TERMES ÉQUIVOQUES
quelle science, physique ou morale ; ou n'a jamais rien gaij^ué avec lui. Nous parlons de « nécessité mathématique », mais nous pouvons exprimer la même idée sous une forme aussi bonne si ce n'est meilleure. Dans la vie ordinaire le mot à une signification assez précise, d'urgence ordinaire, et il ne devrait avoir que celle-là. Je crois que toute discussion scientifique dans laquelle il a été introduit, en a été très embarrassée. Je ne vois que confusion dans des questions comme celles-ci : « Les axiomes mathématiques sont-ils né^ cessaires ? » « La connexion de la cause à l'effet est-elle nécessaire? » les disputes seraient bien abrégées si on adoptait le point de départ que je réclame. Parce qu'un terme s'est une fois introduit dans la phraséologie scientifique, il ne s'en suit sûrement pas qu'il a créé un intérêt nouveau nous forçant à conserver le mot lorsque nous avons découvert qu'il était mal appliqué et exposait à des malentendus ! L'affection que nous avons pour les sentiments des hommes qui vivent n'est nullement applicable à des instruments inanimés. Je suis convaincu qu'actuellement le mot « nécessité » n'est qu'un embarras dans notre langage scientifique (1).
6. — Liberté de choix. — Délibération. — Le mot « choix» estune des manières de désigner la soi-disant liberté des actions volontaires. La vraie signification du mot, le seul fait auquel il corresponde, c'est qu'on agit en suivant une seule impulsion bien qu'on soit sollicité par plusieurs. Quand une personne poursuit une fin et en néghge d'autres, cela ne veut dire qu'une chose, c'est que la première est plus attrayante que les autres. Il peut arriver que les attraits de différents buts se balancent, toute décision est alors suspendue. L'équilibre peut être conservé pendant longtemps ; mais quand la décision est prise cela veut dire que quelque considération s'est fait jour dans l'esprit, donnant une force supérieure à
(1) Je ne veux pas dire qu'il faille bannir ce terme de la conversation. Ce que je désire, c'est qu'on ne l'emploie plus dans les affirmations scientifiques importantes. Il y a d'autres mots qui s'appliquent beaucoup mieux à l'expression des phénomènes naturels : uniforme, conditionnel^ inconditionnel, séquence, antécédent, conséquent, qui ont un sens précis et écartent toute association confuse. Si, dans une proposition principale, importante, on se sert de ces termes précis, il sera de moins d'importance d'employer ensuite des mots plus vagues. La rhétorique impose à une exposition, même scientifique, certaines conditions qui ne permettent pas de répéter à chaque occasion le mot propre.
un motif quelconque Voilà en somme ce que c'est que choisir. Par liberté dedioix on n'entend qu'une chose, nier toute intervention étrangère. Si une autre personne me force à agir d'une certahie façon, il est assez clair que je n'ai pas la liberté de choisir; on mène l'enfant à la boutique où l'on doit lui acheter un vêtement, mais ce n'est pas lui qui choisit. Mais ici comme pour les différents motifs qui occupent mon esprit, rien ne justifie l'emploi de l'expression, liberté de choix. Des motifs divers, des plaisirs et des souffrances actuels ou à venir, concourent pour me porter à l'action : le résultat du conflit montre quel groupe est le plus fort, et voilà tout. Toute personne m'observant à ce moment et connaissant exactement les considérations qui m'influencent, apprendra, du résultat de la lutte, quel est mon caractère, elle saura ce qu'il faut attendre de moi dans de semblables occasions. Elle ne songera nullement soit à la liberté, soit à la nécessité, à moins pourtant que je ne sois tellement poussé par un étranger que mes goûts, mes répugnances n'aient plus rien à faire avec le résultat du conflit. Même dans ce cas, il ne faudraitpas employer le mot « nécessité » ; il serait beaucoup plus correct de dire que, dans ce cas, le cours de ma volonté est complètement suspendu, que je ne compte pas dans la décision prise. La question n'est pas ici de savoir si ma volonté est libre, mais bien si Faction est bien mienne ou si elle n'appartient pas plutôt à une autre personne dont je ne suis que l'instrument. L'expression courante « il n'a pas de volonté » est exacte, elle suppose que c'est une puissance extérieure qui dirige l'individu. Quand on a un motif très fort d'accomplir un acte, et qu'on lui résiste, c'est que le motif contraire est encore plus fort. Ainsi dans quelque situation que se trouve l'homme ou l'animal il y a une manière simple et exacte d'exprimer quel conflit a précédé la décision résultante. Il y a au contraire bien peu de circonstances où l'on puisse faire un juste emploi des termes liberté et nécessité ; on en peut toujours trouver de meilleuis ; car dans la généralité des cas ils conduisent à la confusion. Il ne pouvait rien y avoir de plus pernicieux que d'enfermer le fait fondamental de la volition dans une telle phraséologie. Chercher le plaisir, éviter la souffrance, voilà les faits suprêmes, les types de l'exercice de la volonté ; je ne vois pas comment on peut les décrire en se servant de ces termes.
