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SENTIMENT DE LA RESSEMTJLANHE

tuollo il faut donc otre économe de plaisir et exempt de souiïVance, jusqu'à un certain point (1).

1 1 . — Les remarques précédentes s'appuient sur cette hypothèse: une impression continue ne fournit aucun élément de conscience dans l'esprit. Il y a des cas on la ressemhlanc(?produit le choc nécessaire pour éveiller l'intelligence. Mais alors cette ressemblance est un mode de différence. Nous avons vu tout au long à propos de la loi de similarité que la découverte d'une identité produit sur l'esprit un choc qui ressemble à la surprise ; mais dans ce cas l'identité est entourée de diversité. Cela ne donne aucune surprise de s'éveiller tous les matins et de voir toujours les mêmes objets occuper les mêmes places ; mais nous sommes surpris lorsque nous faisons un voyage et qu'au milieu d'e toutes les choses nouvelles que nous nous attendions bien à voir, nous rencontrons une chose avec laquelle nous sommes familiers, que nous voyons sans-cesse dans notre pays. Nous ne sommes pas surpris de rencontrer nos amis dans les lieux que nous savons fréquentés par eux, mais nous sommes très étonnés de les

(l) J'admets que la souffrance et le plaisir aient une certaine efficacité intellectuelle, qu'ils impriment dans l'esprit ce qui leur est relatif, qu'un homme, par exemple, conserve une impression très vive d'une scène qui lui a fait plaisir, simplement à cause de ce plaisir, je dois admettre aussi qu'il peut y avoir excitation neutre sans que le sens du discernement soit éveillé.

Une chose nouvelle peut me faire tressaillir de surprise et cependant ne pas arrêter longtemps mon attention, je puis faire bénéficier une autre chose de l'excitation produite. Une excitation qu'on peut ainsi transférer n'est pas vraiment intellectuelle. Quelques heures de presse, de bruit, de désordre donnent au cerveau une sorte de fièvre, une énergie qui n'est pas naturelle; pendant ce moment d'excitation tout ce que l'on sent ou fait prend des proportions extraordinaires. A la longue un tel état n'est pas plus favorable à l'exercice du discernement que le plaisir ou la souffrance poussés à l'extrême. La perception d'un changement d'impression aiderait simplement au maintien des courants produits par cette impression, et couperait court à cette surexcitation générale du cerveau. Mais elle ne préviendrait pas la destruction de l'onde émotionnelle, ni la production d'un autre courant peu de temps après, bien que l'esprit fût pendant tout ce temps, parfaitement froid. Trop de stimulants agissant ensemble produisent une excitation vague aussi fatale à l'intelligence que la dissipation du plaisir ou l'excès du malheur.

retrouver clans quelque contrée lointaine. La ressemblance est alors en réalité une différence ; elle brise une attente, elle nous donne un choc, comme le ferait une différence que nous trouverions à la place d'une ressemblance. L'esprit s'accoutume à certains changements, qui se reproduisent sans-cesse, et quand il se produit une uniformité, il est étonné. Lorsque nous avons l'habitude d'aller dans une chambre dont les murs sont couverts de tableaux et richement ornés, nous éprouvons un désappointement et une violente surprise en trouvant la chambre vide et les murs nus. C'est un changement, une différence dans la situation mentale qui est la cause excitante de la conscience, il arrive parfois que le changement consiste dans le retour d'une vieille et familière impression.

Nous devons maintenant étudier l'influence de ce genre de surprise sur l'intelligence. L'observation de la ressemblance au milieu de la diversité est très importante par rapport à l'accroissement de nos connaissances sur le monde. Je ne reviendrai pas sur ce fait et sur ses conséquences ; ce qui est important en ce moment, c'est de remarquer que nous sommes facilement frappés par les ressemblances et que celles-ci, s'imprimant facilement dans l'esprit, deviennent une partie de notre bagage intellectuel. Pour rendre ceci plus évident prenons un exemple fourni par les classifications. L'enfant qui regarde attentivement un arbre en conserve une impression due surtout au sentiment de la différence. Quand, à la suite de nombreuses répétitions, il est devenu famiher avec le même agrégat de différences, s'il est permis de s'exprimer ainsi, il est de moins en moins surpris lorsqu'il se trouve en présence d'un arbre et il arrive à cette indifférence que produit toujours la monotonie. Que l'enfant se trouve ensuite en face d'un arbre plus petit que le premier auquel il est du reste semblable sous tous les autres rapports , la similarité lui rappellera le premier arbre, la différence lui donnera le stimulus de la surprise. Voilà notre conscience réveillée par une nouvelle circonstance aussi importante que celle de la différence primitive ; une excitation proportionnée accompagne cette seconde expérience, l'imprime sur l'esprit jetant ainsi les fondements d'un souvenir durable. Voilà donc comment nous acquérons une nouvelle classe d'impressions, les impressions que donne le sentiment de

