LES ÉMOTIONS ET LEUR CLASSIFICATION
priété. Elles renferment en elles-mêmes leurs sources originales. On peut peut-être aussi dire la même chose de la crainte. D'un autre côté les plaisirs du pouvoir et du savoir sont moins probablement primordiaux ; car il est clair que posséder le pouvoir et posséder la science c'est comme avec la propriété une situation avantageuse pour gagner les plaisirs des sens et éviter les souffrances des sens. Ces deux résultats représentent-ils la valeur complète des deux émotions auxquelles ils correspondent, voilà qui peut être matière à discussion. Nous savons seulement qu'en ce qui regarde l'amour ce sentiment a une valeur en dehors du jDlaisir des sens ; et nous pouvons dire la même chose pour la colère.
Parmi les autres sentiments cités, il ne semble pas à première vue que l'orgueil soit un dérivé des sensations ; il peut être cependant un dérivé des autres émotions indépendantes telles que l'amour et la colère. Sa place dans une classification serait donc après les sentiments simples.
7. — Supposons, pour arriver à une explication, qu'il y ait trois sources premières d'émotion : les sens, l'amour et la colère. On en déduit naturellement que les dérivés des sens, les sentiments de la propriété, du pouvoir, de la science, doivent venir les premiers dans la classification, et que les dérivés des deux autres sources peuvent ensuite être rangés comme chacun l'entendra. Mais il faut alors examiner une circonstance qui se présente. Supposez que nous commencions par le sentiment de la propriété, comme un dérivé manifeste de nos sensations, puisqu'il est la somme d'un grand nombre de plaisirs et d'exemptions de souffrances ; pendant que les associations avec la propriété gagnent des forces dans ces influences des sensations, les deux autres sources d'émotion envoient de tous côtés leurs courants particuliers de sentiment ; et l'émotion grandissante de la propriété ne peut éviter leur influence. En fait cette émotion embrasse les intérêts des deux courants avec les intérêts des sens. Si l'on considère l'amour comme une source de plaisirs et de souffrances, si la propriété et la richesse peuvent nous donner les uns et nous faire éviter les autres, le sentiment de la propriété est un dérivé des sens et de l'amour. Le même raisonnement appliqué à la colère est vrai. Ses plaisirs, si on les recherche, augmentent la valeur de la richesse