‹ Les émotions et la volontéChapitre 126 sur 194 · CONTRÔLE DES ÉMOTIONS · texte numérisé non relu

CONTRÔLE DES ÉMOTIONS

et les tendances dissolvantes, et qui trouve encore sa confirmation dans la répression de l'émotion delà peur. Une grande frayeur s'emparant de l'esprit, diminue pour longtemps la somme de courage dont on dispose, si elle ne l'épuisé pas complètement. Il ne faut jamais perdre de vue ce précepte : exercer, éprouver le système jus(pi'au point acquis, mais ne jamais le dépasser. On peut être exposé à certaines occasions de frayeur, de façon à fortifier son courage naturel, mais des épreuves prématurées pourraient laisser le sujet plus susceptible que jamais. Pour imposer une discipline de ce genre il faut des commencements très sûrs. L'exemple, les encouragements, la santé, la régularité dans la vie, sont nécessaires pour faire une acquisition morale difficile. Si Ton en juge par les différences physiologiques entre les animaux et entre les sexes, il semble que le courage dépend d'un mode particulier de vigueur nerveuse, et consume une quantité définie de la nourriture de tout le système. Verser goutte à goutte cette qualité dans une nature qui n'en est que très faiblement pourvue, cela demande l'application de toute l'énergie plastique sur un seul point et explique comment il est si rare de voir réussir les tentatives faites pour implanter cette qualité, pour l'acquérir.

11. — On peut reproduire à propos des émotions tendres les mêmes remarques sur la possibilité d'activer ou de restreindre le développement qui leur a été assigné par la nature. Si ces émotions sont naturellement fortes, si elles rencontrent sur qui se répandre, elles croîtront en force inévitablement, et elles fourniront à la personne des jouissances sociales et intimes augmentant et durant toujours davantage. Toute l'énergie du système délaissant l'intelligence et la volonté se concentrera sur le côté émotionnel. D'un autre côté un caractère manquant de tendresse, peut, entouré d'affections, se développer sous ce rapport, pourvu qu'on ne laisse pas l'esprit s'absorber en lui même. Nous pouvons donc agir sur nos sensibilitésleur donner une importance plus ou moins grande, en tant que sources de jouissances et de souffrances : ce qui est encore tout autre chose que de les diriger sur certaines personnes, certaines choses qui sont des objets d'attachement ou d'affection. Sans doute les deux choses se suivent habituellement ; mais elles peuvent aussi se séparer. De même que certaines choses inspirent à première vue une

grande tendresse, l'enfance par exemple, de môme, par l'association, s'agrandit le cercle de nos affections qui deviennent aussi plus fortes. Toute circonstance qui détermine toujours de la même façon une émotion tend à faire corps avec cette émotion, à la faire naitre plus facilement, et à développer par conséquent sa propre puissance de stimulation ; sans sortir des émotions usuelles, et sans nous élever pour cela au-dessus de notre somme originale de susceptibilité générale, c'est ainsi que se forment de puissants attachements pour les personnes et les choses. Par exemple la complaisance pour soi-même est une attention tendre et habituelle fixée sur le moi comme sur un objet renfermant d'admirables et attrayantes qualités. Le fond primitif de tendresse peut ne pas être ici très considérable ; mais l'émotion à force de se renouveler l'agrandit et il peut se produire là une excitation beaucoup plus forte que sur d'autres points. Peu de personnes entreprennent de gouverner ce sentiment chez elles ou chez les autres, il n'est pas facile de résister à sa marche insinuante une fois qu'il s'est établi chez nous. On peut en supprimer les manifestations extérieures mais non pas l'influence intime. A la suite de l'amour de soimême nous trouvons la vanité et toutes les formes de l'amour de l'admiration et des applaudissements, qu'un système répressif bien entendu peut diminuer tandis que livrés à euxmêmes ces sentiments se nourrissent eux-mêmes et dépassent les limites du permis. Il faut ici que l'individu veuille les supprimer, car il est trop facile de les dissimuler pour qu'un maitre étranger soit seul chargé d'y veiller.