runiformité dans la diversité. Mais que ces ressemblances se présentent toujours de la même manière à l'esprit c'est à peine si nous aurons conscience de la grande loi de la répétition qui nous permet de classer, de généraliser, en donnant à l'esprit Tidée de l'existence d'un ensemble de faits ayant des ressemblances et que nous appelons classe. Je ne vois pas comment ces éléments si importants de la connaissance, généralités, idées générales, principes, auraient leur point d'appui dans la conscience intellectuelle s'ils ne nous donnaient pas, comme tout ce qui change en général, cette impression de surprise qui nous affecte si profondément. Si nous étions absolument indifférents au retour d'un même sentiment au milieu d'un nombre d'objets différents, il est probable que nous n'aurions pas la faculté de cla'sser et de généraliser. C'est le choc de la surprise qui donne l'uniformité au milieu de la diversité, qui nous éveille, nous permet d'avoir la perception ou l'impression du retour de certaines propriétés, et d'une loi uniforme gouvernant la nature. Certains individus sont assez stupides pour montrer sur ce point une complète indifférence ; ils manquent absolument de la faculté de générahsation, ils sont incapables de constater les analogies les plus évidentes. De même qu'un sens très développé de la différence provoque la connaissance étendue de la variété des propriétés naturelles, qu'un sens plus grossier confondrait, de même le sentiment de la similarité dans la diversité conduit à la formation des généralités de la nature, à l'appréciation de l'unité de plan.

Dans notre définition de l'esprit, nous avons donné plutôt une division qu'une définition. Ce qui se rapproche le plus d'une unité dans l'esprit, c'est la volition considérée comme un fait complexe, fait d'émotion et d'activité corporelle, et de réduire ainsi les phénomènes suprêmes à deux, l'émotion et l'intelfigence. Mais nous avons vu que cette division ne peut pas être absolue, et qu'elle représente seulement les deux faces d'un même phénomène. En d'autres termes tout état de conscience a son côté émotionnel, et son côté intellectuel. Quelques-unes de nos expériences se montrent surtout sous l'aspect de l'émotion pendant qu'elles sont fraîches et frappantes tandis qu'elles affectent notre faculté de discernement lorsqu'elles diminuent d'intensité ; ce sont alors ce que nous appelons des sentiments [feeling). Quand au contraire ces

expériences sont avant tout intellectuelles, pratiquement on peut dire qu'elles n'existent pas au point de vue émotionnel. La monade de la conscience est donc un phénomène à deux faces, l'une de ces faces pouvant être beaucoup plus importante que l'autre, au point même de l'annuler presque. Il n'y a pas, à vrai dire, d'état de conscience purement émotionnel, c'est-à-dire excluant tout discernement, pas plus qu'il n'y a d'états purement intellectuels excluant l'émotion.

M. Spencer exprime la grande antithèse de l'émotion et de l'intelligence par les mots : sentiments et relations de sentiments. Cette manière de s'exprimer est bonne, mais je crois que le contraste est encore plus fortement marqué par les mots émotions et discernement. Le. discernement n'est pas naturellement toute l'inteUigence, mais c'est ce qui en fait le fondement, ce que l'on peut le mieux opposer à la partie émotionnelle de notre être. Le mot relation est plus étendu, plus large, mais plus vague aussi ; c'est le terme le plus vaste qu'on puisse employer.

On peut dire encore que l'émotion est la substance et l'intelhgence la forme. On a usé et abusé de cette distinction entre la matière et la forme en philosophie ; dans le cas présent nous ferons mieux de nous en abstenir.

12. — L'espèce de contraste qu'il y a entre la sensation et la perception donne heu à bien des considérations.

