EFFICACITE DE LA STIMULATION
que dillcreiitos d'aspect: Le cliaiigemeiit est nécessaire aux seiitimeuts; nous n'avons jDas conscience d'impressions continues ; la mesure d'un sentiment est proportionnée au changement; une transition subite augmente l'effet d'un sentiment.
Citons quelques exemples familiers ; voici les vers de Gray sur le retour à la santé après une maladie:
Voyez le malheureux qui s'est longtemps agité, Sur le lit si dur de la souffrance, Retrouver à la fin sa vigueur perdue, Respirer et marcher de nouveau.
On demande « la paix avec l'abondance » après une guerre ruineuse. Le charme d'une belle matinée est doublé et triplé après une semaine de pluie et de temps sombre (1).
3. — Jusqu'ici le principe général est clair. Les difficultés viennent de la loi subordonnée d'accommodement (Law of
(1) On peut accumuler les exemples qui expliquent ce fait important. Le mouton des montagnes n'éprouve ni les souffrances ni les plaisirs de la respiration que ressentent les êtres qui vivent moitié dans l'air renfermé des maisons, moitié dehors. C'est la transition qui développe la sensation d'oppression éprouvée lorsqu'on est enfermé, et la dilatation lorsqu'on respire l'air pur. Les animaux qui passent leurs jours et leurs nuits dans la montagne ou dans la plaine n'ont pas expérimenté l'air renfermé, mais ils n'ont pas non plus conscience de l'air pur qu'ils respirent. Cela n'empêche pas l'animal d'avoir une santé générale en rapport avec cette pureté de l'air toujours respiré, mais cela leur enlève les plaisirs de la respiration que nous connaissons si bien. De même les poissons des mers tropicales n'ont pas la sensation de la chaleur. Comme ils vivent dans une température invariable, leur sensibilité, pour la température, n'est pas éveillée par des différences en plus ou en moins. Ne jamais sentir le froid, c'est ne jamais sentir la chaleur ; la transition de l'un à l'autre est indispensable à la conscience de l'un ou de l'autre. De même les animaux aveugles n'ont pas le sentiment de la nuit tel que nous nous l'imaginons. C'est la perte de la lumière ou des organes de la vue qui fait la nuit ; les habitants de la caverne du Mammouth en Kentucky, où jamais n'a pénétré un rayon de lumière, ne connaissent pas ce que c'est que l'obscurité.
Nous avons déjà vu plusieurs fois que l'existence de certains plaisirs dépend de l'existence antérieure de souffrances, et celles de certaines souffrances de plaisirs expérimentés ou conçus. Tels sont les états opposés de la liberté et de la contrainte, de la puissance et de l'impuissance. Certains plaisirs naissent simplement de la discontinuation. Ainsi le plaisir de l'exercice n'a pas besoin d'être précédé d'une souffrance, c'est assez pour qu'il existe qu'il reprenne après une certaine interruption, employée à reposer les parties fatiguées. Ce sont là nos meilleurs plaisirs ; nous pourrions, en employant cette méthode, avoir une vie de joie sans souffrance. Exercice, repos, nous pourrions ainsi faire alterner les plaisirs des différents sens et des émotions, de façon à avoir une succes-
accommodalion , on peut supposer un instant qu'elle n'existe pas. Quelqu'un est malade pour la première fois, l'intensité du sentiment qu'il éprouvera en relevant de cette maladie sera beaucoup plus forte que s'il en était à une seconde expérience. La seconde journée de vacances est attendue avec moins d'ardeur que la première. Une première visite en Suisse, à Paris, à Rome est bien plus émouvante que les suivantes. La troisième mairie de Whittington était insipide en comparaison avec la première. Les économies d'un millionnaire lui causent de moins en moins déplaisir. Les jouissances du savoir , même celles que donnent la vertu , la religion n'échappent pas à cette loi.
Peut-on évaluer le degré et les conditions de cette diminution dans les effets des causes agréables ou désagréables ? Cette diminution est-elle telle qu'après quelques répétitions un grand plaisir n'en est plus un, ou bien survit-il assez pour que les principales sources de plaisir aient toujours de la valeur pour nous, et que nos souffrances nous soient toujours
sion constante agréable, chaque plaisir étant suffisamment éteint pendant que d'autres sont en exercice^ pour éveiller la conscience lorsqu'il arrive à son tour. On voit aussi certains plaisirs croître lorsqu'ils sont précédés d'un certain total de souffrances opposées. C'est ainsi qu'après avoir été enfermé on jouit plus du plaisir de l'exercice, ou du repos lorsqu'on a agi au-delà de ses forces ; le jeûne augmente les plaisirs de la gourmandise, le froid ceux delà chaleur. Il n'est cependant pas nécessaire que la privation arrive à être une souffrance pour que le plaisir puisse suivre. On peut jouir d'un repas sans avoir souffert de la faim. Pour être sentis, les plaisirs delà chaleur n'ont par besoin d'alterner avec un froid pénible. Il existe cependant une classe de plaisirs qui dépendent entièrement de souffrances antérieures, comme l'état qui suit une souffrance aiguë cessant tout à coup, un chagrin violent subitement soulagé. Le passage d'une condition nerveuse à une autre est un stimulant positivement agréable, compensant jusqu'à un cert3in point la souffrance antérieure. La sensation agréable que procure une bonne santé suppose l'expérience de l'état opposé. La bonne santé à perpétuité quoique permettant beaucoup de jouissances, en elle-même ne donne pas de sensation.
Les conditions de la relativité ont été souvent méconnues ; ainsi dans le Paradis Perdu, II, les damnés passent :
De lits de feu, à des lits déglace,
D'une douce chaleur éthérée, à des températures
Où ils sont revêtus de givre, puis
Toujours sans repos ils sont de nouveau précipités dans les flammes.
En réalité ces changements devraient adoucir plutôt qu'aggraver leui's souffrances. Le froid amortirait les tourments du feu avant d'être senti en tant que froid, et réciproquement.