12. — Le sentiment malveillant qu'on appelle le désir du pouvoir est une des formes gigantesques de l'égoïsme humain. On essaie de la culture morale pour enrayer son développement ; mais ce sentiment renaît toujours au moment où l'on croit l'avoir étouffé. A la longue une ferme répression personnelle, aidée de l'habitude peut adoucir la violence de ce désir. Mais pour la générahté des hommes il n'y a que la résistance ouverte, la répression par la force, qui puisse avoir de résultat.

13. — Les plaisirs de l'activité ont parfois trop d'attraits pour ceux qui les cherchent ; il faut alors mettre un frein à l'excitation que produit la chasse ou la politique, parexemple dans la jeunesse, parce qu'elle engendre une espèce de dissi

développemp:nt estitktioi e 439

pation incompatible avec le combat si sérieux de la vie. Quand ou M uu certain cjoût pour l'agitation, les émeutes ou l(^s ])atailles, un simple récit liistorique peut devenir une source d'ennuis et de dangers. Il est inutile de revenir ici sur les moyens de combattre cette tendance et de s'habituer à y résister.

14. — Les émotions de l'intelligence, comme l'intelligence elle-même, ont plutôt besoin d'être choyées que d'être réprimées. Une atmosphère sociale sympathique, des moyens de culture, des livres, des ressources pécuniaires suffisantes pour nous délivrer des soucis de l'existence, l'absence de goûts rivaux aussi forts, voilà ce qui est nécessaire pour cultiver avec succès les germes naturels de curiosité, l'amour de la vérité dont nous a doté la nature.

15. — Les goûts, la culture esthétique, sont soumis aux mêmes lois générales de plasticité et d'habitude. On peut fortifier ou hmiter les émotions esthétiques, en choisir une pour la cultiver spécialement. Prenez un homme aux goûts artistiques, naturels, moyens, et placez-le dans l'atmosphère artistique de Florence ou de Rome sans offrir d'autre nourriture à ses autres tendances, par degré il se réchauffera au contact de ce qui l'entoure, et finira par acquérir des goûts artistiques très vifs et très décidés. Placez au contraire une nature artistique dans un milieu très puritain, éloignez toutes les influences qui nourrissent l'amour de l'art, forcez l'esprit à s'engager dans une voie toute différente, et selon toutes probabilités, la proportion originale des éléments constitutifs de l'esprit, se trouvera renversée au bout d'un certain temps. Il est possible d'implanter ou d'arracher les plaisirs et les tendances les plus enracinés dans la nature humaine. Nous ne devons cependant pas oublier qu'on n'accomplit pas de telles révolutions sans qu'il en coûte beaucoup, et que c'est tout si on peut en faire réussir une dans une vie d'homme. La puissance de l'éducation est ici limitée parce que la force constructive est elle-même limitée. Nous ne pouvons concentrer notre force plastique sur deux ou trois objets différents d'une grande étendue. C'est à peine s'il est possible d'implanter artificiellement dans un même esprit l'amour de la science et l'amour de l'art ; nous ne devons pas espérer lutter contre deux sortes de faiblesse morale de façon à en faire sortir deux forces morales.

La culture de l'intérêt poétique est une source de plaisirs rafinés. C'est une partie de notre développement moderne ; nos grands poètes, Byron, Coleridge, Wordsworth, Shelley sont sur ce point nos grands éducateurs. Voilà un exemple bien frappant de ce que peut faire l'éducation pour nos sensibilités émotionnelles. Les progrès résultant de cette éducation sont exactement expliqués par les lois de l'émotion idéale ; ce qui rend avant tout la répétition fructueuse, c'est la liberté d'esprit d'un côté, de l'autre sa concentration sur un point donné.

Il est plus difficile de trouver du plaisir dans la vertu que de développer les sentiments esthétiques. Spinoza notait en lui-même le développement de sa faculté de contempler avec délices le verum bonuin ; mais cela s'applique plutôt au sentiment de la vérité et de la vertu qu'à leur mise en pratique.

