‹ Les émotions et la volontéChapitre 151 sur 194 · LE DOUTE — LE DÉSESPOIR · texte numérisé non relu

LE DOUTE — LE DÉSESPOIR

L'excitation mentale produite par l'espérance nous donne sa valeur en tant que croyance ; c'est un agent de plaisir et rien de plus. Toute cause de plaisir augmente, concurremment à l'espérance, l'émotion heureuse. Nous pouvons dire alors que notre conviction a été renforcée, et dans un certain sens, cela est vrai; mais en réalité c'est notre plaisir qui s'est accru. Le seul effet que l'on puisse tirer de l'espérance proprement dite, c'est d'aider à l'œuvre d'autres sources de cro3^ance, par exemple aux sources intellectuelles, en suscitant la répétition de faits, en rendant plus sensibles aux arguments pour ou contre un cas. Un renseignement purement intellectuel peut avoir, en affectant la croyance, les plus grandes conséquences émotionnelles. Quand éclate une maladie épidémique, les preuves que cette maladie est oui ou non contagieuse, peuvent rassurer un esprit habitué à l'évidence scientifique ; elles ont ce genre d'influence qui les rend bien différentes de ces influences accidentelles qui stimulent ou abattent les esprits.

27 — Le contraire de l'espérance est non la crainte, mais le découragement, le désespoir. C'est là encore une croyance, mais s'appliquant aux malheurs à venir. Il est pénible de penser aux malheurs ; la souffrance correspond à l'intensité de l'idée qu'on s'en fait. C'est une loi déjà connue de l'émotion idéale. Quand nous voyons une calamité certaine arriver sur nous, sa représentation idéale prend un nouveau caractère ; la souffrance produite devient beaucoup plus intense et elle peut ou non être accompagnée de l'émotion, de la crainte proprement dite. Dans ce cas l'incertitude serait un soulagement ; la souffrance dépend alors beaucoup des causes étrangères, extérieures. On peut dire que toute influence réconfortante diminue la force de la conviction parce qu'elle allège la souffrance. Mais il y a une influence bien plus puissante, c'est celle qu'aurait un raisonnement fondé sur des faits qui prouveraient que la calamité en perspective ne peut ou ne doit pas nous atteindre. Un plaideur envisage tristement la perte de son procès ; et cependant sa conviction varie dans la même journée à mesure qu'elle est soumise à différentes influences. La découverte d'un document ou d'un témoin favorable, change brusquement l'état de sa croyance, en dehors de toute cause émotionnelle, et disperse en un moment toutes ses appréhensions.

Bain. — Émotions et Volonté 33

28. — La Foi^ au sens religieux du mot, a surtout une source émotionnelle ; et en réalité on la chérit elle-même comme une émotion consolante et réconfortante. L'expérience directe n'a que peu de chose à voir avec cette émotion d'essence spirituelle. Le témoignage de nos semblables, leur adhérence à une croyance, peuvent être assez influents po'ur provoquer la confiance en une déité présente, souveraine, bonne, et en une existence future pleine de bénédictions. Néanmoins pour qu'une semblable conviction soit ferme, il faut toujours cultiver les affections et les sentiments forts. Jérémie Taylor a dit : « Croyez et vous aimerez >>, il aurait mieux fait de dire : « Aimez et vous croirez, » ou plutôt « Appreyiez à aimer et vous apprendrez à croire. » On ne peut donc, comme on l'a cru parfois, communiquer aux esprits la vérité rehgieuse par un moyen intellectuel, une exposition verbale, ou une démonstration théologique. Puisque la foi est une affaire de sentiments, il faut chercher une méthode pour augmenter leur intensité. Nous pouvons cependant rencontrer un homme halntué aux raisonnements métaphysiques et autres, qui soit profondément convaincu de la véracité de ses conclusions au point de vue intellectuel. Sans doute Thomas d'Aquin, Calvin, Butler tiraient une grande consolation et une grande aide de leurs convictions intellectuelles, en dehors de leur culture émotionnelle qui était probablement inférieure à celle de beaucoup de chrétiens qui ne peuvent rendre compte de la foi qui est en eux.

La croyance peut aussi s'appliquer ici au mauvais côté des choses ; on voit alors par avance se réaliser les menaces demalheurs futurs. En général lorsque l'on parle de la foi on pense au côté consolant de la religion. Mais le contraire arrive parfois, et cette croyance menaçante jette dans l'esprit une tristesse profonde.

29. — On peut à propos de la croyance en la mémoire se lancer dans les plus grandes subtihtés métaphysiques. Comment distinguons-nous entre une idée qui représente un fah. une actualité passée, et une idée conçue par notre imagination, ne répondant par conséquent à aucun fait? Je crois quo j'ai été à Saint-Paul; je puis imaginer que je suis à Saint- Pierre mais je n'y crois pas. .

A propos delà nouvelle édition de l'^na^jse de James Mill, j'ai suivi de très près l'explication que donne l'auteur de

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