‹ Les émotions et la volontéChapitre 69 sur 194 · LA FORME HUMAINE · texte numérisé non relu

LA FORME HUMAINE

priétés ; la bête de proie, la vermine destructive, l'animal dont les dents sont acérées, ou celai qui est venimeux, sont nos ennemis naturels et nous les détestons comme tels. D'autres animaux nous sont désagréables, à cause de leur laideur, de leurs difformités, de tout ce qui domine en eux de contraire au beau. La limace lente et visqueuse excite l'horreur générale. Le ver de terre est moins répugnant ; mais le mille pattes excite toujours un sentiment de dégoût. La grenouille est antipathique à beaucoup de personnes. Il n'est pas toujours facile de donner la raison de toutes ces antipathies. Evidemment il faut d'abord tenir compte d'un vague sentiment de crainte, éveillé par l'idée d'un mal possible et inconnu fait par ces créatures, car la familiarité nous réconcilie avec elles. Une grande cause de crainte, c'est leur faculté de faire invasion ; cette crainte est proportionnée à leur rapidité de mouvement. Il se peut encore que le sentiment de notre dignité soit froissé lorsque nous les rencontrons sur notre passage, ou les voyons envahir une personne qui ne s'y attendait pas. Enfin, toutes les causes de dégoût épuisées, nous pouvons encore retomber sur le principe actif de dégoût et d'antipathie qui est inhérent à notre nature et qui, dirigé d'abord sur des objets qui réellement devaient inspirer l'horreur, s'étendrait ensuite à d'autres pour lesquels le prétexte de répugnance serait faible ou nul.

Notre sociabilité naturelle trouve 'de nombreux débouchés dans nos relations avec les différents animaux. Nous prenons les uns pour favoris, les autres pour chasser, pour détruire. Comme ce sont des créatures actives qui sentent, nous surveillons avec intérêt leurs mouvements et leurs mœurs à la fois si semblables et si dissemblables aux nôtres. Les collections d'animaux vivants tiennent une grande place parmi les plaisirs publics.

34. — Pour la forme humaine, les effets intrinsèques de la sensation primitive sont surpassés par les suggestions de l'ensemble par rapport aux émotions de l'amour. Une figure gracieuse, bien que faible en tant que support, est approuvée sur le terrain architectural du proportionné. Les courbes du contour passent souvent par toutes les formes possibles de flexion, allant du convexe au concave pour revenir ensuite au convexe.

La face contient certains traits que nous sommes habitués à considérer comme essentiels à la conformation humaine. Elle admet pourtant des variétés et certains types sont plus agréables que d'autres. L'explication de ces différences conduit à la théorie de la beauté de la figure humaine. Le type grec est fondé sur la proéminence comparative de certains traits, donnant lieu à des proportions particulières. Suivant Bell, ce qu'il faut considérer avant tout, c'est l'éloignement du type animal, et, ajouterons nous, du type des races humaines inférieures. Une sorte de modèle aristocratique fut inventé, et le goût des âges suivants fut contraint de l'accepter.

Lorsqu'il s'agit du mouvement, de l'expression, la condition première de beauté est tirée de ce que peuvent suggérer les sentiments, surtout l'amour. Tout ce que peut provoquer la plus puissante des émotions, n'arrivera pourtant pas à égaler la suprême beauté. Il ne faut cependant pas ici oublier une considération de la plus haute importance : je vais y faire allusion présentement.

35. — La beauté de caractère est un vaste sujet d'étude. Les détails sont nombreux, mais quelques points dominent l'ensemble. Nous avons encore ici l'éternel centre d'intérêt, l'amour. Une conduite dévouée aura toujours un charme auquel nul esprit ne pourra jamais rester indifférent (1).

36. — Nous devons dire un mot de l'opération vraiment artistique accomplie sous les ordres de l'imagination et de l'idéalisation, et qui consiste à combiner les éléments puissants fournis par le sentiment, et à les raffiner tout en conservant ce qui fait leur charme. Les sensibilités premières les plus intenses de l'esprit sont la sensualité et la malveillance. On peut arriver à les tenir à distance, mais sans pouvoir leur enlever une sorte d'attrait, de fascination. Il y a une façon de manier si délicatement les sentiments les plus grossiers qu'on arrive presque à détruire le désir de jouissance immédiate et réelle. La grande beauté d'une forme humaine, du mouvement, de l'expression, implique au fond,

(1) Le lecteur trouvera encore ici à s'instruire en psychologie artistique dans une des lectures contenues dans l'essai de M. Sully, intitulé : Aspects esthétiques du caractère. Toutes les considérations qu'il présente seraient trop nombreuses pour le présent ouvrage.

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