16. — Je dois dire quelques mots de grands et soudains changements qui se font parfois dans les caractères et qui forment un constraste frappant avec le mode d'action tranquille et lent des habitudes. Il faut chercher l'explication des conversions subites dans quelque impression violente faite sur l'esprit, devenant un nouveau et puissant motif d'action pour la volonté, base initiale par conséquent d'une nouvelle ligne de conduite. Si nous sommes capables de frapper un coup assez fort pour absorber toutes les pensées d'un homme, pour dominer sa volonté pendant un certain temps, nous pouvons le faire changer de conduite, le maintenir dans une direction jusqu'à ce que l'habitude commence, que l'état présent des choses soit assez fort pour lutter contre les anciennes tendances. De pareils changements s'accomplissent mais non sans des luttes terribles car il est bien difficile à la volition d'un jour de lutter contre les habitudes des années.

17. — Nous arrivons maintenant à la classe d'habitudes qui se rapporte à nos impulsions purement volitionnelles. La spontanéité, élément essentiel de la volonté, se trouve modifiée par les circonstances de la vie. On peut supposer qu'à l'origine les impulsions spontanées suivent la direction que leur indique la nutrition ou les stimulants accidentels. Il faut que nous apprenions à supprimer nos mouvements lorsque les centres chargés d'énergie sont prêts à agir, à les continuer lorsque les centres sont épuisés. On ne peut travailler activement et longtemps, sans apporter à certains centres et

SUPPRESSION DU DÉSIR r\\

peut-(Mi'o au (U'1)(mis des autres, un surplus d'énerçie. Pour qu'on puisse se servir constamment d'un organe, de la voix, d'un membre par exemple, il faut qu'après des années d'exercice, un flot de puissance vitale beaucoup plus c^rand que le flot original, alimente les organes en activité. Parmi les acquisitions professionnelles de cliaque homme, il y a la faculté de mouvoir sans fatigue un organe spécial, pendant un temps beaucoup plus long qu'il ne serait possible de le faire sans une éducation particulière. La manière dont nous agissons se trou\:e donc ainsi différente de la manière dont nous agirions si nous avions été laissés tels que la nature nous avait faits. On peut donc calmer un tempérament spontané très vif mais on comprend que cela ne doit pas se faire sans efïort ni sans patience.

18 A propos du désir nous pouvons noter une série d'acquisitions morales importantes. Les conditions habituelles étant remplies, on peut prendre l'habitude d'être patient en face des souffrances sans remèdes, des souffrances périodiques. Il est bien dur de ne supporter la souffrance que par un effort de volonté ; c'est pourquoi l'on cherche d'autres

• moyens de la supporter, on fait appel à la sympathie, à la distraction, ou à l'espérance ; si l'on est capable de soutenir la lutte pendant un certain temps, on peut compter sur la réussite du procédé. Dans l'état d'esprit qu'on appelle contentement, les habitudes prennent la forme de bonnes résolutions. L'apaisement de l'esprit excité par des désirs irréalisables, doit occuper pour une grande part les forces morales de l'homme; il n'y a pas de pohit où l'élément plastique intervienne avec plus d'efficacité pour le bonheur de l'individu. 11 faut que de bons avertissements soient soutenus par le sentiment du mal produit par la convoitise, et que l'esprit ait une certaine liberté pour combattre les désirs malsains. Tout individu peut être particulièrement susceptible pour une chose que les circonstances sont loin de favoriser ; de là la nécessité d'une éducation, d'une discipline particulière. L'amour de la splendeur éclatant dans un homme placé dans une condition modeste, l'ambition dans l'âme d'un esclave, déterminent des luttes intimes qui peuvent

* intéresser le poète ou le romancier, mais qui en réalité sont terribles pour celui qui en souffre. Nous ne réfléchissons pas souvent à la peine qu'il a fallu prendre pour acquérir les

vertus qui fon^ peu d'effet, parce qu elles ne sont que des négations d'action. La décision de vivre avec frugalité qu'on prend pour éviter une dépense, peut l'être facilement, cette facilité n'étant que le couronnement d'années remplies de luttes mentales.

