‹ Les émotions et la volontéChapitre 24 sur 194 · EFFICACITÉ DE LA ST131ULAT10N · texte numérisé non relu

EFFICACITÉ DE LA ST131ULAT10N

pénibles? Est-ce qu'une année de richesse, de commandement, d'affection, de goûts satisfaits, abaisse le choc original de quatre-vingts à quatre-vingt-dix pour cent, ce qui serait l'annihilation, ou de dix à quinze pour cent ce qui serait hisignilîant ? Et vingt ans auraient-ils un autre effet qu'un an ?

La réunion d'un grand nombre de faits peut seule nous permettre d'évaluer approximativement le degré de diminution des impressions à la suite de répétitions. A cette recherche sont attachées toutes les difficultés que l'on rencontre lorsqu'on veut évaluer quantitativement des états mentaux. C'est un des cas où nous désirerions un nombre d'expériences séparées rapportées par les individus eux-mêmes.

En la soumettant à confirmation ou à correction, je hasarderai cette remarque : un choc agréable ou désagréable déchue d'abord rapidement, puis pendant des semaines, des mois, des années peut-être il diminue presque imperceptiblement. Il n'y a pas de nombre de répétitions qui puisse effacer la différence de sentiments entre un supérieur s'adressant à un inférieur, et vice versa.

4. — La diminution est soumise à des conditions variées que l'on expliquera en détail dans l'examen séparé des différentes émotions. La première de ces conditions est la fréquence de la stimulation. C'est un fait bien connu que la répétition excessive d'un acte lui enlève tout piquant ; il y a cependant dans tout cas un certain degré de répétition possible sans détruire la jouissance. Ce degré dépend des capacités individuelles à sentir un stimulus particulier. Un homme peut aller dans le monde tous les soirs, un autre trouve qu'une fois par semaine c'est assez.

En second lieu, le souvenir persistant de la condition première d'où nous sommes sortis où dans laquelle nous sommes tombés, neutralise la diminution. Une courte maladie dans un espace de dix ans augmente bien peu la conscience de la bénédiction qu'est la santé. Un homme qui n'a expérimenté que très rapidement et superficiellement la privation, le travail, la dépendance, se réjouit moins qu'un autre d'une meilleure fortune, une courte possession efface tous les effets de cette élévation ; au lieu qu'une longue expérience de ces maux profondément sentis, jamais acceptés, jointe à la mémoire du bien et du mal, fera de cette meilleure fortune une jouissance toujours fraîche, et toujours neuve pour l'esprit.

Liiiiië symbolisait ses succès mondains par la plante qui lui avait été dédiée [Linnœa] ; la tige traîne sur le sol longue d'un pied et même plus avant de se dresser dans les airs.

D'un autre côté c'est une des particularités du tempérament sanguin que d'oublier rapidement les souffrances qui sont passées et par conséquent de perdre le soulagement que procure la délivrance. Swift a heureusement caricaturé ce tempérament. Gulliver au retour de chacun de ses périlleux voyages jure toujours de ne jamais recommencer. Cette résolution dure trois mois puis elle s'évanouit. Chez Gulliver seulement il y avait, en outre, l'amour enraciné des aventures qui devait toujours reparaître après un moment de repos.

On peut trouver plus ou moins ces deux conditions dans tous les cas individuels. On peut cependant commettre une erreur à cause d'une loi nouvelle de notre constitution, /a mémoire des plaisirs et des peines passés. Le fait d'avoir senti une fois un grand plaisir ou une grande souffrance a, en vertu de la mémoire, une influence sur le futur, même si notre système ne peut repasser actuellement par ces états passés. On dit qu'un premier amour ne se répète pas deux fois, et cependant le souvenir de cette expérience aura son influence sur toute une vie humaine. En dehors de l'opération de la mémoire ou des associations agréables, nous trouvons une certaine compensation (adéquate ou non, je n'ose me prononcer) à la diminution par répétition dans l'action de la relativité ou dans l'affaiblissement de la sensibilité à mesure que nous avançons en âge. Si ces associations n'existaient pas, la vie serait sans doute une ascension rapide et courte jusqu'au sommet du plaisir suivie d'un déclin irrésistible et régulier. Le seul adoucissement serait que la souffrance (non pas le résultat de nouvelles formes de souffrances) diminuerait aussi en quantité.

5. — Chaque émotion, comme tous les autres sentiments, est soumise au principe de relativité tel qu'il a été expliqué. L'influence d'une manifestation d'affection dépend de la diminution antérieure de l'état actuel, et de même pour tous nos sentiments. Mais il y a quelques émotions dont la cause objective est une circonstance purement relative, l'étonnement par exemple. Pour que cette émotion naisse il n'est pas seulement nécessaire que l'esprit ait été dans un état de travail routinier, il faut encore qu'il y ait eu dans le monde

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