MANIFESTATIONS DE LA PUISSANCE
sance. Quand une tribu élit pour chef son membre le plus fort physiquement, et lui obéit à cause de cela, les sentiments de respect et de loyauté sont faits de ces éléments divers ; et nous ne sommes pas surpris d'apprendre que les vainqueurs des jeux olympiques devenaient souvent à leur retour les chefs et môme les despotes de leurs cités.
8. — Tous les signes, les apparences, les conditions extérieures du pouvoir ont de l'intérêt pour celui qui l'observe. L'apparence de la force attire d'abord l'attention sur la personnalité ; puis, viennent les effets ou résultats de la force, les travaux, les changements qu'elle accomplit. Une digue massive opposée à la fureur des flots, un arbre gigantesque qui a survécu à d'innombrables orages, les lignes des Terres VedraS) remplissent notre esprit du sentiment de la puissance en tant que résistance. Mais, en ce qui concerne la nature extérieure, ce qui nous impressionne le plus, ce sont les agents moteurs eux-mêmes, parce que ce sont ceux qui ressemblent le plus à l'homme actif : tels sont les mers, les fleuves, les chutes d'eau, les irruptions volcaniques, et jusqu'à un certain point, les vents que nous ne pouvons pas voir mais que nous pouvons concevoir en mouvement.
9. — Le pouvoir, la fortune produisent souvent l'envie ou la crainte d'en être victime. Il y a dans l'humanité une servilité naturelle, rejeton de la faiblesse, et qui se manifeste inégalement dans les races et les individus ; elle a pour résultat une sorte de culte pour le pouvoir qui est une protection. La foule renonce comme à une impossibilité à imposer son pouvoir et se met à l'abri sous le pouvoir d'un homme qui prend tous les risques.
Cette disposition à vivre de la grandeur d'une autre personne, à se résigner à une position inférieure et à la soumission, à renoncer à la lutte pour les grands prix du monde, a son côté ignoble lorsqu'elle ne cherche que l'aisance et le confort physique ; elle a son côté plus noble lorsqu'on la retrouve dans Famour, le dévouement que montre souvent le faible pour le fort, exigeant en retour amour et protection. Enfin, dans d'autres cas elle prouve la faculté qu'a l'esprit de prendre un intérêt soutenu à la grandeur idéale ou contemplée.
Toutes ces formes de manifestation du pouvoir impressionnent l'observateur suivant qu'il est capable d'en com- Bain. — Émotions et Volonté. 13
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prendre les effets sans être repoussé par la rivalité ou la crainte. L'admiration pour la puissance morale, pour la renonciation ascétique de soi-même a toujours eu un grand charme pour les hommes de tous les âges. Nous nous soumettons plus facilement à cette forme du pouvoir, qu'à toutes les autres. Nous y voyons un moyen de résoudre les plus grandes difficultés de la vie, de concilier des aspirations opposées. C'est ainsi que nous approuvons un idéal éthique sévère, qui implique le renoncement de soi-même, et que nous sommes en quelque sorte contraints de l'adopter pour nous-mêmes.