‹ Les émotions et la volontéChapitre 134 sur 194 · DÉTERMINATION PERSONNELLE · texte numérisé non relu

DÉTERMINATION PERSONNELLE

meiits actifs. Lo maître d'écolo commit bien le moment où ses élèves sont le plus rétif, le cavalier sait combien il est difficile de gouverner un clieval qui est resté trop longtemps à l'écurie.

Le terme détermination per^soiuielle semble supposer quelque chose de plus que la spontanéité, et faire appel à quelque puissance inconnue cachée derrière la scène, qui n'est ni un motif, ni une fin. Pris dans un certain sens, ce terme représente un fait réel ; c'est lorsqu'on s'en sert pour indiquer l'influence durable^ permanente de certains motifs opposés aux sollicitations temporaires et fugitives. Quand une personne continue l'œuvre qu'elle a entreprise, malgré toutes les tentations qui tendent à l'en détourner, quand elle montre toujours le même caractère au milieu de toutes les vicissitudes, quand elle conserve une même opinion malgré les changements extérieurs, on peut dire qu'elle a une grande force de détermination personnelle. Ce n'est pas dire pour cela qu'il existe une nouvelle espèce d'activité volontaire ; mais dans ce cas, les motifs d'action tirés des fins collectives et des fins les plus éloignées sont si puissantes sur l'esprit qui les contemple, qu'ils contrebalancent complètement l'influence des sensations actuelles. On ne peut omettre ce cas particulier dans une exposition de la volonté prétendant être complète, et j'y ai déjà souvent fait allusion. L'opposition entre les fins plus générales de la vie et les désirs engendrés par les choses qui nous entourent est une des formes du grand conflit volitionnel qui mérite de n'être pas oubliée. On dit d'un homme qu'il est le jouet des circonstances, d'un autre qu'il les domine. La différence entre les deux est due à la plus ou moins grande puissance des fins éloignées au milieu des circonstances changeantes de la vie extérieure.

8. — S'il faut voir dans la détermination personnelle quelque chose de différent de l'opération des motifs donnés par la sensibilité agréable ou pénible jointe à la spontanéité centrale du système nerveux, c'est que l'analyse des parties constitutives de l'esprit humain n'est pas complète. Il faut qu'outre le^ sentiments, la vohtion, l'intelligence, il y ait une quatrième région inexplorée, celle du moi, et nous devons chercher quelles sont les lois (ou l'anarchie) qui là comme dans les autres parties, doivent exister. Cependant

il faut avant tout régler la question préliminaire, quand on a éliminé tous les phénomènes compris dans les divisions ordinaires, y a-t-il un résidu? Je ne puis rien découvrir qui .y ressemble; et dans cette affirmation à l'aide du terme « moi » de l'existence d'une puissance déterminante qui forme un contraste avec tout le groupe des motifs formés comme je l'ai dit, je ne puis 'voir qu'une conception erronée des faits. Le moi ne peut signifier que ma propre existence corporelle jointe à mes sensations, mes pensées, mes émotions et mes volitions, il ne fait que représenter la somme de tout cela, car je considère la liste comme épuisée. Toute activité se rattachant par sa nature à cet ensemble fait partie du moi. L'activité des poumons, les mouvements du cœur sont partis du moi ; quand je me dirige vers le feu pour me chauffer, quand je m'étends lorsque je suis fatigué, quand je gravis une hauteur pour jouir d'une belle vue, j'accomplis des actions ou je fais autant qu'il est possible preuve de détermination personnelle. Personne ne peut affirmer l'existence, dans les profondeurs de notre être, d'une entité impénétrable qui porte le nom distinctif de mol et qui n'est ni un organe, ni une fonction corporelle, ni un phénomène mental déterminable. Autant vaudrait parler d'un minéral distinct de la somme de toutes ses propriétés. Un morceau de quartz est un agrégat d'inertie, de gravité spécifique, de forme cristalline, de dureté, de transparence ou d'opacité, de couleur, d'infusibilité, de réaction chimique, le tout uni dans une situation définie ; si nous avons oublié quelque autre propriété, nous l'ajouterons à la liste. Cette agrégation est le moi du quartz, son essence, ce qui le distingue d'un autre minéral. Il est impossible qu'un objet soit autre chose que la réunion de ses propriétés ; s'il y a quelque chose en plus, cela veut seulement dire que l'énumération n'est pas complète. La puissance de détermination du moi, n'est donc pas autre chose que la volonté de l'agent, telle que nous l'entendons, seulement l'expression est mauvaise. Les souffrances personnelles de l'agent provoquent des actes qui sont aussi personnels à l'agent ; les plaisirs qui sont une portion du moi collectif agissent de même suivant leur nature. Il est évident que la grande masse de nos actions volontaires ont des antécédents qu'on peut découvrir et noter, et l'on suppose qu'il en est de même pour le

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tout. Si l'on pouvait (h'couvrir des actes sans niotil's ou sans antécédents, il faudrait chercher si l'exception est hien réelle, et l'admettre alors comme un nouvel élément de détermination volontaire. Mais avant de donner à ce phénomène supposé un nom amhii^u, il faudrait vérifier son existence, reconnaître qu'il est un fait et non une hypothèse ce qui est loin d'être démontré dans l'état actuel de notre savoir.