Ce contraste implique une distinction entre l'aspect émotionnel et l'aspect intellectuel des impressions des sens. Le plaisir ou la souffrance. que nous donnent les sensations de la vue et de l'ouïe sont des sensations dans toute la force du mot, elles sont aussi peu intellectuelles que possible. Bien des sensations sont simplement des plaisirs et des souffrances et rien de plus ; les sensations de la vie organique, les goûts et les odeurs doux ou pénibles appartiennent à cette catégorie. Pour tous les sens nous avons à distinguer entre les sensations agréables ou pénibles et l'application du genre de discernement qui leur est particulier et qui donne les sensations du genre intellectuel.

C'est à propos de ce contraste que sir W. Hamilton

signale la proportion inverse de la sensation et de la perception. Sous certains rapports il est en elTet vrai que l'émotion (ou la sensation) est opposée à l'intelligence, que les deux s'excluent même l'une l'autre; les manifestations extrêmes de l'une sont plus ou moins incompatibles avec celles de l'autre.

13. — Mais ce n'est pas tout. Après avoir été un certain temps en contact avec le monde sensible, nous nous trouvons dans une situation nouvelle, nous avons un nouveau genre de conscience, ce qui demande une explication. Quand un enfant expérimente pour la première fois la sensation de l'écarlate il a la sensation d'une nouvelle impression dont l'intensité dépend de l'objet qui fait impression et de la sensibilité plus ou moins grande de l'esprit qui reçoit l'impression. Il est très difficile pour nous de reproduire le cboc primitif ou de retrouver sa trace dans notre mémoire, car la situation change complètement dans la maturité de la vie. C'est une chose bien rare pour nous que d'éprouver une impression radicalement neuve ; c'est seulement en s'appuyant sur des analogies bien imparfaites que nous concevons approximativement ce qui a dû arriver quand nous avons éprouvé une sensation intellectuelle pour la première fois. Les impressions répétées restant dans l'esprit donnent aux sensations subséquentes un caractère tout différent de celui qu'elles avaient primitivement. Si une seconde impression se produisait seule elle ressemblerait à la première ; mais l'esprit est constitué de façon à ce qu'elle ne puisse se reproduire isolément, elle réveille nécessairement une idée plus ou moins nette de la première. Une sensation répétée est donc la combinaison d'un choc présent et de tout ce qui reste de la sensation précédente. Ainsi quand nous recevons une impression, soit que nous nous mouvions, que nous écoutions, que nous touchions une chose, cette impression est faite par l'objet qui la donne et par le souvenir de cet objet. La conscience est formée de trois éléments : d'un choc actuel, d'un retour vers les impressions passées provoqué par la ressemblance, et du souvenir du passé rappelé par le présent. En réalité l'effet d'une impression présente peut être entièrement effacé par l'effet du souvenir d'une impression semblable, le discernement n'est pas alors affecté par les vrais caractéristiques de l'objet en cause. Par exemple, j'ai devant moi

deux nuances d'une même couleur ; au lieu de percevoir leur différence exactement comme je dois en être frappé sur le moment, mon jugement se forme à la suite d'un retour sur le passé, d'une identification avec les séries d'impressions semblables anciennes ; deux sommes d'impressions se forment dans mon esprit et la différence dont j'ai conscience est entre les deux totaux. Si je me trompe, ce n'est peut-être pas parce que j'ai mal appliqué ma faculté de discernement, mais parce que mon identification est mauvaise. C'est comme si je voulais juger de deux substances placées sur la table d'un chimiste en identifiant les bouteilles qui les renferment à d'autres bouteilles semblables ; je ne jugerais pas d'après les spécimens mais d'après les bouteilles. Si mon identification est mauvaise, mon jugement sera sûrement mauvais. Donc toutes les sensations qui ne se produisent pas pour la première fois impliquent le souvenir du passé qui leur donne en réalité leur vrai caractère. Le choc présent ne fait que faire revivre certains chocs passés ; la nouvelle impression que nous donne l'écarlate est presque insignifiante en elle-même ; elle sert seulement de moyen pour ressusciter la condition cérébrale résultat de toutes les impressions passées d'écarlate. Si, par une hallucination temporaire, l'écarlate nous donne l'impression du bleu foncé, l'esprit aurait réellement la sensation du bleu pendant que les yeux seraient fixés sur l'écarlate. La sensation met donc en oeuvre les deux grandes lois intellectuelles, outre qu'elle fait appel au sens primitif de la différence. La durée de l'impression dépend de la puissance plastique que nous avons étudiée à propos de la loi de contiguïté. Le pouvoir qu'a une nouvelle impression de rappeler le souvenir d'une ancienne fait partie de l'œuvre de la loi de similarité. Lorsque nous accomplissons les actes les plus simples : que nous regardons, que nous entendons, les conditions intellectuelles sont les mêmes que pour des actes d'un ordre beaucoup plus élevé.

