CRITÉRIUM DE LA CROYANCE
ne pas dire impropre. Dans l'opération de cette impulsion primordiale^ il n'y a pas do place pour la croyance, pas plus que pour la délibération, la résolution, le d('sir ; l'état de croyance n'est pas encore distinct des autres. Il peut exister là en germe, mais si aucune de nos actions ne sortait de ce moule primitif on n'aurait jamais à parler de cet état d'esprit particulier. C'est seulement lorsque nous accomplissons des actes qui ne nous apportent pas de jouissance immédiate mais qui sont reconnus comme devant en apporter dans le futur, que l'on peut dire que nous manifestons notre loi. L'animal qui fait un voyage pour gagner l'étang où il apaisera sa soif croit que l'objet signalé par l'apparence visible de l'eau, désaltère.
3. — Donc, l'action est la base et le critérium suprême de la croyance ; mais il entre aussi dans la foi, comme élément nécessaire, quelque connaissance de l'ordre de la nature, de la marche, du monde. En usant de certanis moyens pour arriver à un certain but, nous nous appuyons sur une alliance supposée par nous, entre deux faits ou deux phénomènes naturels, et l'on dit que nous avons confiance .ou foi en cette alhance. Un animal qui juge de sa nourriture à première vue, ou qui sait trouver un abri, connaît l'accord de certaines propriétés naturelles et manifeste pour elles la plus grande confiance. L'insecte le plus humble qui a une demeure fixe, et des ressources définies pour vivre, est doué de la faculté de croire. Toute nouvelle coïncidence entre un moyen et un but, introduite dans la routine de l'existence animale, est un nouvel article de foi. L'enfant qui a trouvé le chemin du sein de sa mère pour se nourrir ou se réchauffer commence à acquérir la faculté de croire, qui s'élargit sans cesse à mesure qu'il avance dans la vie. Il n'y a pas de croyance qui n'imphque d'une façon ou d'une autre, connaissance de l'ordre et des séquences de l'univers. Ce ne sont pas seulement les sérieuses et certaines réalités de l'expérience qui passent ainsi à l'état de croyances, mais encore les superstitions, les rêveries, les fantaisies de l'imagination ignorante. Quand nous peuplons l'air d'êtres surnaturels, et remplissons le vide de la nature de démons, de fées et d'esprits ; quand nous pratiquons des invocations, des évocations, des cérémonies expiatoires et des sacrifices, nous sommes les victimes de croyances aussi fortes que la
confiance que nous avons dans le retour périodique de certains événements expérimentés déjà. Dans tous ces cas, la réalité de l'état d'esprit appelé croyance est attestée par nos actes pendant que l'objet de notre foi est quelque fait supposé ou quelque événement naturel. L'intelligence doit se souvenir de la coexistence ou de la succession des phénomènes, et distinguer nettement entre ces séquences, et les simples états émotionnels et volitionnels. La foi ayant ses racines dans l'activité volontaire a des branches qui occupent une grande place dans les royaumes de l'intelligence et de la spéculation. A mesure que les fonctions intellectuelles se développent et deviennent prédominantes dans le système mental, on moissonne avec plus d'abondance, sur leur propre champ, les matériaux de la croyance ; nous ne devons cependant jamais oublier qu'elle s'appuie sur des faits et sur la poursuite des fins, sans cela elle perdrait son caractère fondamental, et ses matériaux, n'étant plus des objets de foi, passeraient à l'état de fantaisies de l'imagination et de pures spéculations. Il est vrai qu'à mesure que la sphère de l'intelligence pure s'élargit, on amasse une plus grande quantité de faits et de lois sans en référer immédiatement à des fins pratiques ; c'est ainsi que certains individus possèdent une partie de ces connaissances si nombreuses accumulées aujourd'hui comme dans une vaste encyclopédie à la suite des expériences passées, et qu'ils ne songent nullement à se servir de ce qu'ils savent pour chercher le plaisir et éloigner la souffrance. Mais il y a là comme dans toute croyance une disposition à l'action, à appliquer toute cette science emmagasinée.
Cette disposition à agir est ce qui fait de la croyance autre chose qu'une question d'imagination. Nous pouvons agir d'après un savoir très imparfait, mais il faut que nous croyions à ce savoir. Nous pouvons avoir la science parfaite sans agir ; beaucoup de nos connaissances les plus élevées sont plus théoriques que pratiques. Ce n'est pas que nous manquions de foi, mais bien d'occasions d'agir. La disposition à l'acte est encore le meilleur témoignage de la haute valeur de ces connaissances (1).
(1) On dit usuellement que l'on ne peut avoir une sensation sans croire qu'on a cette sensation; cette croyance semble alors venir de la cons-