Le seul exemple qu'on puisse produire, semblant se disthiguer un peu des motifs ordinaires, c'est la perversité, la dissimulation que montrent parfois certains individus afin de prouver que leurs actes ne sont pas de ceux que peut prédire n'importe quel observateur. Nous nous imaginons que ce serait humihant pour nous si nos voisins calculaient facilement quelle sera notre conduite, et nous changeons de conduite exprès pour les dérouter. 11 n'y a pourtant là qu'un nouveau motif né du sentiment de l'humiliation ou de l'orgueil, cet inspirateur si habituel des actions des hommes. Un observateur très pénétrant pourra aussi prévoir le rôle de ce nouvel élément. Ainsi de quelque côté que nous nous tournions, nous ne pouvons échapper à la loi qui donne des motifs pour antécédents des actes volontaires ; et si nous semblons nous y soustraire par un point c'est pour toujours y obéir en réalité.

9. — Conscience du libre arbitre. ■ — On a bien souvent fait appel, dans la grande controverse sur la liberté, au témoignage de la conscience. M. Sidgwick a encore étudié la valeur de ce témoignage après avoir fait une démonstration écrasante en faveur du déterminisme, comme loi de la conduite humaine.

« Cette démonstration me semble cependant plus que contredite par ce simple argument : l'affirmation de la conscience au moinent où il y a volitio7i délibérée. Il m'est impossible de penser à ce moment que mon activité est complètement déterminée par mon caractère et par les motifs qui influent sur lui. L'opinion contraire est si fortement imprimée dans mon esprit qu'elle ne peut être détruite par les preuves les plus évidentes. » — « J'ai conscience que je pense ordinairement de deux manières différentes à ce sujet, et je ne puis prétendre opérer entre les deux une réconciliation. Mais il me semble possible d'enfermer la lutte dans des limites plus étroites, en analysant soigneusement cette

conscience de la liberté, et en déterminant exactement la portée de cette affirmation. »

En conséquence M. Sidgwick désigne les moments de délibération comme étant ceux où il y a conscience de la liberté : surtout lorsque la conscience du moi est intense. Il admet de plus que la liberté ne se montre pas dans les simples mouvements musculaires faits pour changer les choses du monde extérieur, ni même dans le contrôle qu'exerce la volonté sur les pensées et les sentiments. L'effet sur lequel il insiste c'est « l'altération du caractère. » Il croit que les psychologues ont toujours dédaigné d'étudier ce fait, qui cependant est des plus importants parmi ceux qui témoignent la puissance de la volonté. Sans doute, c'est une question vitale pour l'homme que d'améliorer son caractère. Il est admis que chaque résolution prise n'a qu'un effet limité ; cependant ce serait aller contre l'évidence de l'expérience que de nier cet effet de la volonté. De telles résolutions peuvent changer brusquement de vieilles habitudes ; ou au moins rendre difficile ce qu'on faisait sans s'en apercevoir. Cet effet semble être souvent strictement volitionnel. Parfois il est vrai il est dû à des causes extérieures qui opèrent à l'aide d'un choc émotionnel puissant; d'où l'on pourrait conclure que dans tous les cas c'est une puissante impression émotionnelle qui cause le changement, et que la volonté ne fait que prêter sa coopération en fixant l'attention sur les biens à gagner, les maux à éviter, en augmentant donc l'intensité de l'impression. Mais en reconnaissant la valeur d'un tel auxiliaire, nous pouvons le distinguer de la résolution prise d'opérer le changement.

10. — Voilà les opinions de M. Sidgwick; je ferai remarquer d'abord que son interprétation est très différente de celle des défenseurs ordinaires du libre arbitre. Je n'en infère donc pas qu'elle est mauvaise ; mais tout argument en faveur de la conscience est bien affaibli lorsqu'il n'y a pas entente sur la valeur de la conscience. Moi-même je préférerais l'interprétation de M. Sidgwick à celle de bien d'autres philosophes ; mais pour lui donner du poids il faudrait qu'elle soit adoptée par bien des observateurs. Les vieux défenseurs du libre arbitre lui donnent une place bien plus importante ; ils ne restreignent pas son empire au changement volontaire de caractère, ils l'étendent au con-

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