L'observation peut être mauvaise, et produire l'illusion. Un objet imparfaitement observé par les yeux suggère une image fausse que la mémoire, peut-être aidée par l'émotion, conserve naturellement. Nous avons donc une idée fausse de la réalité qui donne lieu aussi à des comparaisons ou à des identifications fausses jusqu'au jour où quelque incident

remet devant nos yeux la réalité de façon à ce que son influence détruise celle du passé (1).

14. — Plus une sensation est intellectuelle plus elle se rapproche de la perception. Donc, dans la sensation nous sommes tour à tour objet et sujet. Nous sommes objet quand nous observons la forme et l'étendue d'une conflagration ; et sujet quand nous nous laissons aller à l'effet émotionnel. Bien qu'on puisse donner le nom de sensation aux deux états, la désignation perception est meilleure appliquée à l'attitude objective.

Ce que nous venons de dire sur l'intervention des forces intellectuelles dans la sensation indique une semblable tendance. Supposons qu'on appelle la première impression que donne l'écarlate, une sensation : la combinaison du souvenir de trente impressions subséquentes suscitée par la trente et unième impression serait une perception, parce qu'elle renfermerait quelque chose de plus que l'effet strict du stimulus présent. Quand nous avons dans l'esprit plus que ce qui est devant nos yeux, nous percevons plutôt que nous sentons. Ce n'est pas que la conscience, la sensation aient comme signification, le plus petit effet présent libre de tout effet additionnel dû au souvenir ; mais quand il s'agit de comparer et de distinguer les deux termes, la perception est une sensation et quelque chose déplus. On peut prendre le mot sensation dans un sens si étroit qu'il exclurait toutes les opérations intellectuelles décrites ci-dessus ; mais on ne peut faire de môme pour la perception] il faut toujours que l'intelligence intervienne dans l'acte de percevoir ; et lorsque l'intelligence intervient ainsi dans une sensation, il serait

(1) Coleridge a clairement exposé cette opération dans un paragraphe cité par M.Venn dans ses « Hulscan Lectures » p. 15 :

« Les personnes qui ne sont pas liabituées aux subtilités de l'observation de soi-même, pourront refuser de croire que les ressemblances les plus faibles et les plus lointaines avec un objet réel externe suffisent à éveiller l'image vivante de la réalité et la perception externe. Quand même nous sommes dans un état norn^tl, que de fois, si nous attendons une chose avec une certaine anxiété, n'avons nous pas cru entendre des sons articulés là où il n'y avait que les sons confus de la nature? N'avons nous jamais pris le murnmrc du ruisseau pour la voix de l'ami que nous attendons? » L'Ami, de Colkridge. L'auteur se sert aussi d'une façon très intéressante de ce principe pour expliquer la vision que Luther eut du diable dans la tour de Wartburg.

permis de dire que ce n'est plus une sensation, mais une perception. Le souvenir, le réveil d'une somme totale de sensations passées étant un effet qui dépasse de beaucoup l'effet spécial de la sensation actuelle, nous sommes libres d'appeler cet état mental une perception c'est-à-dire quelque chose de plus que la simple sensation enfermée dans l'impression du moment.