19. — Nous pourrions encore prendre des exemples dans la domestication des animaux. Il est curieux et instructif de chercher quelles sont les particularités qui font qu'on peut dresser certains animaux, tandis que d'autres sont toujours si rétifs. Les animaux les plus haut placés dans l'écjielle des vertébrés possèdent tous, à un degré égal peut-être, une grande ténacité de souvenir ; si nous pouvons faire entrer l'animal dans une voie artificielle, avec une énergie suffisante, l'habitude d'y rester se formera tôt ou teard. Le cheval, le chien, le chat acquièrent certaines habitudes. Certaines circonstances pourraient expliquer comment tous les animaux n'ont pas également la faculté de faire de semblables acquisitions. L'impossibilité d'apprivoiser le lion ou le tigre peut s'expliquer par l'intensité extraordinaire de leurs impulsions naturelles, et par une dose moins forte de plasticité dans l'esprit. Si l'on voulait donner à ces féroces animaux l'habitude d'obéir, il faudrait les soumettre à une éducation si sévère que nous aimons mieux y renoncer. On peut rendre une créature l'esclave de la peur au point de la faire obéir à la main de l'homme. Le cheval et le chien ont une certaine dose de timidité que nous savons faire servir à nos desseins ; tandis que nous entreprenons rarement de soumettre des animaux doués d'un grand courage naturel.

20. — L'opposition qu'on peutfaire aux séries intellectuelles ou au courant d'idées régies par les lois de contiguïté et de similarité, est une question de volonté ; l'habitude peut y aider. Nous trouvons à ce propos deux cas intéressants. Le premier c'est la concentration de l'intelligence sur un objet déterminé, et la force de volonté qui devient alors nécessaire pour lutter contre la légèreté, contre les distractions extérieures ; c'est recueil contre lequel viennent se briser bien des esprits jeunes ou livrés à eux-mêmes. Lorsque l'occasion se présente fréquemment d'exercer en ce sens sa force de volonté, qu'on a en outre de forts motifs de le faire, l'effort' diminue au bout d'un certain temps, la volonté devient complètement prédominante. Cette éducation particulière de la

CONDITIONS DE FORMATION DE l'iIARITUDE 4i3

volonté fait partie do l'approntissage de toute profession intellectuelle, et dans le monde des idées, n'est que la confirmation de la possibilité de soustraire l'attention à l'influence troublante des sensations.

Le second cas intéressant, c'est celui où nous cbassons à volonté un sujet de notre esprit. Etre absorbé par un sujet d'affaire alors que c'est devenu pratiquement inutile, ou bien continuer à diriger ses pensées sur ce sujet, c'est faire preuve de faiblesse, et d'une faiblesse qu'il faut surmonter si possible. Pour cela on peut employer la volonté ; et bien que nos premières tentatives soient souvent infructueuses, on est sûr avec de la persévérance de ne pas lutter pour rien. Dans la mêlée de la vie il faut que les hommes passent fréquemment d'un sujet à un autre, qu'ils oublient complètement l'un pour appliquer à l'autre toute leur force d'intelligence. Il faut alors pouvoir obéir entièrement à la volonté suspendant tout d'un coup les considérations sur le sujet occupant l'esprit auparavant, et c'est ce à quoi on arrive bien rarement dans les premières années de l'apprentissage de la vie.

21. — En terminant ce chapitre je termine aussi définitivement ceux ayant rapport aux lois de contiguïté, du souvenir, et de l'acquisition volontaire ou mentale. Je n'avais pas pour but d'étudier tout ce qui peut devenir en nous une habitude morale, j'ai donc fait un choix d'exemples, et néghgé bien des détails également importants. Par exemple, les habitudes d'obéissance sont en lutte avec la volonté personnelle et avec notre tendance instinctive à suivre nos propres décisions. Il faut acquérir certaines habitudes d'autorité aux dépens de nos dispositions à sympathiser avec nos semblables dans toutes les circonstances. Les habitudes d'activité, de vivacité sont souvent le résultat d'une longue lutte avec le caractère naturel. Les habitudes d'amabilité, d'urbanité ne sont pas naturelles à l'homme. En résumé j'ai eu surtout pour but dans ce chapitre de déterminer quelles sont les conditions principales dont dépend la formation d'une habitude, car ce sont ces conditions que nous oublions le plus souvent. Il est admis par tout le monde que la répétition de l'acte est une condition sine qua non] mais on ne reconnaît pas aussi généralement la nécessité d'une forte impulsion initiale capable de triompher dans tous les conflits jusqu'au moment où l'habitude en voie de formation est suffisamment

