‹ Les émotions et la volontéChapitre 117 sur 194 · ÉVALT^ATION DES MOTIFS · texte numérisé non relu

ÉVALT^ATION DES MOTIFS

p^rosse bévue. En somme tout le procédé est dans l'évaluation de tous les états d'esprit par lesquels nous passons, et sans ce retard apporté à la décision juscpi'au moment où nous avons le cercle complet du pour et du contre. Lorsque nous hésitons sur le choix d'une profession il faut que nous examinions comment elle s'accorde avec les circonstances, avec nos aptitudes corporelles et intellectuelles, et cela ne se fait pas en un jour. Môme lorsque notre délibération dure des semaines, des mois, l'intelligence peut ne pas rapporter fidèlement les impressions successives, et nous laisser ainsi à la merci de la dernière ; c'est pour éviter ce danger que je conseille d'employer la méthode qui consiste à se souvenir et à faire la somme des décisions isolées. Cette méthode a encore l'avantage, en nous forçant à examiner périodiquement les deux côtés d'une question, de nous empêcher d'oublier les considérations qui sans cela, s'effaceraient bien vite de l'esprit.

6. — Les chances en faveur d'une bonne déHbération et décision ne sont pas les mêmes s'il s'agit de choses expérimentées ou d'inconnues. Lorsque nous avons déjà fait de longs voyages, nous n'avons pas de peine à nous décider à une nouvelle traversée ; mais s'il s'agit d'un jeune homme qui n'a jamais été marin et qui désire le devenir, rien ne peut nous faire deviner s'il sera satisfait ou non de la réalité. Il est presque impossible de déterminer quels seront nos sentiments dans la situation réelle que nous nous imaginons. Cela est impossible parce que le temps et la méthode manquent. Se souvenir de ses impressions de chaque jour, c'est une bonne chose qui fait connaitre comment se présentent en général les choses à l'esprit, mais on peut depuis le commencement jusqu'à la fin, être sous une influence fâcheuse qui fait voir ces choses sous de fausses couleurs. Ce serait un grand point de gagné si l'on parvenait à recueillir les sentiments* d'un certain nombre de personnes ayant passé par les mêmes circonstances que nous ; nous ne pouvons recueillir trop d'informations lorsqu'il s'agit d'embrasser une carrière inconnue. Le choix d'une profession, d'un lieu d'émigration, d'un travail si considérable qu'il vous enlèvera tout loisir, de Hens de famille irrévocables, sont des décisions graves pour lesquelles nous devons consulter les faits et l'expérience passée de narrateurs fidèles, tout en

nous aidant, par des méthodes artificielles, à bien délibérer. L'intelligence doit résister aux suggestions du moment, si bien qu'au bout de cinq jours de délibération, une décision doit avoir plus de poids qu'au bout de trois.

7. — Ainsi rien ne vient dans toute cette étude sur la délibération, faire exception à la théorie de la volonté, déjà exposée : dans la volition, l'exécution est toujours provoquée par quelque plaisir ou souffrance présente ou attendue. Lorsque au lieu d'agir nous résistons aux solhcitations et que nous attendons d'autres motifs complémentaires pour entrer en activité, notre effort est vraiment volontaire : une souffrance appréhendée ou imaginée, c'est-à-dire la peine que notre expérience nous a fait connaître comme suivant toute décision active prise hâtivement, nous engage à résister à la plus forte de deux impulsions présentes. Il n'y a pas de différence essentielle entre l'impulsion qui nous détourne de l'action, et l'impulsion volontaire qui nous éloigne d'une autre sorte de mal menaçant. Toute la distinction repose dans l'intervention très importante de l'intelligence dans un cas. Une série de sérieuses observations sur les conséquences de nos actions et des actions des autres, ou l'étude du récit des expériences passées de nos semblables, nous remplissent du sentiment des malheurs qui naissent des décisions trop précipitées ; la représentation des conséquences fâcheuses devient comme une souffrance qui influerait sur la volonté, et qui aurait sa valeur et sa force dans tout conflit de motifs. Au début de la vie, ce sentiment artificiel est peu développé; le temps, une éducation patiente, les observations et réflexions personnelles, le portent à sa maturité et lui donnent cette empreinte intellectuelle durable qui le rend capable de s'opposer à un jugement trop prompt.

8. — Il est nécessaire de faire quelques remarques sur cette phase de l'activité volontaire qu'on ai3pelle résolution. La clôture de la période de délibération iMique que le sentiment du danger dont je viens de parler cesse de demander la suspension du jugement. La conduite tenue alors doit être inspirée par le motif déterminant. De même qu'après avoir examiné plusieurs articles dans une boutique nous choisissons celui qui nous plaît davantage, de même notre conduite est le résultat nécessaire de la clôture d'un conflit. Il n'y a pas de phase intermédiaire à décrire, de puissance à invo-

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