15. — La tendance que l'on a à admettre que la perception est plus intellectuelle que la sensation, s'affirme encore dans d'autres applications du mot. Quand nous parlons de percevoir la distance et l'étendue des choses nous voulons certainement parler de quelque chose d'autre que la sensation simple. La sensation que j'éprouve en regardant la maison, qui est devant moi n'est que le résultat de l'union d'une sensibilité optique et musculaire n'impliquant aucune notion de la distance. Cette notion ne nous vient pas par les yeux, mais bien plutôt par nos membres actifs. L'expérience nous prouve cependant qu'il existe certaines coïncidences entre certaines impressions optiques et certains mouvements ; après un certain temps les unes suggèrent les autres. Je puis alors percevoir une distance par mes yeux, comme je perçois, par les sons que j'entends, la voiture qui passe dans la rue à côté. Mes sensations s'étendent par l'association et c'est ainsi que j'arrive à avoir la perception d'une chose dont je ne peux avoir la sensation. Le premier de ces mots s'applique à une foule de choses auxquelles ne peut s'appliquer le second ; car bien qu'on puisse appeler sensation ce renfort additionnel que l'esprit tire du souvenir du passé, à la sollicitation de l'impression présente, nous ne pouvons étendre cette appellation aux impressions collatérales qui peuvent concourir à la formation de ce total que nous appelons perception. Il serait bien peu correct de dire que je vois la distance qui me sépare d'une colline ; nous ne devons pas plus dire que nous voyons la grandeur, la grandeur absolue, d'une chose. Grâce à des expériences, à des comparaisons, nous avons quelques indications qui nous permettent de juger une grandeur jusqu'à un certain point et de dire tout au plus que nous la percevons.

C'est parce qu'elle peut dépasser les limites étroites delà simple sensation que la perception va jusqu'à affirmer des choses qu'on n'a jamais senties ni même expérimentées.

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mais qu'on croit ou qu'on suj^pose exister. La prétendue perception d'un monde matériel externe et indépendant, appartient à ce genre de perception (1) ce que l'on dit percevoir est une fiction commode qui, par sa nature même, échappe à toute expérience. Dans ce cas c'est s'appuyer sur notre crédulité que de se servir du terme perception qui dans son sens propre signifie quelque chose appartenant au domaine de notre expérience passée, pour affirmer une entité de notre imagination.

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IG. — Les distinctions à faire entre la sensation et l'idée reposent d'abord sur leur force, leur intensité comparative en tant qu'éléments intellectuels, et ensuite sur leur signification et leur valeur par rapport à l'objet et au sujet.

Il faut d'abord remarquer que la sensation et l'idée sont :

Premièrement, des éléments intellectuels ou de conscience. L'une ou l'autre nous rendent conscient.

Deuxièmement, qu'elles sont accompagnées des mêmes conditions physiques, si toutefois, j'ai raisonné juste lorsque j'ai essayé de prouver que les courants nerveux qui accompagnent les idées sont semblables aux courants les plus violents liés aux sensations. (Voyez Contiguïté, Idées de mouvement). De cette identité doivent sortir certains effets physiques communs, différents peut-être seulement en degré.

On peut supposer que ces deux points de ressemblance que nous trouvons entre la sensation et l'idée viennent de ce que les associations formées entre les sensations persistent dans les idées correspondantes ; de même qu'une sen-

(1) Nous pouvons dire quelque cliose déplus ici. J'ai déjà fait remarquer que le terme perception signifie somme-totale de beaucoup de sensations semblables dont le souvenir est éveillé par une sensation présente. Tous les éléments de cette somme se trouvant réunis et confondus, nous prenons cette somme-totale pour une unités et nous imaginons un quebiue chose qui fait (jue ces éléments sont un, parce que lui même est un et qu'ils émanent de lui. Une semblable transformation d'une sommetotale d'associations en une unité existant comme telle est le résultat d'une illusion mentale assez fréquente. Cette unité supposée est une entité, non des sens, mais de l'imagination et de la foi à laquelle nous appliquons par erreur le mot de perception.

sation peut rappeler une autre sensation associée, en idée, de même l'idée d'une sensation peut rappeler toutes celles qui lui sont associées. Lorsque nous entendons prononcer les lettres a, b, c, ou que seulement nous y pensons, nous sommes portés à achever la série d,e, f, etc.

Troisièmement, que toutes les deux sont des éléments intellectuels c'est-à-dire de discernement, ce qui leur donne leur caractère, leur individualité. Nous distinguons entre les idées que nous avons de la lune et du soleil comme nous distinguons entre les sensations que nous donnent le soleil et la lune. De même nous découvrons des ressemblances entre les idées comme entre les sensations.

Les idées, servant comme les sensations au discernement, peuvent comme elles nous guider dans notre conduite. Nous pouvons travailler en ayant dans la tête un plan, un modèle, tout comme s'il était tracé devant nos yeux. Nous pouvons faire entre les choses des arrangements idéaux puis les accomplir dans l'actuel.

