‹ Les émotions et la volontéChapitre 47 sur 194 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

1 . — Voilà le second membre du grand couple antithétique qui, à côté des sensations collectives, prédomine parmi les sources des plaisirs et des souffrances humaines.

Dans le chapitre consacré à l'évolution, on a examiné les caractères de l'émotion de la colère comme la dérivation supposée du côté carnassier de la vie animale. L'hypothèse semblait rendre compte de toutes les phases de l'émotion excepté de la dernière elle-même. La nécessité de vivre d'une proie impliquerait un intérêt agréable pris dans l'acte de détruire une autre créature, dans tous les symptômes de faiblesse, de mort prochaine. L'intérêt ne se bornerait pas aux associations avec la nourriture obtenue, mais à des associations non moins puissantes avec le sentiment qu'on n'est pas devenu la proie d'un autre animal. Les animaux cherchent, tuent leurs inférieurs et combattent leurs égaux avec des chances diverses. Ils peuvent donc ressentir ce joyeux sentiment qui naît lorsqu'on a évité une lutte douteuse, et qui est d'autant plus fort qu'il est lié à l'émotion spéciale de la cramte et en outre aux sensibilités premières de la souffrance. Cette réaction à la suite d'une frayeur est une source réelle de jouissance, elle ajoute un facteur considérable au total de plaisir.

Nous devons cependant rendre compte de la condition caractéristique de la colère, le désir d'infliger une souffrance à celui qui nous a fait souffrir, le plaisir pris dans la contemplation de la misère, de la souffrance d'un ennemi. Ceci est surtout l'émotion sous une forme humaine. Les animaux infé-

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rieurs sont trop peu versés dans l'étude des faits subjectifs pour apprécier au lur'me degré toutes les circonstances. Ils connaissent ce qui va souffrir, ils connaissent quelques-uns des signes de la souifrance, les cris surtout, et dans le même troupeau viennent au secours de ceux qui donnent un signal de détresse. Ils connaissent même le lien qui existe entre un sentiment et ses manifestations. Appliquant leur savoir à leurs victimes, à leurs rivaux abattus, on peut supposer qu'ils déduisent des indications de souffrance que la lutte va cesser, qu'ils ont une proie assurée, qu'ils se sont débarrassés d'un ennemi dangereux. Ils s'intéressent peut-être dans le simple fait de la souffrance, ils peuvent acquérir même du plaisir dans la vue de la peine , à travers ces connexions avec des fins plus pressantes citées ci-dessus. Il est cependant probable que cet intérêt va rarement au-delà des signes distincts d'agonie qui présagent une mort prochaine.

2. — Ainsi la colère, avec son caractère humain est le plaisir d'infliger un mal à des créatures qui sentent, qui ont pu avoir l'occasion de nous faire souffrir.

Quand quelque cause visible nous a fait souffrir, notre premier mouvement est un effort volontaire pour nous en délivrer. Le déploiement de la volonté est, d'après toutes les théories de l'esprit, le ressort, la ressource fondamentale dans l'apparition de la souffrance. D'autres effets peuvent se produire, ils sont ce que nous appelons émotionnels, ce sont le chagrin, la terreur. Ils réduisent à néant les énergies volontaires ; si un homme est capable de surmonter une peine par l'emploi de ses énergies volontaires, il ne se laissera pas aller au chagrin, ne succombera pas à la peur; enfin il y a un troisième moyen de réagir contre l'abattement et un moyen émotionnel, c'est la colère. Celle-ci ne suppose pas l'anéantissement de la volonté ; elle s'accorde parfaitement •I vec la pleine activité volontan*e. Si la cause de la souffrance est une personne, la volonté neutrahse l'action de cette personne. L'émotion de la colère va plus loin, et nous demande d'enfoncer notre aiguillon dans les sensibilités de la cause de notre malheur. Ainsi, pour trouver un remède aux peines que nous infligent les autres créatures, notre activité volontaire semble s'unir à notre colère. Nous pouvons dépenser de l'activité sans colère, mais la colère suppose de l'activité.

3 . — Le côté physique de la colère explique le caractère de l'émotion.

1" L'excitation du système en général, des organes actifs en particulier, est la première indication d'une manifestation de colère. Ceci cependant n'est qu'une tendance à l'énergie volontaire, qui ne prouverait rien sinon la présence d'une nécessité d'effort. Un homme peut être vivement engagé à agir sans être en colère ; mais nous savons que l'addition de la colère fait que l'excitation et l'activité volontaire sont plus fortes que si elle n'existait pas.

M. Darwin considère que l'excès d'activité est un des caractéristiques de la rage. L'action du cœur est vivement accélérée et même troublée ainsi qu'il arrive toutes les fois que nous faisons quelque grand effort volontaire. « Le cerveau excité donne des forces aux muscles et en même temps de l'énergie à la volonté. » Dans un cas rapporté par le D"" Harley, un enfant affecté d'une activité morbide des centres moteurs, déployait une violence extraordinaire de tempérament qui se calmait lorsqu'on trouvait des remèdes pour affaiblir l'excitation active.

Nous ne devons pas être surpris qu'une grande excitabilité, même lorsqu'elle n'est pas limitée à un point plutôt qu'à un autre, soit accompagnée d'un caractère irritable ; car bien que l'excitation ait pu être générale d'abord, elle se localise facilement; une provocation à la colère ajustement la propriété de la localiser. Une grande facilité d'excitation se montre dans le tempérament sous d'autres formes. C'est ainsi qu'on dit d'une personne irascible d'une façon ordinaire, mais très excitable, qu'elle a un caractère vif. En même temps que se calme l'excitation, l'accès de colère tombe aussi.

2'' L'expression de la colère qu'on doit ensuite examiner, sont les manifestations qui correspondent à l'activité destructive. C'est le côté de la question qui se prête le mieux à l'hypothèse de l'évolution d'après M. Spencer : « La passion destructive se manifeste par une tension générale du système musculaire, par le grincement des dents, la proéminence des griffes, la dilatation des yeux, des narines, les grondements ; et tout cela n'est que la moindre partie de toutes les actions qui accompagnent le meurtre de la proie. » « Ce que nous appelons le langage naturel de la colère, est dû à une contraction

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