‹ Les émotions et la volontéChapitre 156 sur 194 · DÉFINITIONS DU MOT CONSCIENCE · texte numérisé non relu

DÉFINITIONS DU MOT CONSCIENCE

toute son intelligence h l'accomplissement de sa tâche, et l'ouvrier expérimenté dont l'esprit reste entièrement libre, entièrement indépendant. On peut dire que dans le premier cas il y a conscience et intensité de conscience, et que dans le second il y a inconscience presque complète. Comparez les premiers essais de l'enfant pour faire une addition et la manière de faire d'un comptable expérimenté.

Septièmement. — Un homme agit spontanément, poussé par une impulsion irréfléchie ; un autre n'agit qu'après avoir considéré quels moyens il emploiera et quelles conséquences s'ensuivront. On explique cette différence de conduite par un degré différent de conscience. Si je tire un coup de fusil au hasard, mon action appartient à la catégorie des actes presque inconscients : si j'ai un but devant les yeux et que je le considère avec attention, dans le but de l'atteindre, on peut dire que je suis d'un degré plus conscient. Si, en plus de cette attention, j'ai présentes à l'esprit les règles qui doivent diriger mon attitude, la manière de tenir mon fusil, si je m'observe dans mes mouvements, je suis le plus conscient que je puisse être. Il y a des écrivains qui louent les actions que l'on fait sans penser à un modèle, à un type ; si on y pensait, ils diraient avec une intention de reproche, que ces actions sont « trop conscientes. » — Il est clair qu'il vaut mieux faire une chose sans se charger l'esprit de considérations et de règles ; la question est de savoir ce qui est nécessaire pour que la chose soit bien faite. Ordinairement on commence par imiter quelqu'un, et l'on finit par agir sans penser à un modèle ; stigmatiser un retour à la première manière d'agir parce qu'elle est très consciente, c'est tout simplement absurde.

Il y a un autre cas où la conscience est un élément perturbateur pour l'esprit. Quand on accomplit une opération très délicate, qui nécessite l'emploi de toutes les facultés, toute excitation étrangère pourrait être funeste- Il n'y a ici qu'à empêcher toute pression nerveuse d'arriver aux organes occupés. Lorsque nous traversons un abîme sur une planche étroite, il vaut mieux regarder au but et ne pas penser à nos pas : ceux-ci seront plus assurés si nous nous confions en nos habitudes antérieures.

Huitièmement. — On désigne par le nom de conscience l'examen personnel qu'on fait de ses motifs, de ses actes

bons ou mauvais. Non seulement on agit, mais encore on étudie ses propres actions et motifs, on les compare avec d'autres actions, on les juge en s'appuyant sur un principe, une règle. Nous approchons de plus en plus de l'acception spéciale du mot, qui signifie étude du moi par l'esprit.

Neuvièmement. — Nous avons encore conscience des émotions qui ont le moi pour objet ; nous cherchons à savoir ce qu'on pense de nous, nous désirons qu'on nous loue; en accomplissant une action nous sommes persuadés de notre mérite, de notre valeur ; on sent que nous avons conscience de nous-mêmes.

Dixièmement. — Les trois derniers paragraphes me conduisent à une définition qui a été adoptée par beaucoup d'écrivains. Je cite Dugald Stewart : « Ce mot désigne la connaissance immédiate qiiSiV esprit de ses émotions, de ses pensées, et en général de toutes ses opérations actuelles. » (Voyez le Dictionnaire de philosophie de Fleming pour d'autres définitions du même genre.) L'étude de l'esprit humain serait d'après cela une affaire de conscience, tandis que l'étude du monde extérieur n'impliquerait pas la même condition.

Onzièmement. — On dit que certaines de nos croyances, celles qu'on appelle intuitives, sont fondées sur notre conscience. C'est encore donner une définition particulière de la science de l'esprit humain et des théories métaphysiques qui y sont mêlées. Cependant cette définition est d'un degré en progrès sur la définition précédente ; car la simple connaissance de nos opérations mentales ne renferme pas la connaissance qu'impliquent ces jugements intuitifs. Quand Stewart disait : « Les changements que je perçois dans l'univers me donnent la conviction que quelque cause doit les produire, il y a là un jugement intuitif impliquant la simple idée de causation. » Il désignait quelque chose qui dépasse la simple étude des opérations mentales. Il est impossible, quelque attention que nous apportions à l'étude des phénomènes de notre esprit, que nous y trouvions une information quelconque sur l'ordre des événements qui se passent dans ce qu'on appelle le monde externe. Tout ce que nous pouvons espérer, c'est d'arriver à une connaissance profonde de notre vie mentale. C'était donc affirmer quelque chose de non-

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