‹ Les émotions et la volontéChapitre 74 sur 194 · LES DIFFÉRENTES THÉORIES MORALES · texte numérisé non relu

LES DIFFÉRENTES THÉORIES MORALES

.]. — La volonté arbitraire de la dcité exprimée dans la révélation, est reconnue sérieusement par beaucoup comme vraie source du bien, mais bien d'autres défenseurs du cbristianisme regardent cette opinion non seulement comme non soutenable, mais encore comme pleine de conséquences dangereuses pour la religion elle-même.

Propriété, raison, convenance des clioses sont des mots qui indiquent une tendance à construire une théorie morale rationnelle ou intellectuelle. On fait de la détermination du bien et du mal un acte de discernement intellectuel, semblable à la perception de l'égalité ou de l'inégalité des longueurs, ou au discernement de la vérité ou de la fausseté d'un fait. Enfin, si la morale est un ensemble de règles, un système, un acte de l'intelligence est nécessaire pour les appliquer ; quand on nous dit de ne pas attaquer la personne, la propriété, la bonne réjDutation de nos semblables, nous avons besoin de la faculté qui nous permet de distinguer ce qui est une attaque ou non. Ce serait autre chose pourtant que de soutenir que les règles elles-mêmes ne sont fondées que sur une opération du jugement ; l'abstention de toute attaque contre nos semblables demande au fond quelque motif qui n'est pas intellectuel. L'intelligence peut déterminer la convenance des moyens pour arriver à une fin ; mais cette fin elle-même doit, en dernier ressort, être un sentiment quelconque , une chose désirable ou non, un plaisir à chercher, une souffrance à éviter, une impulsion à suivre. Les moralistes rationnels (Gudworth, Wollaston, Clarke, Price) ne rendent aucun compte du but final de la morale.

On peut opposer la même critique au dicton de Kant : « Agissez de façon à ce que votre conduite puisse être érigée en loi pour les autres êtres. « Il y a ici un attribut, une condition importante de la bonne conduite ; les actions qu'on n'accomplit pas généralement ne peuvent pas être approuvées. Cependant ce n'est pas tout, quelque chose est omis et ce quelque chose contient la véritable essence de la morale. Il faudrait pour qu'il soit complet que le dicton soit ainsi conçu : « Agissez de façon à ce que votre exemple puisse être suivi par tous, et que vos actes soient conformes à l'intérêt, au bonheur général, ou à quelque autre exigence de la société. » En générahsant l'action, on met tous les hommes sur Bain. — Émotions et Volonté. 17

le même niveau, et ron permet d'entrevoir toutes les conséquences ; mais on ne dit pas quelles fins l'on doit ainsi uniformément chercher. On n'établit pas de différence entre les différents usages moraux ; entre la polygamie et la monogamie, l'inégalité ou l'égalité des castes. Partout où prévaut une règle morale, on doit y attacher la condition de l'obéissance universelle ; ce qui est permis à l'un doit être permis à tous les membres égaux d'une même société.

Suivant Hobbes, le souverain agissant et responsable devant Dieu est le juge suprême du bien [right, ce qui est droit, suivant le droit). S'il a seulement voulu dire que la morale est une institution de la société maintenue par l'autorité et les châtiments de la société, il a formulé ce que je crois être le fait réel. Sa théorie du gouvernement était cependant celle-ci : les hommes pour échapper aux maux de l'état de nature, se constituèrent en société et firent ou auraient fait leur testament en faveur d'un seul législateur despote. C'était là la question pratique du temps de Hobbes ; les événements ont décidé contre lui.

4. — Quelques auteurs ont proposé un système moral uniquement basé sur des motifs égoïstes. Ils affirment que les hommes accomplissent leurs devoirs sociaux et moraux, en vue de satisfaire leurs intérêts individuels, et en conséquence que les règles du bien sont adaptées à ces intérêts. Mais si par satisfactions « du moi » on veut dire les satisfactions de l'individu qui ne sont pas partagées par les autres personnes, — les plaisirs sensuels, l'amour de la richesse, de la puissance, des honneurs, et tous les autres plaisirs exclusifs — nous pouvons en toute sûreté nier la prétendue constitution de la nature humaine sur laquelle est fondée la théorie. (Je comprends ici dans le terme — constitution de la nature humaine — les plaisirs qui sont nés d'associations constantes, ainsi que les plaisirs originaux, primordiaux ; puisque tous contribuent à constituer et à déterminer l'homme intérieur). Il y a une classe de plaisirs qu'il est dans leur nature de prendre dans les autres créatures; ce sont là toutes les affections sociales. Nous avons de plus une tendance à entrer dans les souffrances de ceux qui nous entourent, de les sentir comme si elles étaient nôtres, et de travailler à leur soulagement en agissant comme nous le ferions pour nous. La puissance de la sympathie est un

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