‹ Les émotions et la volontéChapitre 139 sur 194 · RESPONSABILITÉ · texte numérisé non relu

RESPONSABILITÉ

simple urgence de motifs ; on peut faire de grandes et graves objections, au nom de la justice et de l'humanité, contre l'application du droit de punir. Les codes draconiens, les inflictions barbares peuvent répondre à leur but et gouverner des hommes qui se soumettent à de telles terreurs ; mais ils n'en sont pas moins impossibles à défendre.

que le procédé soit justiciable, c'est une autre question qui nous ramène au vieux problème de liberté sociale et politique.

La pression extérieure ne pouvant imposer des convictions à l'homme que dans certaines limites, toutes les puissances du monde ne me feront pas croire que trois fois quatre font six. Je puis une fois succomber devant les menaces et affirmer en paroles cette proposition, mais je sens en même temps que s'il fallait que j'adhère à une foule d'autres propositions du même genre, j'aimerais mieux aller droit au bûcher, car la vie ne vaudrait pas alors la peine d'endurer les ennuis d'une semaine seulement. Si, à chaque marché conclu on pouvait me tenir des raisonnements pareils, toute ma sécurité disparaîtrait, et le plus tôt je quitterais la vie, serait le mieux. Il y a pourtant en circulation, tant d'affirmations dont on n'a jamais éprouvé pratiquement la vérité, que nous devons pouvoir absorber une assez grande quantité d'inconséquences et de contradictions. Tant que nous n'agissons pas, nous ne sommes pas forcés d'être conséquents; chaque homme admet en général bon nombre de propositions contradictoires, tandis qne sitôt qu'il y a matière à expérience, que nos actions ou notre bien-être sont en cause, tous les motifs du monde, ne changeraient pas nos convictions. La puissance souveraine, légale ou sociale, a tout pouvoir sur les manifestations extérieures des croyances, mais ne peut affecter ce sanctuaire intime où nous réunissons tout ce que nous apprend notre expérience pratique. Le plus grand des despotes ne nous imposera pas une table de multiplication arbitraire; il sait au contraire que bien des convictions religieuses et politiques sont à sa merci, c'est sur elles qu'il exerce une pression. Après tout donc, le mot de lord Brougham n'est que la conclusion contestée depuis des siècles, de la discussion sur la liberté de penser et de croire.

Page 1