pour la souffrance que produit tout travail pendant la fatigue, que nous observons ici, c'est une inaptitude active positive. Un temps arrive où la plus grande souffrance ne provoquerait pas la plus petite contraction musculaire. L'inaptitude est alors physique et non mentale. L'activité spontanée indispensable à la formation des innombrables associations volontaires, est encore d'une grande importance pour l'établissement complet de ces liens d'association; il est possible, dans la maturité de la vie, d'agir lorsque le stimulus central est très faible, mais lorsque l'énergie nerveuse est épuisée, il faut augmenter la force de la cause excitante volontaire, sans cela l'effort ne serait pas possible. Les associations qui se sont formées dans le cours du développement de la volition provoquent l'action là où rien ne pourrait naître sans cela ; le cheval qui a dépensé tout son surplus de force et qui voudrait se reposer, peut sous l'infliction d'une souffrance aiguë, fournir une course additionnelle ; c'est le point où le conflit devient de plus

en plus pénible jusqu'au moment où l'animal tombe de fatigue.

3. — Passons maintenant au conflit entre les volitions proprement dites, au cas où deux plaisirs ou deux souffrances, ou un plaisir et une souffrance, sollicitent l'activité volontaire dans deux directions opposées. Ici les exemples pourraient être aussi nombreux que le sont les différentes combinaisons des émotions humaines. Dans toutes les régions de notre sensibilité, un conflit peut se produire et s'étendre indéfiniment grâce à la concurrence d'impressions faites sur les différentes parties sensibles du système. Les sensations musculaires peuvent se combattre les unes les autres ; les sensations organiques s'opposer les unes aux autres ; les goûts et les odeurs être en conflit, et ainsi de suite pour le toucher, l'ouïe, la vue. Bien que soumis à une seule émotion, que ce soit l'amour, la colère, l'égoïsme, l'émotion esthétique, etc., nous pouvons être sollicités par des objets différents et contraires. Les émotions qui nous poussent à accomplir notre devoir, ou à observer les règles de la prudence, sont souvent contrariées par d'autres émotions ; nous avons des devoirs opposés, aussi bien que des affections et des goûts opposés.

Il suffira de quelques mots pour exposer la situation de deux états actuels, agréables ou pénibles, naissant au même moment et suggérant des actions incompatibles. Les sensations de la vie organique nous fourniront des exemples. Les plaisirs et les souffrances du froid et du chaud sont de ceux qui vont souvent contre les autres intérêts organiques. Lorsqu'une chambre est chaude, l'air renfermé et chauffé que nous respirons peut nous être nuisible. Lorsqu'au contraire nous sortons par une froide journée d'hiver, nos poumons et nos nerfs peuvent jouir de la fraîcheur et de la pureté de l'air pendant que le froid atteint et attaque une autre partie du corps. La force relative de ces impulsions contradictoires se juge d'après les résultats. S'il ne survient pas une troisième sensation qui les prime, l'une prédominera et l'on dira qu'elle est plus forte que la seconde. Si je reste dehors pour respirer l'air froid, c'est que le plaisir que je donne ainsi à mes poumons fait plus que contrebalancer les souffrances du froid. Une autre personne, dans les mêmes circonstances agira probablement différemment ; car l'expérience prouve

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