‹ Les émotions et la volontéChapitre 147 sur 194 · INFLUENCE DES ÉMOTIONS · texte numérisé non relu

INFLUENCE DES ÉMOTIONS

émotion ordinairo est loin do prodniro coi oiïot ; mais elle a aussi son elUcacitéen faisant de l'idée quelque chose de plus intense ([u un simple et froid souvenir. Cette fi^^ure du discours ({u"on appelle vision, suppose qu'une émotion doinie une vie telle aune scène, aune personne à laquelle on pense, qu'elle semble actuellement présente.

Quand, dans toutes les choses douteuses, il y a des apparences pour et contre une uniformité donnée, si l'émotion se mêle à la question, elle fait pencher la balance d'un côté en donnant à ce côté iinv foî'cp apparente plus grande pour un temps. Ce qu'on appelle ordinairement l'amour du merveilleux et qui n'est que l'émotion idéale du sublime ou du grandiose, dédaigne toutes les apparences qui représentent les ciioses sous un aspect humble, ; il se manifeste souvent dans la façon de traiter les caractères et les événements historiques.

17. — Dans la pratique on ne peut séparer l'effet de Témotion qui est de rendre plus intense une idée, de celui des sentiments qui est d'éloigner les idées incompatibles. Les deux procédés mentaux sont différents, mais ils accomplissent leur œuvre ensemble. Lorsqu'un sentiment occupe fortement l'esprit, son objet reste en vue, tous les autres sont repoussés au second plan ou même ignorés. Il y a lutte entre l'excitation émotionnelle et le développement naturel des associations intellectuelles ; les faits, les considérations, les jugements que provoqueraient ces associations sont supprimés, et en leur absence une décision est prise. L'esprit ne déclare pas qu'il croit en un fait bien qu'il en voit devant lui la contradiction, mais aveuglé par une excitation violente et toute dans un sens, il n'aperçoit même pas la contradiction qui, dans d'autres circonstances, serait évidente pour lui. L'émotion agit avec l'intelligence comme le coupable agit avec le témoin qui doit témoigner dans son procès, et qui cache ce qui est contre lui.

18. — . Tout ce qui excite les esprits animaux, excite aussi la confiance en l'avenir si incertain. Il est dans la nature de certaines constitutions, de conserver au miheu des vicissitudes et des événements les plus variés, la confiance et la gaieté. Cette heureuse disposition peut être soutenue ou combattue par des causes physiques, et aussi par ce qu'on appelle des causes morales^ c'est-à-dire par les émotions

mentales : des exemples familiers peuvent être cités à ce propos. Lorsqu'il s'agit de choses dont la certitude est expérimentale ou démonstrative, les fluctuations dans les dispositions mentales sont de peu d'importance ; elles ne confirment ni ne diminuent notre confiance dans la puissance vivifiante du sommeil ou de la nourriture, ou dans l'exactitude des calculs arithmétiques. Mais, à mesure que nous passons de la certitude absolue, à la probabilité, et à l'incertitude complète nous devenons de plus en plus soumis aux causes physiques et morales, qui conservent ou détruisent dans l'esprit l'heureuse disposition qui nous rend confiants et gais. L'homme de beaucoup de science et de beaucoup d'expérience habitué à réfléchir, à manier l'évidence et à se soumettre aux preuves, apporte sa disposition à croire tout ce qui est rationnel, jusque sur le terrain des probabilités ; seulement il demande qu'on fasse ici plus de place pour les sentiments qui dominent par moment, bien qu'il ne puisse jamais estimer exactement quelle sera leur influence. Le soldat en campagne mène une vie animée et joyeuse, et n'est pas troublé par la possibilité d'être bientôt tué. Si, en dépit des périls du champ de bataille il continue à agir en tout point comme s'il devait arriver à l'âge le plus avancé, sa conviction est simplement une qualité de son tempérament, et elle diminuera lorsque sa constitution souffrira de la faim ou de la fatigue, ou que la vue de mourants et de morts le fera trembler de crainte. J'ai déjà cité une heureuse expression de Arthur Helps : « Là où vous, ne connaissez plus rien, placez les terreurs » ; mais étant donné un tempérament vif, sanguin, courageux, jeune, joyeux et un peu surexcité, heureux dans ses entreprises, là 011 l'on ne connaît rien, il faut placer les espérances les plus hautes. Là où il n'y a aucune évidence, la surexcitation et la foi en un bien à venir, sont un seul et même fait ; la croyance et l'émotion joyeuse une même chose. En se servant des ressources qui supportent le jeu des émotions heureuses, on peut faire qu'un homme conserve une grande confiance dans un avenir inconnu favorable : mais que l'excitation du système tombe, et l'espérance brillante se changera en abattement et en découragement.

19. — IV. — Nous avons déjà entrevu que la croyance est gouvernée par l'activité. Nous devons faire une distinction entre l'activité spontanée et la volition.

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