MUSIQUE
ration souvent si pénible que peu de personnes seulement ont le courage d'aller au-delà. Ensuite la vérité n'est pas une cause de plaisir sans mélange, pas plus que la médecine ou la chirugie , et le plaisir n'est pas son but immédiat. Toutes les vérités qui ne sont pas soumises à ces deux conditions qui les déprécient, sont les bienvenues auprès de l'artiste ou auprès du pourvoyeur de nos plaisirs. Les découvertes de la science les plus intelligibles et les plus populaires, se répandent par la lecture du soir, le journal, le livre du jour, la comparaison explicative qu'emploie le poète , et l'idée de la vérité est ainsi entretenue avec un plus grand respect, si l'on a épargné à l'esprit les travaux et les exemples pénibles. Mais il est évident que la connaissance scientifique dépasse la sphère de l'art autant qu'une forme éminemment artistique dépasse la sphère de la science. S'il en était autrement, quelle force cela nous donnerait ; si ce qui nous fait connaître et acquérir la certitude était d'une compréhension facile et était la source de grands plaisirs, bien des peines nous seraient épargnées ; et nous aurions fait bien des progrès dans le chemin qui conduit au bonheur et à la sécurité de la vie (1).
12. — Les coiJibinsiisons du soji. — La inusique. — La partie considérable de l'art qu'on appelle la musique est fondée sur les sensations de l'ouïe, de même le discours si on l'envisage comme ensemble de sons.
J'ai déjà fait allusion aux sensations élémentaires que donne le son agréable, il est aujourd'hui démontré, surtout depuis les recherches d'Helmholtz, que ces sensations impliquent harmonie. Depuis qu'on admet qu'une note douce
(1) M. Spencer fait souvent appel à la notion du jeu (play) pour en faire le point de départ des plaisirs esthétiques ; il remarque avec justesse que là où il y a un surplus de vigueur musculaire, après la dépense pour les nécessités de la vie, ce surplus trouvera un emploi dans quelque exercice fictif analogue à la fonction première. Voilà pourtant qui est bien loin de l'art; cette explication conduit à la description du sport, du jeu, mais n'exprime une partie de l'art que lorsque ces exercices ont été idéalisés. On doit aussi observer que l'intérêt du sport tient non seulement à l'exercice de la vigueur des organes actifs, mais encore à l'intensité extraordinaire des émotions de la poursuite, c'est-à-dire des passions destructives et carnassières. Enfin on peut admettre que le surplus de vigueur se gaspille dans l'inaction.
Néanmoins il serait intéressant d'étudier le côté mental des émotions du sport, comme préparation à l'observation des plaisirs esthétiques.
est déjà une harmonie, l'influence des accords musicaux reconnus n'est plus quelque chose d'absolument nouveau, c'est une extension des mêmes procédés harmoniques. Donc, nous considérons maintenant les harmonies simples et les séquences mélodiques comme des effets sejisuels ; l'intelligence n'intervient que plus tard. Pour une oreille délicate, ces premiers effets sont très agréables ; la composition musicale lui fournit en abondance ces premiers effets, les varie ; pendant qu'elle donne en même temps de quoi charmer l'intelhgence.
Le fondement suprême de l'agrément des sons élémentaires est trop insaisissable pour être fixé. Toute sensation normale, avec l'alternation et le degré voulus, est agréable ; et, quand la combinaison ajoute au plaisir, la seule explication qu'on puisse donner, consiste à supposer une concurrence mutuelle qui augmente la conscience sans augmenter la dépense nerveuse.
Nous trouvons que la régularité est une condition essentielle de la sensation agréable ; la note musicale est faite d'une succession de battements égaux en durée. Quand plusieurs notes sont liées par l'harmonie il y a régularité, périodicité , et augmentation d'excitation. Les rapports numériques simples (f, |, |, etc.) expriment les meilleurs accords et à mesure que ces rapports s'éloignent de la simplicité, les effets harmonieux font place à la discor iance qui est en somme pénible.
13. — L'effet musical s'élève d'un degré lorsque commence la jouissance intellectuelle que donne l'unité dans la variété.
C'est ce que M. Sully appelle la beauté de la forme rtiusicale. « Contraste et symétrie, variété et unité, voilà ce qui est commun à toute espèce de beaux objets qu'ils soient naturels ou artistiques ». — « Le développement de la musique peut être regardé comme une expansion graduelle de la forme musicale. Sans doute l'art en progressant a augmenté les sensations distinctes de ton, d'harmonie, grâce surtout à l'élargissement de toute l'échelle, à l'invention d'instruments de différents timbres, et à l'introduction de nouveaux éléments harmoniques et mélodiques. Mais les inventions successives ont agi avec plus de grandeur encore en tendant à une beauté de structure plus élevée, à une nouvelle manière de combiner les éléments musicaux de façon à ce qu'ils pro-