INFLUENCE DE LA CROYANCE
4. — Puisque nous sommes des êtres qui regardons en arrière et en avant, la foi tient chez nous une place importante et a une grande influence sur notre bonheur et notre malheur. En prévoyant que nous aurons besoin de quelque chose, nous voyons à l'avance par quels moyens nous pourvoirons à ce besoin, et lorsque nous avons confiance en l'efficacité de ces moyens, nous éprouvons une jouissance positive de n'avoir aucune crainte pour l'avenir. Il en est de même pour le plaisir qui a pris la forme d'un désir impérieux. Ce désir ne se réalisera que dans l'avenir ; mais l'esprit ne peut être, dans le présent, complètement indifférent relativement à l'objet du désir ; nous sommes alors malheureux si nous ne voyons pas les moyens d'atteindre la chose désirée, heureux si nous avons l'assurance que nous pourrons l'atteindre. Par conséquent pour tout ce qui regarde notre bonheur futur ou le triomphe futur des intérêts qui ont excité notre sympathie, la croyance, la confiance en un bien à venir, est le nom d'un heureux état d'esprit. Cet état nous donne déjà, comme il a été dit, la réalisation de notre désir. La condition de la confiance étant remplie, on a l'émotion idéale sous sa forme la plus heureuse.
En examinant l'émotion de la peur, il est impossible de ne pas être frappé de sa relation inverse avec le sujet du
cience et n'impliquer aucune activité. En fait cependant, nous agissons constamment d'après nos sensations, nous cherchons celles qui sont agréables et nous fuyons celles qui sont pénibles. L'observateur s'appuie sur mes actions pour connaître mes sensations. Si je suis altéré, je puis dire que je crois que je le suis, parce que j'agis en conséquence. Je ne puis affirmer à moi-môme ou à une autre personne que je ne rêve pas que par un effort volontaire correspondant à la sensation éprouvée. Quand j'affirme que j'avais soif hier, on suppose que je suis encore prêt à agir, de même lorsque je m'appuie sur un fait pour prédire que je serai altéré dans l'avenir à un jour dit, et que je prends les moyens d'éviter cette souffrance. Quand on ne peut indiquer aucune action comme suivant directement ou indirectement une affirmation, on peut encore croire en elle si l'on est envers elle dans la même disposition à agir que pour les sensations. Je crois qu'hier je suis monté sur un mur pour éviter d'être écrasé par une voiture. Je ne puis rien faire qui soit la conséquence de cette conviction; cependant, j'affirme que c'est une conviction et non une simple idée parce qu'elle m'affecte comme m'affecte un souvenir qui me dispose à l'action. Je sens que si je me retrouvais dans les mêmes circonstances, je ne monterais pas sur le mur si je pouvais faire autrement, ce qui prouve assez qu'en ayant confiance en ma mémoire je pense encore à "ime action plus ou moins lointaine il est vrai.
présent chapitre ; c'est pourquoi pour expliquer l'un des deux faits il faut parler de l'autre. Parlons logiquement^ c'est-à-dire en ayant égard à la' forme du sujet de discussion ; le contraire de la croyance, c'est la méfiance, le refus de croire. Lorsque je suis au croisement de deux routes, je crois que l'une me conduira chez moi, et je refuse d'affirmer que l'autre m'y mènerait aussi. Dans les deux cas, mon esprit affirme, il est convaincu, il a foi ; je connais les moyens d'atteindre ma maison, je suis dans cet état de satisfaction que provoque toujours la conviction que l'on atteindra son but. Le contraire réel de la croyance comme état d'esprit, c'est le cloute^ l'incertitude ; et dans chaque langue il y a des mots qui expriment l'aUiance de cet état avec l'émotion de la crainte, non pas que le doute et la crainte soient deux faits identiques ; mais cet état qu'on appelle l'incertitude, l'ignorance, l'hésitation a toujours passé pour provoquer la perturbation de la peur.
L'idée du plaisir, sous bien des formes répand dans l'esprit ce qu'on appelle la joie, état que chacun distingue nettement de la réalité d'une .satisfaction sensuelle. L'idée d'un bien approchant, unie à la foi de sa réalisation, est le stimulus le plus puissant de la joie. Un mariage, la naissance d'un liéritier, une victoire, un succès, sont ce qu'on appelle des événements joyeux, à cause des plaisirs à venir qu'ils promettent. De là, dans le langage familier l'union des mots joie, foi, espérance.
L'idée de la souffrance produit ce qu'on appelle l'abattement, la prostration, qui est le vrai contraire de la joie. Plus l'idée a de prise sur l'esprit plus son influence est grande. Mais ici encore l'effet de l'idée d'une souffrance que nous croyons voir fondre sur nous, est le plus grand possible, dans une telle circonstance l'esprit peut être plein de tristesse, et tout prêt à se laisser envahir par la terreur. Il est possible de résister à cette tendance, mais le courage lui-même n'exclut pas toujours la tristesse. La force d'une conviction se mesure à sa puissance de faire passer l'esprit de la joie à l'abattement. Une croyance moins forte serait moins attristante.
Quand on dit que « les démons croient et tremblent », on signale le cas où l'on croit qu'un événement malheureux va arriver ; le doute vaudrait alors mieux que la certitude.