CHAPITRE X
1. — Je me propose d'étudier dans ce chapitre les motifs de prudence et les motifs dictés par le devoir c'est-à-dire le grand conflit qui s'élève sans cesse entre les fins des actions humaines.
Prudence. — Nous savons que la volonté est constituée de façon à opérer pour éviter la souffrance et pour chercher le plaisir. On pratique la prudence, on cherche le bonheur, en suivant les impulsions volontaires, en comparant entre eux les plaisirs et les souffrances qui sont présents ensemble, en pensant toujours à l'avenir aussi bien qu'au moment actuel. En sachant à l'avance quels biens ou quels maux doivent se produire, nous travaillons en vue de fins éloignées aussi bien que pour nos sensations et nos émotions présentes. Nous avons devant les yeux le catalogue des maux et des plaisirs possibles, nous savons en même temps ce que nous devons rencontrer le plus sous nos pas. Nous connaissons certains objets comme produisant des peines ou des jouissances extraordinaires. Toutes ces différentes espèces de stimulations agissent alternativement sur notre activité. Nous évitons constamment des maux organiques, physiques, le froid, la faim, la fatigue, l'épuisement, tout ce qui constitue une sensation pénible; nous cherchons les contraires de ces souffrances en général, et en particulier ceux qui ont le plus de charme pour notre esprit. Ce sont eux qui deviennent les motifs d'action personnels à chacun. Le résultat de la lutte entre les motifs, est une décision de prudence, prise en vue de notre bonheur, et que nous ne combattrions jamais si