FORME MUSICALE
duisent des jouissances plus grandes grâce à l'appréciation consciente du semblable dans le divers. »
Dans son analyse aussi su])tile qu'originale, M. Sully trouve les traces de l'unité dans la variété à travers toutes les formes diverses que prennent les compositions musicales. Le temps se présente en premier comme un moyen d'unité. Produire une succession de notes toutes égales en durée, c'est donner l'impression la plus simple de l'unité dans la variété. Vient ensuite la succession de notes alternées avec leurs subdivisions. Ceci conduit à ces différentes mesures qui donnent à la musique son caractère rythmique distinctif. L'accent est encore intimement lié au temps. Mais ce qui donne le plus carrière aux effets intellectuels c'est l'élément musical proprement dit, le degré ou la hauteur du son. Un degré défini conduit à des intervalles musicaux définis, c'est-à-dire à des mouvements en haut et en bas de l'échelle musicale. Ces intervalles produisent d'abord l'effet de la simple mélodie, mais lorsqu'ils sont groupés symétriquement ils permettent d'ajouter de nouveaux effets à l'unité dans la variété. Ainsi, par exemple, nous pouvons avoir « le retour de séries ou intervalles mélodiques absolument dans leur ordre primitif, mais avec un élément de variété introduit par les notes subordonnées d'ornement ». — « Nous pouvons trouver une nouvelle forme en transposant un mouvement donné d'un ton dans un autre, par le choix d'une nouvelle note initiale liée à la première. »
Enfin la forme musicale reçoit de l'harmonie une grande extension. Quand l'esprit est capable de discerner des nuances définies d'harmonie, il est préparé à de nouveaux contrastes, à de nouvelles transitions, et par conséquent à de nouvelles formes d'unité dans la variété. Le passage de l'harmonie pure à la dissonance constitue le contraste musical sous sa forme la plus complète, tandis qu'une succession d'accords d'un même caractère harmonique manifeste une certaine unité esthétique.
14. — En troisième lieu ce qui fait lapuissance de la musique c'est Vexpression ou le reflet des émotions humaines La musique n'est pas un art imitatif comme la peinture et la sculpture; elle ne nous ramène pas au monde visible. Mais elle imite les sons de la voix humaine qui sont les signes les plus flexibles et les plus expressifs du sentiment. Nous avons acquis pendant notre vie une grande quantité d'associations
entre les sons et les émotions : et, si l'on accepte l'évolution nous possédons en outre les associations acquises par nos ancêtres. Tous les sons qui se rapprochent de ces associations de son deviennent des moyens d'éveiller les sentiments eux-mêmes. Voici les principaux points de ressemblance directe entre la musique et les sons vocaux naturels : élévation du son, intensité, timbre, changement de degré, intervalle, durée et rapidité, ampleur et faiblesse du son. Nous pouvons encore noter une ressemblance indirecte : une expression heureuse, paisible, tend à prendre une forme agréable à l'oreille.
La musique est capable de représenter la force ou l'intensité émotionnelle ; une passion puissante est exprimée avec les éléments énergiques du son, l'intensité, la rapidité, les écarts entre les intervalles et les durées. La différence entre le plaisir et la souffrance peut être rendue, bien imparfaitement il est vrai, grâce aux associations indirectes mélodiques et harmoniques. Quand le musicien veut exprimer l'énergie de la volonté plutôt que l'émotion il renforce l'accent, s'.élève en degré, et termine avec brusquerie. Quand une série de sons éveille les passions et les énergies humaines, elle suggère , par une illusion naturelle , l'idée d'une âme vivante cachée derrière ces notes, en partie révélée, en partie mystérieuse, et envers laquelle nous sentons naître une sorte de sympathie. Enfin grâce à notre habitude d'entendre et de reconnaître les sons qui émanent du monde visible, nous sommes ramenés par eux aux objets et aux activités visibles. C'est de cette façon que nous sommes conduits à concevoir un ouragan, une bataille, une scène naturelle ; de là des compositions commQ la Symj)honie j^astorale de Beethoven.
C'est au milieu de ces limites qu'imposent les nécessités de la forme musicale que doivent se réaliser les vues souvent on conflit du compositeur. (Je renvoie pour plus de détails aux trois essais de M. Sully sur la Musique).
15. — La mélodie du discours tient à un élément qui. lui est particulier, la facilité de prononciation. L'oreille est affectée par sympathie de la facilité ou de la difficulté de prononciation, puis elle trouve un plaisir indépendant dans la variété (articulée ou musicale) dans le rythme et la régularité, et dans la cadence ou inflexion mélodieuse de la voix. On trou-