‹ Les émotions et la volontéChapitre 161 sur 194 · DE LA NATURE DE LA CONNAISSANCE · texte numérisé non relu

DE LA NATURE DE LA CONNAISSANCE

19. — Ce n'est pas un problème facile à résoudre que celui de la véritable nature de cette connaissance pourtant si familière à notre expérience. Que se passe-t-il lorsque nous disons que nous connaissons une chose? J'ai peur que cette question, comme toutes celles qui touchent à notre présent sujet d'étude, ne soit bien difficile à résoudre à cause de son étendue: en général on n'assigne pas de limites fixes à la connaissance pas plus qu'à la conscience. Et cependant les bornes de la connaissance sont les mêmes que celles de la conscience et de la sensation ; on peut même dire que la seule chose évidente et admise par tous, c'est qu'une excitation mentale quelconque, un état de conscience par conséquent, est la condition indispensable de la connaissance. Le changement est la condition de la conscience ; on ne peut donc connaître une chose que lorsque cette chose exerce sur l'esprit une action variée ou intermittente. Nous n'avons connaissance de la pression qu'exerce sur notre corps l'air qui nous entoure que lorsque nous avons trouvé un moyen d'altérer en degré cette pression; supprimez la conscience et vous supprimerez la connaissance.

20. — Toutes les écoles de philosophie se sont disputées au sujet de l'origine de la connaissance ; les unes affirmant que la sensation est la source de la connaissance, les ciutres

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([uo r{?spi'it lui-inoni(3 est uiio partie de la coiiiiaissaiice. Niliil est in uitelloctu, qaod non prius faerit in sensu, disent les uns, nisi intellectus ipse ajoutent les autres avec Leibnitz. Je ne veux pas renouveler ici la discussion; d'ailleurs j'ai déjà, dans mon précédent volume, étudié l'origine de la plupart de nos notions les plus simples. En attribuant au système musculaire quelques-unes de ces notions élémentaires, étendue, forme, volume, on change entièrement l'état de la question telle qu'on la formulait à l'origine. Si la sensation renferme tout ce que nous apprenons des sentiments (feellngs) du mouvement, la première des solutions est acceptable, mais si l'on exclut le mouvement, elle est entièrement insoutenable.

21. — Ce qui nous intéresse maintenant ce n'est pas tant de savoir quelle est la source de la connaissance, que de déterminer quelle est sa nature. Nous pouvons nous servir de ce qui a été dit plus haut à propos de la sensation et de la perception pour trouver une réponse au problème. Il est évident que la sensation sous sa forriie la plus inférieure, la plus restreinte n'est pas un élément de connaissance. Le simple état d'esprit qu'on appelle la sensation du rouge n'est pas la connaissance, mais la condition préliminaire de la connaissance. Nous pouvons avoir conscience, grâce à notre faculté de discernement, de différents états d'esprit, avant de percevoir ou de connaître, dans quelque acception qu'on prenne ces termes. Nous pouvons même éprouver tout ce que peut signifier le mot sensation, mêler le souvenir du passé à l'impression du moment, sans cependant arriver à la connaissance. La sensation que donne un coup de tonnerre dont l'effet est augmenté par le souvenir de toutes nos expériences passées de la même sensation, est un élément vraiment intellectuel sans être une connaissance. Les perceptions inférieures qui sont identiques à une sensation aussi intellectuelle appartiennent à la même catégorie. Mais quand nous arrivons à la perception de l'ordre le plus élevé, nous entrons dans le domaine de la véritable connaissance. Lorsque deux impressions différentes se rencontrent dans l'esprit une première fois, puis souvent dans la suite, elles s'associent et l'une rappelle l'autre ; et si non seulement nous savons par expérience qu'elles sont ainsi associées, mais encore le croyons^ on peut alors dire que nous

connaissons quelque chose. La simple notion ne constitue pas par elle-même la connaissance ; deux notions liées entre elles ne deviendront pas une connaissance si Ton ne croit pas en elles. La connaissance est donc identique à l'affirmation, à la croyance. J'ai déjà essayé de montrer comment se forment les éléments de la croyance, comment celle-ci s'empare de la région de l'expérience, comment nous ne sentons pas seulement la coïncidence présente de l'éclair et du tonnerre mais avons la conviction et assurons que cette coïncidence se reproduira. Il reste, à propos des éléments purement intellectuels delà connaissance, quelques points à éclaircir et à discuter, car ils ont donné lieu à de grandes divisions dans les opinions.

22. — Je dois d'abord faire observer que la connaissance est loin de toujours coïncider en tout point avec la sensation ou la conscience. Prenons toutes les variétés de l'effet sensible tous les moyens par lesquels les impressions diverses arrivent à l'esprit, tous les sentiments musculaires, toutes les sortes de sensation, et nous ne pourrons encore arriver à une appréciation numérique exacte de tous les moyens qui exercent notre faculté de discernement, qui nous rendent conscients en un mot. Ce n'est que quelquesunes de ces impressions que chacun convertit en connaissances, en convictions, en croyances. Considérons la complexité du spectacle qui s'offre aux yeux de l'enfant lorsqu'il les ouvre sur le monde extérieur. On peut dire que l'enfant sent, qu'il a conscience de tout ce qui entre dans ses yeux ou dans ses oreilles ; mais pour transformer en connaissances toutes ses impressions, il faut qu'il fasse un choix. Ce que nous appelons attention, observation, concentration de l'attention, doit intervenir avant que la conscience ne devienne connaissance. Le procédé qui opère cette transformation est avant tout un procédé de sélection ; il agit lorsque l'esprit monopohse, spécialise la conscience qu'il a des choses, à certaines parties de son expérience. De tous les sons qui tombent dans notre oreille, qu'ils soient produits par la nature ou par des êtres animés, quelques uns seulement sont réellement connus de nous. Les sons articulés, ceux par lesquels l'homme nous fait connaitre sa pensée, ceux qui sont les indices précurseurs de la tempête et de l'orage, sont ces quelques impressions choisies qui

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