MANIFESTATIONS DE LA PUISSANCE
effort renfermé dans les limites de l'exercice agréable, nous jouissons do la plus grande des satisfactions que puisse procurer la forme la plus simple du sentiment du pouvoir. Cette jouissance n'est cependant que le sentiment qu'on est délivré d'une grande masse de souffrances physiques, avec lesquelles est nécessairement liée l'idée d'autres privations qui nous transportent dans les régions lointaines de la sensibilité. Le laboureur avec ses rudes travaux, s'il est doté d'une situation aisée éprouvera plus qu'un soulagement physique musculaire; il jouira, en outre, du sentiment que toutes ces améUorations sont stables, et peut-être du luxe de se sentir supérieur à quelque rival envieux.
Une locomotion facile comparée à la marche à pied pénible, la faculté de commander à des instruments de mouvement ou aux animaux et aux forces physiques, tout cela supprime la fatigue musculaire. On éprouve un sentiment de soulagement et de reconnaissance pour les armes à longue portée qui étendent notre puissance en frappant au loin.
6. — Si la puissance est ainsi une émotion dérivée ou composée, ses manifestations au point de vue physique ne seront pas nouvelles. Liée avec la propriété et avec la délivrance du travail et de privations désagréables des sens, son expression est joyeuse, débordante même, sans autres caractéristiques spécifiques. Sous son aspect qui la rapproche le plus de la colère, l'exercice malveillant du pouvoir, l'expression est correspondante et nous l'avons déjà décrite dans la colère.
La contenance raide et altière d'un homme conscient de la supériorité de son pouvoir est une preuve de l'effet excitant et satisfaisant de la situation et de son alliance avec la mise en oeuvre d'une activité qui contraste non seulement avec la faiblesse, mais encore avec l'inaction de l'amour.
Le succès dans une lutte entre deux forces et la défaite de l'ennemi sont des causes spécifiques de vire. La seule raison que l'on puisse donner de cet effet, c'est qu'après un grand effort d'activité nous avons besoin de lâcher la vapeur ; c'est ce qui produit l'éclat de rire spasmodique. Par une association très longue devenant peut-être une transmission héréditaire, le rire s'est si bien lié au pouvoir, à la possession, à la victoire, qu'il est devenu le mode de donner cours aux plaisirs aigus en général; en même temps, à cause des
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mêmes associations, c'est une de nos plus grandes souffrances que de voir qu'on rit de nous.
7. — C'est seulement par intervalle que nous jouissons du pouvoir en exercice actuellement. C'est par extension idéale qu'il occupe une plus grande place dans notre esprit. Le souvenir du passé, l'anticipation de l'avenir, la conception du possible augmentent dix et vingt fois les douceurs du pouvoir. Les signes de puissance, les conditions environnantes, sont presque toujours présents au possesseur et de quelque façon dont il en jouisse dans l'idéal, ce sont toujours de puissants stimulants.
Cependant si la jouissance était limitée au possesseur actuel, les plaisirs du pouvoir auraient une action très bornée ; voir ce pouvoir chez une personne, c'est souvent l'indice qu'on trouvera la servitude chez beaucoup d'autres. Mais l'émotion de la puissance est de celles qui peuvent être idéalisées sans possession actuelle ; elle étend ainsi son domaine et devient, quoique sous une forme plus faible, un plaisir universel.
La possession pour soi-même d'une grande force physique est si agréable, que nous jouissons de la vue d'un homme vigoureux, aux mouvements musculaires faciles et puissants. Il semble que la contemplation en idée d'une telle vigueur nous élève pour un instant au même degré de puissance. Et cela est si réel, que nous nous arrêtons devant un homme aux forces physiques puissantes, et qui surpasse tous ses compagnons dans ses exercices musculaires. C'est sur cette tendance qu'étaient fondées des institutions comme les jeux grecs ; c'est un témoignage important de la fascination qu'exerce la puissance, même en idée. Une telle fascination doit être faite d'éléments d'une importance notable ; il doit y entrer les plaisirs les plus choisis des sens, les exemptions de souffrances ; les deux grandes sources émotionnelles , l'amour et la malveillance doivent apporter leur contribution. Nous avons déjà vu qu'au delà de l'exercice agréable, H y aune réaction délicieuse. Nous pouvons imaginer quelle puissance de protectorat est enfermée dans une grande personnahté; et nous sommes également frappés, peut-être plus, de la malveillance efficace que peut enfermer un tel être. Tous ces courants de sentiment idéal se réunissent pour former le plus grand charme de la contemplation de la puis-