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Ce serait tout aussi appi'oprir do (jualificr lo^; procédés de l'esprit, de circulaires, d'ovales, d'humides ou de secs. En réalité les termes en question ont pesé comme un cauchemar sur l'esprit de tous ceux qui ont exploré la partie active de l'homme. Il est positif que l'étude de la volonté n'a pas fait des progrès proportionnés à ceux qui sont accomplis pour l'examen des sens, de l'intelligence, des affections, des émotions, des goûts, etc., je ne vois qu'une explication à ce fait, c'est que ceux qui nous ont éclairés au sujet de l'esprit humain ont été brusquement arrêtés lorsqu'ils ont voulu aller plus loin, par un problème en grande partie factice (1). J'ai déjà expUqué ce que j'entends par délibération (Chap. VII). La théorie générale n'est contredite par aucune exception quand Y esprit délibère un certain temps avant d'agir. Si les fins opposées se balancent également, il y a indécision jusqu'au moment où de nouveaux motifs font triompher Tune ou l'autre. Ce moment de suspend dû à l'égalité d'influence des stimulants, est une des phases de la déhbération. L'esprit, lorsqu'il est indécis, continue a être préoccupé par le sujet de ses pensées, il découvre bientôt quelque nouveau motif qui détruit l'équilibre, une décision s'ensuit. Ici, comme dans l'acte de choisir, il n'y arien autre qu'un ajouté de motifs ; on ne peut donner de la délibération une description plus simple ni plus exacte. L'autre mode de délibération suppose que l'esprit est influencé par une inclination prépondérante, mais qu'il conserve toujours le sentiment des fâcheux résultats d'une décision trop prompte. Voilà un nouveau motif bien distinct qui s'introduit ici, c'est i| le désir de contrebalancer pour un certain temps la force 1 d'impulsion d'une forte inclination qui sans cela nous pousserait à agir immédiatement. Mais c'est un fait qui rentre
(1) Locke, après avoir donné son avis sur la nature du libre arbitre (son opinion se résume à ceci : ce qui est volontaire est opposé non pas à ce qui est nécessaire, mais à ce qui est involontaire), ajoute : « Je laisse à examiner s'il ne vaudrait pas mieux supprimer cette question in^ationnelle, parce qu'elle n'est pas intelligible, la volonté de l'homme est-elle libre ou non ? Car, si je ne me trompe , il résulte de ce que j'ai dit que cette question est impropre; elle n'a pas plus de signification que celles-ci : le sommeil est-il prompt, ou la vertu carrée? La qualification liberté n'est pas plus applicable à la volonté que les mots rapidité de mouvement ne le sont au sommeil. {Essai sur l'entendement humain, livre II, chap. XXI.)
dans ce que nous avons déjà dit sur la volition reculant l'accomplissement d'un acte pour éviter un mal en perspective, comme, dans beaucoup d'autres circonstances où l'on peut recueillir plaisirs et souffrances, elle s'assure promptement des uns et fuit les autres. Après un certain temps le sentiment que nous avons du danger d'une exécution trop précipitée est satisfait, et cesse d'opérer ; nous entrons alors en activité, dans la direction où l'urgence est la plus grande, ou, pour être correct, notre conduite montre quel motif a été le plus fort, puisque la décision prise à la suite du conflit est le seul critérium possible de la force des motifs.
7. — Spontanéité. — Détermination personnelle. (Selfdeterinination, détermination qui vient de nous-mêmes). — On a introduit ces mots pour aider, pour renforcer la théorie de la liberté en supposant qu'ils la rendraient plus claire. S'il y a oui ou non de la spontanéité dans l'activité des agents volontaires, c'est ce que nous avons discuté dans les pages précédentes. La spontanéité première du mouvement est le résultat physique mécanique de la nutrition ; nous avons vu comment un mouvement commence et comment il est associé à un sentiment agréable ou désagréable. Les tendances, spontanées opèrent pendant toute la vie et ont une influence définie sur nos actions. En étudiant le conflit des volitions, nous voyons qu'il faut tenir compte de cet élément de spontanéité. Après avoir pris de la nourriture ou s'être reposé, tout animal tend à dépenser, en agissant, l'énergie qu'il vient d'amasser ; si les autres motifs qui pourraient lui faire prendre une direction ou une autre, ou l'engager au repos sont absents ou faibles, l'énergie centrale le décidera au mouvement. Pour y résister il faudrait avoir un fort motif de rester au repos. Il n'y a rien dans tout ceci qui sorte de la marche ordinaire de l'activité humaine, ou qui réclame l'emploi des mots: nécessité et liberté. La nutrition est le stimulus physique de la volonté, voilà un fait; ce stimulus agit toujours plus ou moins suivant les conditions corporelles dans lesquelles nous nous trouvons ; si l'on connaît exactement ces conditions, on peut donner une juste évaluation del l'influence du stimulus physique concurremment snw autres] motifs présents. En général nous devrons surtout tenii compte de cet élément dans les manifestations évidemmeni spontanées, comme celles des jeunes gens ou des tempéra-