RÉSOLUTION ET EXÉCUTION
quor pour passer d'une expérience a^rda])lc ou désagréable à l'action reconnue comme bonne dans la circonstance. Il est dans la nature de la volonté de lier dès le commencement et pour toujours un plaisir à l'acte qui le conserve ou l'augmente, et une soullrance à l'acte qui en délivre. S'il y a suspension dans l'activité, c'est que quelque influence nouvelle rompt le cours habituel de la volonté. Le veto délibératif est un moyen de produire cette rupture, mais une fois levé, l'activité reprend sa marche. Il y a cependant une situation ou l'exécution ne suit pas immédiatement la décision prise, c'est quand nous décidons à l'avance, pour l'avenir. C'est à cette détermination non immédiatement suivie d'exécution que nous donnons le nom de résolution. Lorsque nous avons pris une résolution, c'est-à-dire, lorsque nous avons déterminé de quel côté sont les arguments les plus forts, nous sommes pressés d'agir mais ne le pouvons pas parce que nos impulsions actives ont été un peu modifiées dans leur direction. Au lieu d'accomplir tout de suite ce qui nous est suggéré, notre volonté nous engage à observer, à attendre ou à chercher le moment convenable. Avant de faire entrer un enfant dans une université, ses parents délibèrent sur la classe qu'il peut suivre, et prennent probablement une décision quelque temps avant l'ouverture des classes. L'exécution est donc suspendue, bien que la volonté soit toujours en œuvre, compte les jours et engage à accompUr toutes lesformalités de l'admission. Nous pouvons donc dire que la volonté qui délibère et décide n'est jamais endormie. Si nous ne pouvons pas suivre immédiatement l'impulsion naturelle, résultat de la déhbération, nous prenons du moins une attitude attentive afin d'être prêts à agir lorsque le temps sera venu. Résolution signifie doncvolition préliminaire tendant à s'assurer du moment précis où il sera nécessaire d'entrer en activité. L'interruption n'est ici qu'une circonstance purement accidentelle qui ne change en aucune façon le caractère propre de la volonté qui est d'entrer en action là où il y a motif suffisant.
9. — Lorsqu'il s'agit d'une décision importante, il arrive souvent qu'il faut longtemps pour la mettre à exécution. Quand j'entreprends un travail de six mois, il faut que ma résolution soutienne mes énergies actives pendant tout ce temps. Bien plus, il y a des résolutions que nous tenons
toute notre vie, que nous observons comme des règles bonnes à augmenter les jouissances et à diminuer les maux de la vie. Cicéron a défini la vertu, la volonté perpétuelle d'agir suivant des principes vertueux. Des volitions aussi soutenues sont exposées aux attaques de l'indolence, de la fatigue, des plaisirs accidentels, des sollicitations de tout genre : de là la nécessité d'alimenter, de stimuler les résolutions importantes en se remettant parfois devant les yeux le but à atteindre. En réalité il arrive assez souvent qu'on l'oublie avant d'avoir accompli ce qu'il faut pour l'atteindre. Cet état intermédiaire qu'on appelle résolution est souvent pénible et rempli d'incertitudes. Le sentiment très fort du bien à gagner ou de mal à éviter, qui préside à la formation de toute décision volontaire, peut s'effacer et céder la place à d'autres sentiments dictant peut-être une ligne de conduite opposée. Ma résolution de me lever tous les matins à une certaine heure pendant l'année à venir est d'abord provoquée par certains motifs assez forts pour me faire tenir ma résolution pendant une semaine, mais non pour résister ensuite aux ^sollicitations des sentiments qui me retiennent au lit ; ce qui veut dire que ma résolution est détruite, annulée.
Dans toutes les vies il y a un certain nombre de résolutions hâtives ou soudaines prises sous l'influence de quelque événement imprévu, et sans qu'on ait eu le temps de délibérer. Il est impossible que Timpulsion donnée par une cause accidentelle puisse soutenir la volition engagée dans un long travail. Je me sens très humihé, lorsqu'on repousse avec humeur mes avis et mes conseils ; l'ennui du moment me fait prendre la résolution d'éviter cet ennui à l'avenir. Si dans la même journée l'occasion se présente de donner des conseils, je garde une attitude neutre. Mais le temps passe, l'expérience désagréable s'efface même de mon souvenir, et lorsque l'occasion s'en présente, je suis de nouveau disposé à donner mon avis sur les affaires des autres. Peut-être serai-je bien reçu dans cette occasion; alors j'oublierai complètement mon humiliation passée et la résolution prise. Peut-être serai-je aussi mal reçu que la première fois ; cette nouvelle expérience fera inévitablement revivre ma résolution première, lui donnera une nouvelle force, et la mémoire conservera plus longtemps le souvenir de l'ennui éprouvé. Mais une résolution temporaire formée sans tenir compte