‹ Les émotions et la volontéChapitre 34 sur 194 · DIVERSES SORTES D EMOTION TENDRE · texte numérisé non relu

DIVERSES SORTES D EMOTION TENDRE

Lintérêt social.

10. — Voici le sentiment que l'on a supposé naître de la situation grégaire, de la vie de commune égalité. Nous pouvons prendre pour type la Fraternité.

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Un total considérable d'intérêts, de jouissances sociales est sans aucun rapport avec le sentiment sexuel ou le sentiment paternel; et l'on doit ranger à part les objets ouïes stimulants de cet intérêt, de ces jouissances.

La situation grégaire, telle que nous l'avons déjà décrite, suppose l'aide ou la protection mutuelle, et la conscience du gain, du bénéfice qu'il y a à vivre en société. On doit encore supposer, comme base de l'intérêt social persistant, auss bien que des autres plaisirs acquis, ce fait : le sentiment agréable du bénéfice reçu fait que l'individu considère celui qui le donne avec plaisir. Sans cette supposition fondamentale, il est impossible d'assigner une origine à l'intérêt social, ainsi qu'à la joie artificielle que donne la propriété ou la liberté. Il doit y avoir un degré suffisant de persistance mentale pour qu'on retienne le sentiment agréable des premières satisfactions, et pour les accoupler jusqu'à un certain point à l'image du donataire ou du protecteur. C'est de la même manière qu'on a dû arriver aux associations de sentiment agréable avec les sources inanimées du plaisir, avec le ruisseau où l'eau n'a jamais manqué, avec les localités où la nourriture a toujours été abondante.

11. — Nous devons encore expliquer la supériorité de ces associations agréables lorsqu'elles sont contractées avec d'autres créatures qui sentent. Pourquoi ressentir un sentiment plus vif pour une créature semblable à moi que pour une fontaine perpétuelle ? Cela doit être parce qu'il y a une source de plaisir dans les relations avec les autres créatures qui sentent en outre et au-dessus de l'aide qu'elles peuvent nous donner pour obtenir les nécessités de la vie. Pour expliquer ceci je ne puis qu'invoquer le plaisir premier et indépendant de l'embrassement animal.

Là, comme je l'ai déjà dit, il y a une jouissance qui entre pour une grande part dans le total des plaisirs bumains. Même dans sa forme primitive, c'est-à-dire avant d'être augmentée parles associations postérieures, cette jouissance est réelle et très grande.

Les créatures qui sentent, peuvent se sentir attirées l'une vers l'autre par cela seul. C'est l'élément de la sociabilité dans les familles solitaires ; il fait que les individus s'intéressent fraternellement les uns aux autres, sans la coopération grégaire et si seulement il peut ne pas y avoir rivalité. La

DIVERSES SOUTES d'ÉMOTION TKNDUK I .?'.)

>;ilLiiiiiuii i;régciii'(3 ajoutée à la toiidresse iiiutuelle fondée sur reinbrassenient, élève rintérêt social de la fraternité à son point le plus haut ; dans ce cas, cet intérêt a une grande puissance sur l'esprit animal, il n'est pas inférieur à l'intérêt de la subsistance, et ne le cède qu'aux attraits spéciaux de sexe ou de maternité quand ceux-ci sont pleinement développés.

1*2. — Jusqu'à présent nous n'avons considéré que le plaisir de recevoir des bienfaits. Nous devons maintenant expliquer le plaisir de donner. D'après notre point de départ, puisque recevoir est un plaisir, donner devrait être une peine, car c'est une perte pour le donataire. Il en est souvent ainsi et voilà une difficulté que nous devrons résoudre.

Revenons à la situation grégaire et considérons ses meilleurs résultats, ceux qui font par la coopération mutuelle, que chacun bénéficie, que personne ne perd plus qu'un autre, que toutes les associations tendent au même but; chaque membre de la société regarde alors son voisin comme un aide et non comme un fardeau. C'est le cas ordinaire de l'intérêt fraternel : le plaisir de donner n'a pas alors besoin d'exister. Comment donc est-il né, comment est-il arrivé au point où nous le trouvons ? Probablement c'est une acquisi. tion lente peut-être difficile et qui ne vient pas seulement de la fraternité ; en somme, même dans les races humaines à leurs meilleurs moments ce plaisir n'existe pas en grande quantité. Nous pouvons concevoir qu'il naisse de la découverte que donner est la condition de recevoir. Puis nous pouvons l'associer au plaisir social naturel, l'embrassement de l'amour. Chaque créature est disposée à donner quel(|ue chose pour ce plaisir, même lorsqu'il n'est que paternel. Le don d'un certain total de bénéfice matériel est la condition de l'embrassement donné de tout cœur en réponse, la possession complète de la joie primitive. En l'absence de ces conditions le plaisir de donner qui est nécessaire pour compléter l'intérêt social, est un bien maigre sentiment, nous ne le savons que trop, dans les êtres semblables à nous.

Dans la théorie idéale des relations sociales, chacun a l'occasion de recevoir du bien des autres et chacun a celle d'en faire sans un trop grand effort; voilà le maximum de l'intérêt fraternel. Quelle serait la force de l'élément de satisfaction humaine qui en sortirait, personne ne peut en juger. Les sys-

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tèmes communistes doivent leurs plus grands attraits à la haute estime dans laquelle on tient cet idéal.

13. — Nous devons encore mentionner comme objets ou stimulants de l'intérêt social, tous les signes et accompagnements de l'intérêt et de l'affection. L'expression souriante, la conduite qui annonce la bonté, et tout ce qui est l'indice d'actes amis éveille l'intérêt fraternel.

Si, indépendamment de la personnalité, un être sentant a quelques charmes touchants, de ceux qui dans le monde de la matière morte donneraient du plaisir, c'est autant de gagné. Une voix douce, des couleurs brillantes, des odeurs agréables s'ajoutent aux autres attraits personnels. Il y aurait là une jolie étude à faire pour déterminer si quelques-unes des beautés les plus caractéristiques de la personne, celles par exemple des yeux, des cheveux, de la peau, des dents, ne sont pas augmentées et même formées par des associations personnelles.

Les formes rondes peuvent faire naître un plaisir primitif, mais ce plaisir est probablement bien développé par le souvenir de l'embrassement. Le cas où il ne s'agit que de la simple mélodie des sons prouve que tous les charmes des personnalités vivantes ne sont pas formés d'associations; nous sommes sûrs qu'un son doux est agréable en lui-même, et nous pouvons tracer une hgne entre les effets primitifs et les effets d'emprunt du son.

14. — Nous verrons bientôt la transformation de l'embrassement en d'autres formes de réponse sympathique. Rendre des regards, se faire l'écho de sentiments exprimés, agir à l'unisson, tout cela étend la sphère de la tendresse, et raffine ses plaisirs. Les manifestations de l'amitié sont peu nombreuses ; on se donne une poignée de main, on se prend par le bras, voilà tout et cependant ces manifestations ont une grande valeur.

Voilà les principaux objets, stimulants ou causes de la tendresse en tant que fraternité ou intérêt social. J'ai réservé pour la suite non-seulement les sentiments de sexe, mais aussi les plaisirs de la bienveillance en tant que fondés sur la pitié pour le malheur ou la faiblesse. Ces deux grands stimulants contribuent à former le grand agrégat de l'intérêt personnel.

A la présence des objets de l'émotion, il faut ajouter l'ab-

SEXE t3l

seiice des influences opposantes venant des passions hostiles.

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