‹ Les émotions et la volontéChapitre 146 sur 194 · INFLUENCE DES ÉMOTIONS · texte numérisé non relu

INFLUENCE DES ÉMOTIONS

La similarité qui éveille avec tant de force le souvenir, contribue aussi à rappeler l'idée et à lui donner le pouvoir de résister aux sensations ou aux autres idées. Les similarités, même métaphoriques peuvent affecter la croyance. Un orage suivi de calme rappelle les vicissitudes de la vie et l'ordre moral des choses ; il influe par là sur la croyance.

Nous savons tous quelle influence momentanée prend sur ^ l'esprit de l'auditeur, l'opinion, le jugement de celui qui parle.

15. — IIL — Considérons maintenant l'influence des sentiments et des émotions sur la croyance, comment elle s'exerce suivant les lois de l'esprit, et jusqu'où elle s'étend.

Je dois répéter d'abord qu'il n'est pas question de croyance tant qu'il n'y a pas lutte entre des apparences opposées. Lorsqu'il y a uniformité absolue et constante, nous n'avons besoin de faire appel ni à l'expérience ni aux émotions ; elles peuvent être présentes, mais l'effet serait le même si elles étaient absentes. Mais quand il y a conflit entre les tendances, quand on a expérimenté les contradictions, l'émotion, non moins que l'expérience, a un rôle à remplir. Les sentiments n'ont rien à voir avec le lever du soleil, mais ils peuvent avoir une influence considérable sur notre foi en la beauté ou la laideur du jour, sur notre confiance par conséquence en ce qui est soumis au changement.

Pour commencer par le commencement nous devons remarquer la réciprocité générale des énergies émotionnelles et intellectuelles qui fait que les unes vivent aux dépens des autres. L'inteUigence ne réclame qu'une faible partie émotionnelle pour donner de l'intérêt aux exercices intellectuels, mais il la faut très faible ; toute émotion qui arrive à produire l'excitation dépasse la mesure et commence à affaiblir la vigueur intellectuelle. Elle peut avoir aussi pour effet de développer le souvenir de certains faits, aux dépens des autres. A mesure que monte le flot émotionnel, le discernement devient de plus en plus faible ; l'esprit est la proie de la confusion de la pensée et de ses conséquences. La conduite rationnelle, appropriée aux circonstances, repose sur les distinctions les plus délicates ; cette délicatesse de discernement fait défaut à celui qui est soumis à une violente surexcitation émotionnelle. Le passionné Lally Tolendal qui au siècle dernier disputait pour la France l'Inde à l'Angleterre,

fit exécuter comme espions six brahmes qu'il rouva dans la pagode de Kiveloor. C'est l'acte d'un esprit enflammé par le soupçon et dès lors incapable de discernement intellectuel. Othello ne pouvait voir dans la conduite de Desdemone de différence entre ce que pouvait inspirer un intérêt amical pour Gassio, et les impulsions de l'amour. L'incapacité de distinguer ou d'identifier les apparences délicates des choses, qu'elle vienne d'une défectuosité naturelle, ou qu'elle soit le résultat d'une grande excitation émotionnelle, a toujours les plus fâcheuses conséquences en général, mais elle n'affecte la croyance que d'une seule manière. En confondant les choses qui diffèrent, en n'identifiant pas celles qui se ressemblent, on ne peut avoir du monde une connaissance exacte, on prend l'erreur pour la vérité, l'ombre pour la réalité, et la croyance en est affectée d'une manière correspondante.

Le manque de discernement est un fait général qui influe sur tous les dépcirtemenls de la pensée. Mais il prend des formes partie untres ; ainsi il empêche de distinguer les idées de l'imagination de celles de la mémoire, ce qui est une grande cause d illusions t-i de désillusions. Dans certaines circonstances, les idées de l'imagination prennent quelque chose de la vivacité et du détaillé des idées de la mémoire ; un esprit auquel l'émotion enlève la faculté du discernement, peut parfaitement les confondre, ce qu'il ne ferait pas s'il était plus calme.

16. — C'est presque le même fait, bien qu'ayant un aspect différent, que nous retrouvons encore ici ; l'émotion augmente l'intensité de l'idée et contribue à lui donner cette persistance que iiuus avuiis dv\j à décrite comme produite par les forces intellectuelles. C'est bien peu de chose qu'une idée comparée à la réalité qu'elle représente ; et cependant c'est suffisant dans bien des cas. Grâce aux influences émotionnelles l'idée peut avoir une intensité telle, qu'elle se rapproche autant que possible de la réalité ; et qu'elle est même plus forte comme état de conscience présent, que toute autre influence agissant en même temps. Il est possible, en stimulant le système nerveux, d'exciter les courants liés à une idée jusqu'au point qu'ils atteindraient pour la réalité ; nous arrivons là à un cas extrême, celui de l'excitation maladive ou fébrile qui conduit au dérangement, à l'illusion. Une

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