17. — Cherchons maintenant les différences qui séparent la sensation de l'idée. Remarquons d'abord que la sensation précède l'idée; que l'une est l'original et l'autre la copie.

Nous trouverons ensuite que la sensation et l'idée diffèrent en force, en intensité ; l'une est un effet fort, la seconde un faible. Il y a une grande différence entre la vue d'une flamme et ce qu'il en reste comme souvenir dans l'esprit, entre le son d'une trompette et ce que nous nous en rappelons, entre le goût d'un morceau de sucre et l'idée de ce goût, entre l'odeur du musc et l'idée que nous nous en faisons.

L'infériorité de l'idée par rapport à la sensation quoique très accentuée n'est pas cependant dans un rapport constant. Elle varie suivant les circonstances. Comme je l'ai déjà dit la répétition donne à l'idée plus de prise et plus de force sur l'esprit. Plus les sensations sont intellectuelles plus elles persistent en idée. De plus un certain degré d'excitation morbide active la circulation des courants nerveux et donne aux idées une force qui les égale presque aux réalités; c'est ce qui arrive surtout quand la sensation présente est suspendue, comme dans le rêve et dans tous les états anormaux du système, somnambulisme, sommeil magnétique, etc.

Dans les cas où une sensation a des conséquences physiques nous pouvons mesurer, au point de vue physique, la

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force comparative de la sensation et de l'idée. Ainsi le contact de la nourriture et de la langue et des joues détermine un flot de salive, l'idée seule de ce contact le déterminera de môme. Mais il sera beaucoup plus considérable dans le premier cas que dans le second. Nous pleurons en fixant le soleil, l'idée de le fixer produit le môme effet, mais à un degré moindre. Nous pouvons encore mesurer l'effet subjectif des deux états. La vue d'un bel objet, d'une scène, d'un tableau, d'une figure vivante nous charme à un point que l'on peut déterminer ; le souvenir le fait à un degré moindre ; comparons les deux plaisirs éprouvés dans les deux cas et nous aurons la force comparative de la sensation et de l'idée.

L'effet de l'intensité, de la force, est d'abord de produire un état de conscience qui fait que l'esprit fixe sur lui son attention, à l'exclusion de tout autre état. Une sensation actuelle montre sa supériorité en chassant de l'esprit de simples idées qui ne peuvent revenir occuper l'esprit que lorsque la sensation s'éloignera ou disparaîtra.

18. — La sensation donne une netteté et une force supérieures aux détails. En observant une scène réelle, nous en percevons tous les traits, tous les points, toutes les hgnes ; tandis que lorsque nous nous la représentons en idée nous perdons de vue la majorité des détails et ne nous rappelons que les plus saillants.

Ainsi, dans l'idée ou la conception simple, les détails se perdent dans l'ensemble, ils s'effacent comme si la lumière qui les éclaire s'affaiblissait ou s'éloignait. L'idée d'un objet bien connu est comme la sensation de cet objet entrevu seulement. Cependant on ne peut confondre les deux impressions; car nous sentons que si cet objet entrevu cesse d'être une sensation pour n'être plus qu'un souvenir, il devient de plus en plus vague. C'est pourquoi lorsqu'il est nécessaire d'agir avec précision l'idée ne peut remplacer la sensation originale. Pour arriver à la ressemblance il faut que l'artiste travaille en présence du modèle pendant un certain temps. Enfin certains esprits conservent mieux que d'autres un souvenir plus net et plus minutieux des objets.

De plus une scène actuelle fait sur l'esprit une plus profonde et plus durable impression. L'idée au contraire s'efface, il faut un effort pour provoquer sa réapparition. Faire appel à une sensation ou à un souvenir implique donc une grande

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différence d'effort qui nous empêche de prendre une sensation faible pour une idée vive. Il faut encore se souvenir ici qu'il faut tenir compte des différences qu'il y a entre les individus. Une répétition fréquente, une grande mémoire naturelle, l'excitation morbide ou autre des courants nerveux, font que l'esprit conserve mieux et plus facilement une mpression.

Voilà les principaux points de différence que nous sentons exister entre la sensation et l'idée, en laissant de côté leur origine, les groupes qu'ils forment et les remarques qu'ils suggèrent. Une étude plus approfondie de ces différences nous ramènerait à la grande antithèse du monde objectif et subjectif, la sensation faisant partie de l'un et l'idée de l'autre.

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