développée. Dans la pratique, il est rare que nous chassions de notre esprit toute préocupation, que nous évitions toute distraction. Je ne suis pas sûr non plus que nous rendions pleine justice à l'adage « il sera donné à celui qui a »; que nous nous souvenions toujours que là où les dispositions naturelles sont faibles, l'éducation doit être lente, douce et persévérante. Quelques natures sont mieux dotées que d'autres de plasticité, de puissance d'acquisition, et justifient mieux le proverbe qui d^t que « l'homme est un composé d'habitudes ». Il semble chez elles que toute leur énergie constitutive négUge de renforcer les penchants naturels pour consolider toute tendance artificielle. L'observateur attentif peut rencontrer sur sa route les extrêmes les plus opposés.

L'habitude d'un côté, affaiblit ou supprime une émotion, de l'autre augmente l'intensité d'une autre émotion. Butler regarde cette opposition comme favorable au développement de la vertu active. Il fait remarquer que pendant que l'habitude nous vient en aide pour agir, augmente nos aptitudes actives, elle a un effet opposé sur nos impressions passives. L'habitude du danger diminue l'empire de la peur, celle de voir mourir les autres diminue notre crainte de la mort, celle d'être malheureux affaiblit nos sentiments de pitié mais si d'un autre côté nous pratiquons le soulagement de la misère notre bienveillance en tant que principe d'action, deviendra plus puissante.

On a beaucoup admiré cette remarque de Butler; elle fait honneur à sa sagacité mais ne rend pas un compte exact des choses. Ce n'est pas deux cas qu'il faut distinguer ici, c'est trois. Le plus simple, c'est celui où l'habitude opère sur l'activité, sur l'effort actuel quel qu'il soit; sur le travail manuel ou le travail intellectuel par exemple ; les sensations étant absolument hors de cause. L'habitude opère alors dans une seule direction. C'est seulement en passant aux états de conscience, sensations ou émotions que l'on trouve l'apparente contradiction, signalée par Butler. Les principes déjà exposés sont parfaitement suffisants pour résoudre la difficulté présente.

L'esprit s'habitue petit à petit aux choses, et bien souvent c'est lorsqu'on l'expérimente pour la première fois qu'une sensation produit son maximum d'impression. Un plaisir ré-

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pét('' perd do sa saveur, cepeiidaiit co déclin a dos limites assignables. De môme une soudVance n'pétée devient moindre, bien que dans les cas extrêmes l'effet soit tout opposé.

J'ai montré dans ce chapitre que la conquête par l'habitude de certaines souffrances, de certaines excitations pernicieuses, demande des conditions favorables et que sans elles, la chose est impossible. En voulant s'habituer à la peur on peut augmenter sa force au lieu de la diminuer. Il y a des personnes qui ne peuvent jamais vaincre certaines frayeurs, comme d'autres sont constituées de façon à ne jamais surmonter le mal de mer.

Je dois aussi remarquer, ce qui est universellement reconnu, que nous pouvons cultiver nos émotions et par là les augmenter, comme nous cultivons notre goût pour la beauté, la science, nos plaisirs de l'amour et de la bienveillance.

Les plaisirs des sens eux-mêmes, si l'on ne dépasse pas certaines limites, ne diminuent pas parla répétition. On ne peut conserver l'impression de nouveauté, de fraîcheur que donne un nouveau plaisir ; mais après un certain nombre d'expériences, si l'on a soin de régler comme il faut leur retour, on obtient un total fixe de jouissances qui peut rester le même pendant toute la vie ; mais qu'on en soit privé pendant longtemps, et l'on pourra retrouver l'impression première dans toute son intensité.

Dans l'opinion de Butler il n'y a qu'une chose de soutenable, c'est que l'habitude d'éprouver le sentiment de la pitié sans produire aucune action correspondante, peut tourner en habitude sentimentale, le plaisir ne diminue pas comme semblerait le faire supposer sa théorie des impressions passives, ce qui diminue, c'est la tenchince active qui fait naturellement partie de nos impulsions charitables et qui s'augmente par l'exercice comme elle diminue par absence d'exercice.

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