‹ Les émotions et la volontéChapitre 143 sur 194 · DEGRÉS DE CROYANCE · texte numérisé non relu

DEGRÉS DE CROYANCE

Lorsque nous aflirmoiis que nous sommes mortels, cette assurance est loin de nous rendre joyeux. De mauvaises nouvelles nous attristent si elles ne nous alarment pas, et plus elles sont certaines, plus elles nous affectent péniblement.

L'esprit abattu a de la peine à croire à un bien en perspective, et croit ûicilement à un nouveau malheur. Voilà l'action et la réaction de ces deux états, l'abattement et la crainte unis comme le sont l'espérance et la joie. ^ 5. — Ainsi la croyance varie en degré ; nous croyons fermement que le soleil se lèvera demain matin, faiblement peut-être qu'il se lèvera sans nuages. La force de la croyance est attestée de deux manières. Premièrement si, en poursuivant un but, nous travaillons autant pour atteindre les moyens que pour atteindre le but, c'est que nous avons une confiance parfaite dans l'union des moyens et du but. Notre foi en la puissance de l'argent pour nous procurer des vêtements, de la nourriture et d'autres jouissances, est attestée par nos efforts pour gagner de l'argent, efforts qui sont aussi grands que ceux que nous ferions pour être nourris et vêtus. Un homme malade a peu de confiance dans le remède qu'on lui ordonne, s'il ne fait pas pour se le procurer les efforts qu'il ferait pour revenir de suite à la santé. Deuxièmement la force de la croyance est attestée, par la joie qu'on éprouve en s' assurant les moyens d'atteindre la fin qu'on poursuit, ou par l'abattement qu'on ressent à l'annonce d'une calamité. Quand un général voit plier les premières lignes de l'ennemi, il jouit par avance de la victoire ; Cromwell n'attendait pas la fin de la journée pour s'écrier dans son triomphe : « Le Seigneur les a livrés entre nos mains. » Quand Keats vit son oreiller taché par le sangqui venait de ses poumons, il dit : « Voilà mon arrêt de mort. «

Supposons que la foi soit une force qui gouverne nos actions et affecte notre esprit en bien ou en mal, et étudions la depuis son origine.

Il semble d'abord qu'on ne puisse trouver cette force qu'on appelle un motif que dans les régions de l'émotion et de la volition. L'intelligence peut être un guide nécessaire, mais elle ne fournit pas de motifs, sauf lorsque l'idée tend à devenir une actualité, exception importante qui

influe sur notre activité volontaire et par conséquent sur notre foi.

6. — Nous avons vu que la foi, sous sa forme la plus ordinaire, veut dire confiance dans l'ordre du monde, dans le cours des événements physiques ou mentaux. Cette confiance est très variable ; non seulement on croit plus ou moins fermement en diverses affirmations, mais différentes personnes ne croient pas au même degré, à une seule et même affirmation, et suivant les moments, la conviction d'une seule personne varie. On a besoin ici de quelque explication psychologique de ce fait.

Bien d'autres questions aussi délicates et plus subtiles ont exercé la sagacité des métaphysiciens. Par exemple, l'esprit est souvent la victime de l'illusion, de l'erreur, il se trompe sur la réalité des choses, il croit en des apparences, des ombres ; ce qui provoque les superstitions, les erreurs des esprits mal équihbrés, les rêves ou les visions, les erreurs des esprits les plus rationnels ; comment expliquer ces faits ? La foi en notre mémoire ; comment distinguons nous entre les souvenirs de ce qui a été, et les conceptions de notre imagination ; la foi en notre identité personnelle; voilà encore des problèmes bien curieux. Pour traiter la grande question de l'existence d'un monde matériel indépendant, il faut encore rappeler les lois de la croyance.

Le meilleur plan à suivre, est d'étudier d'abord le phénomène sous sa forme typique ou normale. Je rangerai ensuite les sources ou fondements de la croyance sous ces quatre chefs : 1° Tendances intuitives ; 2° Forces intellectuelles ; 3^ Émotions ; 4^ Activité.

7. — I. — Le fait principal à noter est pour moi, notre crédulité primitive. Nous commençons par croire à tout ; tout ce qui est, est vrai. Si l'on me dit que cette manière de voir fait de la croyance un paradoxe qui équivaut à celui-ci, croire toute chose, c'est ne croire à rien, je répondrai que l'on croit véritablement lorsque l'on souffre d'une contradiction, d'un désappointement. La foi implique la supposition que nous travaillons en vue d'une fin, que nous employons pour atteindre notre but, les moyens que nous suggère notre expérience, et que nous n'élevons même pas de doutes sur l'excellence de ces moyens, tant qu'ils réussissent ; nous croyons en eux sans le savoir. L'animal né le matin

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