FORME ET CONTOUR
des dents suggère l'idée de la personnalité. La vue d'une larme éveille un sentiment pathétique. Les apparences qui indiquent une peau douce et lisse font penser à l'embrassement.
20. — L'expression de la forme et du contour estune grande partie de l'esthétique. Après avoir rappelé les plaisirs musculaires des yeux qui ne comptent que pour peu de chose, nous devons noter les associations des formes courbes avec l'aisé, celles des formes droites avec la contrainte, la sévérité. Les objets extérieurs reflètent parfaitement le soulagement après le travail, la fatigue, l'effort, lorsqu'ils cessent. Enfin les membres qui meuvent, étant des leviers fixés par une extrémité, décrivent des courbes lorsqu'ils agissent librement ; faire une ligne droite, cela nécessite un ajustement laborieux des difi'érents membres, et rien qu'en idée, fait naître un sentiment de contrainte pénible. De même une chaîne ou une corde ne peut être maintenue horizontalement sans une tension énorme ; sans cette tension la corde formera une courbe.
Mais dans tout ce qui touche à l'art, l'intérêt de la personnalité est toujours plus fort que tout autre; et le charme suprême du contour courbe est lié à la forme humaine, parce qu'il est approprié à l'amour. Cet intérêt est si profondément enraciné que nous devons penser qu'il est instinctif et héréditaire, tandis que son degré d'intensité dépend de la personne.
Il y a des cas où les lignes droites sont esthétiques. Nous avons déjà vu qu'on pouvait obtenir une série d'effets agréables par leur unité et leur proportionnante, sur des objets et des formes à Hgnes droites. Dans la figure humaine, sous le contour courbe on découvre un certain élément de rigidité, de droite ligne qui indique la force des membres et de l'épine dorsale qui sont les supports de la tête. Là où il faut de la fermeté, il faut aussi une solide structure et alors la rigidité de la forme accompagne souvent la sohdité. Un nez droit, un front uni sont les subsidiaires des mouvements et de la stabilité de la face.
21. — Les dimensions de la largeur et de la hauteur sont déterminées par une condition souveraine; il faut que les objets puissent résister à la force de gravité ; voilà des éléments nouveaux le poids, la pression, le soutien, le support, introduits. Nous sommes si absolument soumis à cette force, et si occupés pour la neutraKser, que dans toutes les occa-
sions où cela est nécessaire, notre premier soin est de nous pourvoir d'un appui suffisant. L'expérience apprend vite à l'enfant que l'on porte encore, le mal qui résulte de la suppression des bras qui le soutiennent ; la peur de tomber se manifeste de si bonne beure que généralement on dit qu'elle est instinctive. Et nous n'avons pas besoin d'autre explication que celle que nous donnent les coups, les blessures que nous recevons, les cbutes, les pertes que nous faisons lorsque nous manquons de stabilité. Nous arrivons à être sur ce chapitre d'une telle inquiétude, que la seule apparence, la seule idée de l'instable nous fait appréhender une chute. De là, notre désir de voir tout ce qui nous entoure remplir les conditions qui assurent comme nous l'avons appris par expérience, la stabiHté. Nous savons que de solides fondations, une large base, une charpente épaisse sont les seules sauvegardes contre une gravitation qui nous écraserait, et c'est une vraie souffrance que de les voir manquer. La pyramide est la forme qui remplit le mieux ces conditions. Le mur en pente place plus bas le centre de gravité et rend la construction très difficile à renverser. Le mur droit est moins stable et demande des expédients que ne nécessitent pas l'autre: il ne doit pas être conduit trop haut, les matériaux doivent être suffisants comme force, poids, ténacité afin de permettre que la base soit étroite. Les murs d'une maison liés par des solives et un toit ne sont pas dans la même situation ; le volume total de la construction forme comme une seule masse et la stabilité est très grande. Un effet semblable est produit quand une rangée de pilliers est surmontée d'une poutre qui forme fronton.
22. — En même temps que les édifices solides sur leurs bases satisfont l'esprit et donnent le sentiment agréable d'une résistance suffisante et même excessive à la pression de la gravité, un autre motif joue encore pour modifier les formes des constructions sohdes, c'est le désir de voir de grands effets produits par la plus petite dépense possible de moyens, et avec une apparente facilité de la part de l'agent. C'est là un des côtés de l'amour du pouvoir qui est satisfait lorsque de petits efforts opèrent de grands changements ou produisent de grands effets. Nous pouvons considérer les pyramides comme des œuvres énormes, pesantes, singulières, disgracieuses, quand nous considérons seulement de quelle façon