CONSCIENCE EN TANT QUE SENTIMENT
la souffrance sont nos états de conscience par excellence. J'ai déjà mentionné l'existence d'états neutres d'excitation. hiisiu'prise est peut-être le meilleur exemple que l'on puisse donner de cet état. Il y a des surprises qui sont agréables ou désagréables, mais il y en a qui ne sont ni l'un ni l'autre, et cependant ce sont de véritables émotions. Nos émotions agréables ou désagréables passent même souvent par une phase neutre sans cesser d'opérer en tant qu'excitant mental. J'ai été vivement effrayé, mais un événement inattendu a détruit ce qu'il y avait de pénible dans ma situation ; je n'ai donc plus peur, mais je ne suis pas encore revenu à l'indifférence tranquille qui précédait l'émotion éprouvée. De môme, nos émotions agréables perdent souvent ce qui les rendait agréables, bien avant que le système soit redevenu parfaitement calme. Notre vie mentale n'est pas éteinte dans ces occasions, mais nous ne sentons ni plaisir ni souffrance.
L'excitation neutre produit, comme tout autre, un courant émotionnel diffus. Sous le choc de la surprise, notre figure s'anime, nos mouvements, nos gestes deviennent plus rapides, en un mot nos manifestations extérieures sont les mêmes que pour une autre émotion. Lorsque nous avons été soumis à une grande excitation, le système est agité, affecté pendant longtemps, que nous le voulions ou non. La conscience interne est alliée à une condition externe correspondante, et les deux se soutiennent ensemble pendant le même temps. Les caractères physiques, ou expression, qui accompagnent naturellement une manifestation émotionnelle se montrent aussi lorsqu'il y a excitation neutre.
On doit encore remarquer que lorsque l'excitation est neutre, l'esprit est fermé à toute autre impression, exactement comme lorsque l'excitation est agréable ou pénible. Toute stimulation influe sur l'esprit et absorbe plus ou moins son attention. Une stimulation en elle-même indifférente, peut contribuer indirectement à notre plaisir en remplaçant un mode pénible d'occupation et, d'un autre côté nous empêcher d'être affecté par un plaisir réel. L'esprit peut donc être occupé par ce qui n'est ni agréable, ni désagréable, et cela avec tant de force qu'il n'a plus d'attention à donner à ce qui possède l'un ou l'autre caractère.
-i. — De plus l'émotion indifférente a une efficacité intel-
lectuelle qu'il ne faut pas oublier. Ce n'est pas seulement le plaisir et la souffrance qui éveillent l'esprit aux impressions intellectuelles et lui en font conserver le souvenir. Un objet qui excite notre surprise s'empare de notre esprit à l'exclusion de tout autre. Eveiller l'attention n'implique pas nécessairement plaisir ou souffrance, mais seulement animation mentale. L'astronome Tycho Brahé se promenant un soir vit un groupe de personnes qui contemplaient une nouvelle étoile ; ces personnes avaient été arrêtées par l'émotion de la surprise ; elles ne pouvaient quitter des yeux ce qui avait si puissamment éveillé leur attention. Nous ne pouvons dire qu'elles jouissaient ou qu'elles souffraient, elles avaient peut-être passé par les deux états ; mais cela ne pouvait être que d'une manière accidentelle. L'essentiel dans leur cas, c'est l'excitation attentive de leur regard qui donnait pour résultat un souvenir proportionnellement vif de l'objet considéré avec surprise. Ces personnes ont probablement conservé toute leur vie le souvenir très net de cette nuit. Sans ajouter sensiblement à leur bonheur, et sans leur procurer aucune souffrance, cette étoile devait leur revenir souvent à la mémoire, occuper leur intelligence comme l'avait fait la réalité pendant la nuit où elle fut perçue. La surprise a pu chez elles, arriver au degré où elle est agréable ; elle a pu être accompagnée de peur ; mais qu'elle n'ait fait ni l'un ni l'autre, elle n'en aura pas moins éveillé une émotion et fixé une idée.
IL — Etats actifs.
5. — J'ai déjà souvent parlé de la conscience de l'énergie, fondement de notre connaissance objective, des attributs, étendue, force, etc., de ce qu'on appelle le monde extérieur. Ceci n'implique ni souffrance ni plaisir ; l'exercice a ses souffrances et ses plaisirs, mais lorsc[ue l'esprit en est affecté, il est dans un état purement subjectif. Ce genre de conscience est une sorte d'excitation neutre qui est éveillée par le sentiment spécial des degrés d'énergie dépensée ; on peut ajouter encore à ce sentiment comme élément composant cette espèce de conscience, le grand domaine de nos associations d'énergie possible ou potentielle.