LE LIBRE ARBITRE ET LA VERTU
d'une puissance aussi incertaine est faite pour décourager connue pour encourager toute tentative de bonne éducation, à moins que nous supposions que la force de l'impulsion libre est proportionnée à la vertu de l'éducation reçue. Cette impulsion encouragerait alors la bonne éducation, mais elle perdrait son caractère libre ; ce ne serait plus la puissance mystérieuse et incertaine qui déjoue toute prévision. Ainsi, quand nous ramenons la volonté à la loi, nous encourageons la formation de bonnes babitudes ; quand nous la soustrayons à la régularité, à ce qui permet de prédire ses manifestations, nous rendons incertaine toute poursuite de la vertu.
Il y a bien des occasions où il serait nécessaire d'aider à la volition, de renforcer les motifs faibles. Prendre une médecine amère, voilà une dure épreuve pour la volonté ; elle s'en tire à son honneur si les motifs sont assez forts. Un voleur, n'a besoin pour supporter les souffrances d'une longue nuit glacée, que d'être soutenu par l'espoir de faire une bonne prise. On ne peut supposer dans ce cas qu'il y a don généreux d'une augmentation de pouvoir moral ; pourquoi alors un saint, un missionnaire dont la dévotion est forte, ne supporterait-il pas les mêmes souffrances uniquement parce que les motifs qu'il a de les endurer sont suffisants ? Comment tracerons-nous une ligne de séparation entre la volonté aidée, fortifiée pour accomplir des actions vertueuses, et l'égoïsme agissant seul ou la volonté indifférente ? La persévérance béroïque de Livingstone était-elle due à une nature béroïque fortifiée par de grandes aspirations, ou aux inspirations capiicieuses du libre arbitre, que les bommes ne peuvent prévoir, sur lesquelles ils ne peuvent donc pas compter ? Que serait-il arrivé si cette inscrutable détermination personnelle l'avait assisté au moment où il partait pour l'Afrique, puis l'avait abandonné au moment critique ne lui laissant qu'une force calculable de motifs?
On peut inventer bien des subtibtés pour expliquer le mode d'action de la volonté, mais il répugne à notre intelligence et à notre sens moral de croire à une puissance qui naît de rien, n'a pas de commencement, ne suit aucune règle, ne tient compte ni du moment ni de l'occasion, et opère sans impartialité. En pratique, nous n'aurions jamais confiance en une telle puissance. Que nous renforcions un cer-
tain motif, nous le comprenons ; mais après cela, s'il arrive un nouveau pouvoir pour nous dire lequel des motifs présents il faut écouter, sans tenir compte de leur force respective, nous sommes donc soumis à une influence que nous ne pouvons expliquer, que nous ne savons comment nous concilier, à un destin insondable, dont les décrets sont aussi sévères que ceux de la fatalité.
13. — Activité morale. — Responsabilité. — On définit souvent l'homme, un agent moral responsable. Le mot « moral » a évidemment ici deux sens, l'un étroit, c'est l'opposé d'immoral, l'autre plus large, c'est l'opposé de physique. La même ambiguïté se retrouve dans cette désignation : « Philosophie morale » qui peut convenir soit à l'éthique, à la théorie du devoir, soit à une étude si ce n'est de l'ensemble de l'esprit humain, du moins des émotions et des facultés actives. Si l'on adopte le sens large, je suis un agent moral quand j'agis poussé par mes propres sentiments agréables ou pénibles, et le contraire quand j'agis par contrainte. C'est la distinction entre l'esprit et les forces du monde physique, la gravité, la chaleur, le magnétisme, etc., et encore entre les activités volontaires et involontaires du système animal. Nous ne sommes pas des agents moraux relativement à l'action du cœur, des poumons, ou des intestins. Tout acte qui suit un état agréable ou pénible et les états associés, est un acte volontaire et, c'est tout ce qu'on peut et doit signifier par les mots : activité morale. Tout animal qui poursuit une fin, cherche un objet, en évite un autre, témoigne une activité morale. Le tigre qui chasse et dévore sa proie, l'être qui vit en cherchant et en choisissant sa nourriture est un agent moral. Il n'y aurait rien à redire à cela si le même mot n'avait pas deux significations aussi différentes qui ont dû occasionner bien souvent des confusions d'idées. Et cependant il n'y a rien de plus généralement admis que ces deux sens et nous sommes obligés de remarquer que le terme moral qui parfois est synonyme d'éthique l'est encore de volontaire.
14. — Le mot resiDonsabilité est une expression figurée du genre de celles qu'on appelle en rhétorique métonymiques, et par lesquelles on nomme une chose par une de ses causes, un de ses effets ou un de ses accessoires; ainsi on dit la couronne pour la royauté, la mitre pour l'épiscopat, etc.