EFFICACITÉ DE LA STIMULATION
extérieur quelque brusque déviation à l'habitude régnante, à la coutume. Notre disposition mentale serait-elle aussi bonne que possible, le choc émotionnel ne se produirait pas s'il n'y avait pas à l'extérieur quelque passage brusque d'une circonstance ordinaire à une circonstance extraordinaire. Nous devons donc appliquer à ces émotions le nom di émotions de relativité. Les principales sont : la nouveauté, l'étonnement, la puissance, la liberté. On en donnera ici un aperçu, en réservant des développements plus complets pour plus tard.
La nouveauté n'est pas à proprement parler une espèce d'émotion, elle exprime plutôt la force supérieure de tous stimulants au moment où ils se produisent. Sa valeur est mesurée par la diminution produite suivant la loi d'accommodement quelle que soit l'estimation de cette diminution.
C'est dans la jeunesse, alors que les sensations sont nouvelles, qu'on réalise les plaisirs attachés à la nouveauté. L'initiation de l'enfant à tous les plaisirs des sens, est un moment rempli de jouissances. Les nouvelles émotions de la puberté sont parfois accablantes dans leur fraîcheur. Quand les sensations premières sont connues, le charme de la nouveauté n'appartient plus qu'à des combinaisons variées, et sous cette forme on peut en jouir, quoique avec une force toujours diminuante, jusquà la fin de la vie. De nouveaux tableaux, de nouveaux objets, de nouvelles personnes, de nouveaux aspects dans la vie, voilà ce qui fait le charme des voyages. La vie active et les pages d'histoire fournissent la nouveauté d'accidents et d'événements. Les inventions dans les arts, les découvertes dans la science ont le charme initial de la nouveauté aussi bien que l'intérêt de l'utilité permanente. Dans les Beaux- Arts qui ont pour but le plaisir, on attend vivement les effets puissants de la nouveauté; on demande à l'artiste d'agréables surprises ; la beauté doit être rehaussée par l'originalité; la passion du changement si elle n'est pas contrôlée conduit à la fin à la décadence. Enfin dans la mode plus qu'ailleurs la nouveauté est nécessaire. A travers tous ces faits une seule règle prédomine. Plus grande est la nouveauté, plus grand est le plaisir.
Pour tout ceci il y a un côté obvers. La nouveauté dans la souffrance produit la même augmentation. Nos premières rencontres avec les souffrances des sens sont nos plus douloureuses expériences. Quelle que soit la différence que pro- Bain. — Émotions et Volonté. G
82 ÉMOTIONS DE BELATIYITÉ
vuque rendurcissement de la sensibilité, la différence dans cette première expérience représente l'augmentation de l'inusité, ou de la nouveauté. C'est le plus mauvais côté de nos jeunes années. Des irritations à peine senties par l'homme âgé, sont très déconcertantes pour l'inexpérience.
7. — Après la nouveauté au sens absolu du mot, vient la variété. Celle-ci est l'effet de l'intervalle plus ou moins long qui se passe entre l'action d'un stimulus ; plus cet intervalle est long plus l'émotion revient avec force. Après une longue privation, un plaisir peut renaître avec son charme primitif (l). La perfection de la jouissance est entre la répétition fréquente qui use ce plaisir et la privation qui laisse un vide pénible. Notre bonheur dépend du retour périodique de plaisirs familiers; beaucoup d'entre nous voient ce retour venir souvent, pendant que quelques favorisés de la fortune ont à leur disposition une plus grande variété de plaisirs.
Le retour à longs intervalles de souffrances est de même soumis à notre loi. Et la sérénité de l'homme d'affaires en face des oppositions, des vicissitudes, des abus est en partie due, pas entièrement pourtant, à leur fréquence.
8. — L'extrême opposé de la nouveauté et de la variété est la monotonie. C'est un mode particuHer d'une sensibilité pénible dépendant de l'épuisement de nos organes par la stimulation, et qui dépasse le point où la nouveauté et la variété perdent leur pouvoir, pour arriver à une positive souffrance. Le poète parle de la « triste satiété de l'amour ». Le langage ordinaire a créé pour peindre la situation, ce mot expressif « assommant » [bore).
Le corrélatif de la monotonie est l'ennui, qui n'est probablement que le manque des stimulants que le système général est prêt à supporter, et qui laissent à leur place le trouble d'esprit et le désir. Les Juifs sentaient l'ennui à Babylone. C'est l'état particulier de tous ceux qui ont joui de plaisirs très grands, très variés, puis qui en ont été brusquement privés.
L'espèce d'ennui le plus profond est celui qui suit un épuisement général de la sensibilité quand les plaisirs usuels
(1) La visite trois fois renouvelée dans l'année des Juifs à Jérusalem donne une onction que nous ne pouvons comprendre au psaume : « J'étais heureux quand ils me disaient, entrons dans la maison du Seigneur. » — Le pionnier américain voit arriver avec une extase toute orientale « l'occasion >• de faire une partie en société.