DIFFICULTÉS DE LA CLASSIFIOATION
et (lu soiitimont qui lui est associé. Ceci n'est pas tout. L'émotion de l'amour, quoique liée à l'origine à des êtres vivants, se transporte à des possessions inanimées et les anime ; si bien que l'on trouve au milieu du sentiment agréalDle uni à nos moyens collectifs de nous procurer des plaisirs et d'éviter des souffrances , une teinte perceptible d'amour' ou de sentiment tendre. En outre, comme la colère, quoique ayant nos frères et les autres êtres vivants pour objets premiers, est suivie de la perte de quelque plaisir, ou du développement de quelque souffrance, elle touche toujours de près au sentiment de la propriété ; si bien que lorsque ce sentiment est complet il renferme toujours une parcelle de colère.
8. — Cet exemple montre combien il est difficile d'exposer les émotions suivant un ordre strict et suivi. Que nous commencions où nous voulons, comme nous ne pouvons traiter qu'une source d'émotion à la fois, nous anticiperons nécessairement sur ce qui devra suivre. La seule chose à faire est d'admettre ce fait et ses conséquences ; c'est-à-dire de ne pas vouloir qu'une classification soit absolument meilleure qu'une autre. On pourrait peut-être en trouver une réduisant au minimum les anticipations inévitables, mais elle ne serait probablement pas encore assez évidente pour être adoptée unanimement. Ainsi, pour revenir à l'exemple cité, on placerait probablement l'émotion de la propriété, non pas en tête, mais à la fin des émotions simples.
En considérant les caractéristiques de l'amour, de la colère, de la crainte, tels qu'on les exposera plus tard, j'arrive à admettre que ces trois émotions sont simples. Le sentiment de l'étonnement ou de la surprise si nous le dépouillons de ses accessoires habituels, l'admiration ou le sentiment contraire, est un fait simple; mais avec ce caractère simple, il a une petite valeur émotionnelle, il n'est intéressant que par ce qu'il éveille dans la conscience intellectuelle. Nous pouvons donc refuser de le placer à côté des trois puissants générateurs de nos sentiments et passions déjà cités.
Les sentiments du pouvoir, de l'orgueil, de la vanité, ne sont pas, à mon avis, des faits élémentaires, et je ne puis les placer qu'à la suite des trois sentiments que je crois élémentaires. D'un autre côté, ils ne sont pas parmi les plus compliqués de nos sentiments; sous ce rapport ils doivent donc venir avant le groupe esthétique. Entre eux-mêmes on doit les