CHAGRIN
28. — Les souffrances infligées aux êtres humains à travers leurs sentiments tendres sont de degrés différents, depuis la tristesse douce qui accompagne une courte absence, jusqu'au chagrin accablant qu'on ressent en face d'une tombe qui vient de se fermer. Elles sont aussi variées que les maladies qui peuvent atteindre tous ceux que nous aimons. On peut les diviser en deux classes principales: d'un côté sont nos propres pertes causées par l'absence de ceux que nous aimons, de l'autre est la part que nous prenons dans les malheurs qui leur arrivent : voilà les deux côtés où nous sommes vulnérables à cause de nos affections.
Pour ce qui regarde le premier cas, la privation de ce à quoi nous étions attachés, notre souffrance est d'autant plus profonde et intense que nous étions plus attachés et que l'objet de cet attachement nous procurait plus de jouissances. Quand l'objet de notre affection est arrivé à former un élément principal du bonheur de notre vie, la perte de cet objet provoque une réaction de peines et de souffrances, qui charge d'amertume la coupe que nous devons boire jusqu'à la lie. C'est l'effet que produit toujours la souffrance qui suit une perte sévère ou les grands désappointements. L'impossibilité d'accomplir une vengeance longtemps méditée, une insulte faite à la dignité personnelle, le naufrage de quelques espérances chéries, des pertes pécuniaires, un désappointement causé par une personne sur laquelle notre cœur comptait, la chute d'un soutien habituel, tout cela mène à un conflit mental intense, qui constitue une des plus sévères souffrances humaines. Une grande classe