CONTRÔLE DES ÉMOTIONS
On peut faire sur l'édiication émotionnelle une observation générale. Il est possible, par l'éducation, d'élever ou de rabaisser la situation de l'émotion par rapport aux autres départements de l'esprit. Cbaque personne vient au monde avec un développement plus ou moins grand des trois grandes facultés naturelles, ce développement de chacune d'elles peut changer, se modifier dans la vie. On peut supprimer ou encourager le flot primitif dans une direction particulière, suivant les circonstances dans lesquelles on se trouve placé. En l'absence de toute intervention, le courant naturellement le plus fort, se renforce lui-même, le plus faible s'affaiblit encore. L'homme qui est né avec une puissante intelligence, qui l'étend en la cultivant, affaiblit chaque jour la partie émotionnelle, naturellement faible, de sa nature ; lorsque deux éléments ont toute la prédominance, il reste peu de place à occuper pour un troisième. Une personne mal constituée sous le rapport émotionnel, c'est-à-dire qui n'est pas excitée par le désir de jouir des plaisirs communs à l'humanité, qui ne se laisse pas aller aux manifestations violentes, qui n'a pas dans le malheur la ressource du rire et des larmes, peut être guidée et conduite à un plus grand développement émotionnel. Le mode d'éducation le plus efficace serait alors de faire appel à la force de l'exemple, de la sympathie, des plaisirs multipliés, si bien que le côté faible soit sans cesse fortifié pendant qu'on néglige les autres. La seule autorité, la volonté personnelle ne seraient pas suffisantes pour opérer un changement aussi profond. De même par l'application d'un régime judicieux on peut apaiser une nature trop disposée à se livrer à toutes ses émotions, et permettre à l'intelligence et à la volonté de se développer librement, ce qui, peut-être, est ce qu'il y a de plus difficile pour le patient. Une partie très importante de notre éducation morale est celle qui s'applique à la répression de ces motifs excitants qui poussent la volonté à l'action d'une manière qui n'est pas en rapport avec la jouissance ou la souffrance éprouvée par l'individu. On doit tout faire pour aider à la formation d'une habitude ayant autant de valeur, et comme cela est difficile, on ne peut trop faire. On ne peut aller trop loin dans l'apaisement systématique de l'excitation physique ni y trop appliquer sa force de volonté. Le pouvoir de l'homme atteint son maximum quand il s'impose aux excita-
tions violentes, aux peurs sans raison, aux manifestations extravagantes ; mais comme c'est aussi triompher des plus grandes faiblesses de l'homme, il faut que les circonstances soient encore favorables à l'acquisition ; il faut encore faire appel à l'aide de la force plastique pour triompher dans la lutte.
9. — Ce que nous avons dit des émotions en général peut s'apphquer à chacune d'elles en particulier. Nous pouvons par l'éducation affaibhr celles qui sont prédominantes, tandis que laissées à elles-mêmes, elles deviendraient de plus en plus fortes. Dans tous les exemples possibles, on ne prend une habitude que dans le but d'augmenter ou de diminuer une susceptibilité originale. Prenons la liberté. La satisfaction donnée aux impulsions naturelles d'indépendance, la confirmation de ces impulsions par l'habitude, sont un obstacle insurmontable à une vie de travail régulier. Au contraire, par une disciphnebien entendue on peut dégoûter des plaisirs de lapureliberté, jusqu'au moment où l'esprit fatigué par les échecs que subissent ses impulsions, ne recherche plus ces plaisirs, et les estime de peu de valeur. Voilà la situation de l'esclave résigné à son sort, de l'homme, de la femme dont la vie n'est qu'une soumission perpétuelle à des conventions artificielles.
10. — L'émotion de la peur prouve combien est vrai ce que j'ai avancé au début de ce chapitre, sur l'importance de la persévérance absolue dans la formation d'une habitude. Si nous avons à faire à un esprit craintif, il est connu que nous devons éviter tout incident qui provoquerait certainement un accès de frayeur. L'initiation doit être graduelle et l'épreuve ne doit jamais être au-dessus de la force acquise. Une simple frayeur peut reculer de beaucoup les progrès de l'éducation que nous avons entreprise. De même lorsque nous voulons habituer notre corps à la fatigue et aux privations, l'effort ne doit jamais être au-dessus des forces que nous avons acquises. Jamais celui qui fait un entraînement ne dépasse les limites qu'impose la santé du système musculaire ; si à cause d'un excès quelconque nous attrapons une maladie en nous habituant à endurer le froid et l'humidité, nous sommes sûrs de retarder beaucoup notre éducation sur ce point. Tout porte à croire qu'il existe là un principe général qu'il ne faut pas oubHer lorsqu'on veut se fortifier contre la maladie