‹ Les émotions et la volontéChapitre 149 sur 194 · CROYANCE EN L'UNIFORMITÉ · texte numérisé non relu

CROYANCE EN L'UNIFORMITÉ

un pi'o])lèiiic 00111111(3 coliii-ci : La société progrcssc-t-clle constamment ou non ?

Nos facultés actives ont aussi leur influence ; le voyageur fatigué ou faible de muscles perd toute foi en son excursion aussitôt que se présentent des obstacles, tandis que son compagnon plus énergique les francliit et se sent comme excité par l'idée qu'il en aura d'autres à vaincre.

Il est inutile de répéter ici les remarques déjà produites à propos de la volonté et du désir.

22. — Toutes ces influences diverses se retrouvent dans nos vues sur le monde, dans nos théories scientifiques, dans nos jugements sur l'évidence. La source lapins intéressante et la moins généralement reconnue de la croyance, c'est ce que nous avons nommé la crédulité primitive ou confiance en la vérité de ce qui n'a pas essuyé de contradictions. On pourrait donner à l'appui de cette opinion bien des exemples frappants. La foi que nous avons en la cause et l'effet c'est-à-dire en l'uniformité de la nature, ne peut-être soumise au contrôle de l'expérience ; car non seulement nous affirmons que chaque effet a une cause, mais encore que tout effet doit avoir une cause. De plus, en prenant pour point de départ nos premières expériences d'activité, où nous suivons notre propre volonté, nous affirmons que tout mouvement et toute force a son origine dans l'esprit et qu'elle doit l'y avoir ; c'est-à-dire que notre tendance primitive est aidée, soutenue, pour arriver à cette conclusion, par certaines associations factices sur la dignité supérieure de l'esprit. Le principe de raison suffisante adoptée comme base de preuve scientifique est un exemple curieux de la confiance reposant sur l'absence de contradiction. En parlant de l'authenticité des livres Eudemiens de VÈthique d'Aristote, sir A. Grant remarque : « Il n'y a pas d'argument vraiment décisif pour attribuer ces livres à Aristote, si ce n'est l'habitude de le croire qui vient de ce que cette croyance na jamais été contredite. » Quand James Mill représentait la croyance comme le produit d'une « association inséparable », il passait à côté de sa véritable source. Lorsque deux choses ont été inséparablement unies dans notre expérience, elles sont définitivement associées et nous croyons que l'une doit suivre l'autre; mais cette association définitive est la conséquence d'un certain nombre de répétitions, la croyance ne vient que de l'absence de contra-

diction. Dans notre esprit la Diane d'Ephèse est intimement associée à l'épithète de grande, beaucoup plus probablement que dans l'esprit même de ses adorateurs; cependant ils croyaient en l'assertion qu'impliquait cette épithète, et nous, nous n'y croyons pas. C'est d'après notre crédulité primitive que nous fabriquons nous-mêmes, la mesure, la pierre de toucbe qui sert à nos semblables pour estimer toutes cboses ; nous faisons de hic et nunc^ ubique et semper. Voilà une croyance bien puissante, mais c'est dans la faiblesse et non dans la force de l'homme qu'elle a sa source. L'homme le plus sage de l'humanité, s'il existe, peut seul en la combattant sans cesse, arriver à la déraciner. Les sentiments, excepté peut-être l'amour de l'aisance et l'orgueil, ont peu de rapports avec cette croyance.

23. — Les émotions et l'intérêt personnel exercent une grande inilaonce sur la confiance avec laquelle nous recevons les doctrines particulières qui manquent de certitude démonstrative ; cette influence s'exerce à côté de celle de notre crédulité primitive qui nous fait avant tout croire à ce qui a été souvent répété et rarement contredit. DansTIdo^a de Bacon l'influence émotionnelle est évidente.

La prédilection excessive que nous avons pour l'unité et la simplicité, a inspiré bien des théories philosophiques, et cela pour deux raisons : d'abord parce que l'idée de faire partout prévaloir une seule règle, une seule idée, s'accorde bien avec notre crédulité primitive, puis parce qu'elle nous évite une fatigue intellectuelle.

Ce sont les sentiments qui nous entraînent à concevoir du monde, un idéal sublime et à croire à sa réalisation. Personne n'accepte volontiers une évaluation basse et étroite des choses. L'humanité se laisse facilement éblouir par les promesses brillantes. Nous acceptons immédiatement tout ce qui semble nous donner une chance d'améhorer notre condition ; les esprits que n'a pas fortifiés une solide connaissance de la réalité des choses doivent nécessairement devenir à un moment ou à un autre les victimes d'entreprises séduisantes mais aussi décevantes.

La crédulité primitive unie à la faiblesse intellectuelle, à l'amour des aises, et le désir de voir les choses s'améhorer, sont peut-être les deux tendances qui pervertissent le plus profondément nos vues sur le monde. Ces influences se ren

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