‹ Les émotions et la volontéChapitre 148 sur 194 · INFLUENCE DE LA VOLONTÉ · texte numérisé non relu

INFLUENCE DE LA VOLONTÉ

Le principal effet de la spontanéité ou disposition h agir qui n'est pas aussi forte chez tout le monde, et même dans une même personne, à des moments différents, c'est de donner un motif, ou une prédilection qui fait qu'on accepte tout ce qui conduit à l'action. Une personne dans la plénitude de son énergie active s'engage dans la voie qui lui permet de donner libre carrière à la surabondance de sa force ; les obstacles à franchir sont un jeu pour elle. Un tempérament énergique est confiant dans le succès de toute entreprise active et n'adopte pas volontiers la tactique d'un Fabius. Un tempérament de cette espèce a le même genre d'hifluence qu'une émotion extrêmement violente, elle rend la personne sourde aux conseils les plus persuasifs qui contrarient son inclination.

20. — La puissance de la volonté proprement dite est la même que celle des sentiments pris sous un autre aspect. Nous la trouvons surtout dans l'opération simple du plaisir et de la souffrance, libre des caractéristiques émotionnels qui distinguent la peur, la colère, l'amour. Tant que nous cherchons ce que nous aimons et que nous fuyons ce que nous n'aimons pas, notre croyance est soumise au même contrôle que nos plaisirs et nos souffrances. Pour avoir un exemple de la manière dont notre volonté qui représente nos goûts et nos antipathies gouverne notre croyance, il suffit de se rappeler combien nous croyons facilement à l'excellence d'un régime pour lequel nous avons une certaine inclination. Nous avons aussi une tendunce très prononcée à croire que ce que nous faisons dans notre propre intérêt est aussi dans l'intérêt des autres, et qu'en le faisant nous accomplissons notre devoir envers eux. La froide poursuite de l'intérêt personnel, compte peut-être pour un tiers de la force de la conviction d'un homme sur ce qui est bien. Le libre-échangiste et le protectionniste n'affectent pas de croire, mais croient réellement que leur intérêt personnel coïncide avec l'intérêt de la nation entière. Les penchants naturels font des hommes de sincères croyants et non pas nécessairement des hypocrites.

De plus la volonté ayant une grande influence sur l'attention, aide à ce choix, à ce jugement contre les circonstances qui fait un côté plus puissant que l'autre dans un conflit. Il est vrai qu'il est presque impossible de faire deux

opérations mentales, distinctes de l'œuvre de l'émotion en tant qu'émotion, et de l'œuvre de l'émotion en tant que motif volontaire. Sous ce rapport la seule différence à noter est celle qu'il y a entre les états d'esprit passionnés et la froide estimation des plaisirs et peines ; dans le premier cas il y a ce que nous appelons, une force, une influence émotionnelle, dans le second une force volitionnelle. Dans les cas extrêmes la distinction est facile à faire ; dans les cas ordinaires, l'empire de la croyance n'est pas sensiblement plus fort que celui du motif, plaisir ou souffrance.

Tout ce qui a été dit de la volonté s'applique à cette modification de la volonté qu'on appelle le désir. Nous sommes disposés à croire que nous obtiendrons tout ce que nous désirons vivement ; cette disposition est très forte dans un tempérament sanguin; on peut neutraliser et détruire son influence en excitant le découragement mental. Nos désirs ambitieux qui ont pour objet notre avenir, notre carrière, sont accompagnés d'une certaine somme de conviction, tant que nous ignorons la réalité des choses. Le désir et le tempérament fournissent à l'aventurier hardi ce qu'il aime à appeler son étoile.

21 . — Revenons à notre point de départ. La croyance étant considérée comme une crédulité innée, diminuée par les désappointements, il est facile de comprendre comment les émotions et nos dispositions actives peuvent pallier ou exagérer l'effet de ces désappointements sur l'esprit. Par exemple une émotion agréable fait oublier la souffrance que donne l'idée qu'on sera trompé dans son attente ; une disposition mélancolique augmentera au contraire l'impression pénible et lui donnera une efficacité plus grande pour détruire la confiance primitive. Les contradictions gUssent légèrement sur un esprit ardent, elles affectent vivement l'esprit plus calme et qui ne se sent pas capable de courir les risques d'une entreprise commencée sans assez de réflexions. Nous pouvons imaginer un esprit qui serait dans le juste milieu, qui estimerait à leur juste valeur les contradictions, et qui ferait des probabilités un calcul aussi exact que possible; la conviction que produiraient des réflexions aussi sérieuses inspirerait naturellement une conduite rationnelle au plus haut degré. Il faut arriver à cette impartialité, à cette sorte de neutralité pour pouvoir résoudre, même en partie

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