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CARACTERES DE LA CRAINTE

3. — Après cette discussion préparatoire résumons méthodiquement les caractères de la crainte.

Côté physique. — Les signes évidents et habituels de la peur comprennent un dérangement organique, une détente musculaire accompagnés de violents efforts faits dans des directions particulières. Le résultat total est une perte de puissance; mais il y a augmentation de tension des yeux, de la voix, et un effort violent pour échapper au danger.

Ainsi, d'un côté affaissement physique accompagnant une souffrance générale, et de l'autre côté volition intense, excitante, inspirée par le désir d'échapper au danger. C'est l'état précis où les fonctions organiques souffrent le plus, chacune d'entre elles peut être affaiblie (1). De même tous les muscles

(1) La suppression de la salive est un bon exemple de l'affaiblissement des fonctions organiques. C'est sur cette circonstance qu'est fondée une coutume de l'Inde qui consiste à faire mordre du riz, aux criminels soupçonnés. L'accusé est forcé de prendre une bouchée de riz puis de

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qui ne sont pas expressément stimulés montrent du relâchement.

Le tremblement de la peur est dû à l'intermittence du motor stimulus des muscles.

\. — Coté mental. — Le caractère général de l'état mental de la crainte est une souffrance répandue à toute la masse, une dépression générale. Nous donnons à cet état les noms figuratifs les plus forts : mélancolie, humeur noire, désespoir.

Le total des plaisirs absorbés par la crainte ou pour revenir à notre état normal, confirme la valeur élevée des souffrances que fait naitre la terreur à tout degré un peu prononcé.

Pour ce qui regarde la volition, nous avons déjà fait remarquer l'activité qu'excite l'idée d'échapper au danger. Si le moyen de fuir est défini, il y a concentration de l'énergie pour employer ce moyen. Mais les cas les plus affreux de la crainte sont ceux où les chemins de la fuite ne sont pas ouverts, il y a alors imitation stérile et pénible de l'activité volontaire. Dans les cas extrêmes, lorsque le danger se combine avec l'incertitude, il y a même paralysie de l'activité.

L'augmentation dans la fixité du regard fait partie de l'effort volontaire. Une vigilance intense doit accompagner nos efforts pour éviter la cause du mal.

Le cri de la peur, suivant la théorie de Darwin sur l'emploi original de la voix, serait poussé pour demander aide. Il est en réalité lancé en partie inconsciemment, par habitude, en partie consciemment parce que nous savons qu'il peut nous procurer du secours. Il n'y a rien de particulier à l'émotion de la crainte dans l'émission de cris ; cet effet est un de ceux qui accompagnent toujours les grandes souffrances.

Les aspects intellectuels de la terreur sont en rapport avec ses autres caractères. Les objets d'alarme ont au plu& haut degré la faculté d'impressionner l'esprit. Un des effets de la souffrance aiguë est en général d'activer la mémoire. Lorsqu'on fouette les garçons sur une hgne servant de limite, c'est pour mieux graver chez eux le souvenir des bornes de

la rejeter. Si le riz est sec, l'accusé est reconnu coupable, la conscience qu'il a de sa faute paralysant les organes salivaires. 11 n'est pas besoin de faire remarquer que voilà un effet de la peur qui, comme la rougeur, pourrait faire condamner un innocent aussi bien qu'un coupable.

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propriété. Mais le trouble de la crainte, son excitation des facultés de perception, font sur l'esprit une marque plus indélébile que toutes les corrections corporelles. Je me rappelle une personne dont la maison avait brûlé, et qui était restée très sensible à l'odeur du bois brûlé.

Dans la crainte nous voyons le cas extrême de 1' « idée fixée » ou l'influence des sentiments sur la conduite par l'intermédiaire des séries intellectuelles. Ce n'est pas l'action régulière de la volonté nous faisant éviter la souffrance et chercher le plaisir, mais l'action qui vient de la persistance croissante d'une idée qui cache la vue des conséquences généralement, et détourne de tout calcul rationnel. Quand un homme est profondément effrayé, il ne commande pas à son intelligence. Les formes mineures de la crainte : l'anxiété, l'attention, le souci, excitent les facultés de l'esprit et écartent toutes les impressions étrangères. L'homme pauvre dont le pain de chaque jour n'est jamais assuré, la mère de nombreux enfants, le commerçant engagé dans des spéculations variées, ne sont pas aptes à recevoir une culture libérale ou à faire de nombreuses acquisitions mentales.

L'influence de la crainte sur la croyance affecte, d'après ses caractéristiques, comme passion déprimante ; la crainte s'empare de l'inteUigence et l'obscurcit. La prostration mentale quelle que soit son origine, est une défiance exagérée envers le bien, une attente constante du mal ; une idée dont on ne peut se débarrasser paraît bientôt pour un temps, être la représentation exacte des faits.

5. — Il estnécessaire d'appuyerunpeuplus sur lacause, l'occasion qui produit la terreur, décrite comme appréhension de la souffrance ou du malheur à venir. La souffrance actuelle ou présente non couplée avec l'anticipation ne semble pas donner naissance à la crainte. Une souffrance présente considérée comme avant-courem^ de quelque chose de pire, est ce qu'il y a de plus efficace pour produire la terreur; c'est l'appréhension sous sa forme la plus impressionnante. Un mal arrivant, certain, d'une intensité connue, est aussi l'occasion d'alarmes, mais comme favorable au jeu des influences neutralisantes, ce n'est pas le plus mauvais cas qu'on puisse concevoir. C'est le moment de faire preuve de force d'âme, de faire appel à la résignation. L'esprit d'une mère n'est pas troublé par l'attente de la naissance de l'en-

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