HARMONIES DE LA VUE
vera ces détails exposés dans une rhétorique, dans un traité d'élocution. Il n'y a pas ici do nouveau principe esthétique ;\ signaler.
16 — Les harmonies de la vue. — Les eiïets les plus simples sont ici : lumière et ombre, couleurs et leurs contrastes, éclat; mouvements et formes visibles.
La lumière et l'ombre sont agréables à cause de l'alternation du stimulus. La couleur introduit un effet nouveau agréable comme tel. Après avoir regardé un certain temps un paysage campagnard, un ciel coloré nous ravit; qu'elles sont les couleurs en vue, cela importe peu, c'est la variété qui est alors le point important. Pour la même raison le passage d'une couleur à une autre, d'une ombre à une autre, augmente le stimulus ; et, dans une disette d'effets, toute couleur est la bienvenue. C'est ainsi que nous préférons la variété et le plus de variété possible dans les nuances et les teintes, plutôt que de voir toujours vert ou rouge.
Quand nous sommes saturés d'une couleur, c'est pour nous un soulagement que de passer à une autre. C'est ici qu'il faut rappeler la loi de la composition de la lumière qui montre que le stimulus le plus agréable est le complément de n'importe quelle couleur donnée ; complément par lequel nous rétablissons la balance parfaite des couleurs primitives. C'est ainsi que le passage du rouge au vert est meilleur que celui du rouge au jaune ; le vert est formé de jaune et de bleu; et le rouge, le jaune, le bleu sont nécessaires pour épuiser le spectre. Mais jusqu'à ce que l'œil soit fatigué par des couleurs non équiUbrées, le complément du spectre n'est pas une nécessité, quoiqu'il soit un plaisir pour l'œil cultivé.
Il est d'usage de protéger les yeux faibles par des verres bleus ou verts. S'il ne fallait qu'adoucir la lumière en général une teinte sombre suffirait. Mais il semble que les nerfs de la vue trouvent du repos à voir tous les objets revêtus de ces couleurs. C'est une exception au principe du balancement des couleurs d'après leurs proportions dans la lumière blanche. Je ne sais comment on peut expliquer ce fait à moins qu'on invoque l'influence de l'habitude où nous sommes de voir la terre verte et le ciel bleu.
Les simples effets du mouvement et de la forme visibles représentent des plaisirs musculaires. Les formes droites et courbes, leur alternance, les changements de courbure, tous
cela fait appel à la sensibilité musculaire, lorsqu'il y a diversion et alternance.
17. — Les beautés intellectuelles de la vue, la réalisation de l'unité dans la variété sont nombreuses en proportion de la multiplicité des effets visibles. Quand nous avons à ranger un nombre d'objets semblables, nous les plaçons à des intervalles égaux. Nous pouvons même constituer de plus petits groupes à égale distance les uns des autres et subordonner le tout à une forme simple, à un type.
Partout où un objet linéaire est divisé afin de plaire aux yeux, la division doit observer des règles de proportion dont la détermination appartient aux beaux-arts. A l'origine on n'était guidé dans la construction de ces proportions que par l'effet, de même on composait des mélodies pour plaire à l'oreille sans s'occuper des rapports musicaux. C'est dans une période plus avancée que l'on cherche de strictes lois numériques (1).