THÉORIE UTILITAIRE 2G
actions sociales les plus obligatoires sont celles qui sont essentielles à l'existence même de la société.
« On doit assurer la sécurité sociale parce que c'est ce qu'il y a de plus nécessaire à l'existence des hommes vivant en commun ; tout ce qui y fait obstacle peut être considéré comme une chose mauvaise. C'est sur ce fondement que nous étabUssons le bien, le devoir, l'obligation comme s'attachant à l'obéissance à la loi, à la fidélité aux contrats, à la justice, à la vérité ; et en faveur de ces classes d'action, nous employons le châtiment comme sanction.
« De plus, l'homme désire non pas la plus faible sécurité compatible avec l'ordre civil, mais bien la plus complète possible; c'est pour cela qu'il donne une si grande importance à la vertu de l'intégrité.
« Quand on adopte une chose comme bonne et qu'on l'impose, si cette chose est autre que la sécurité sociale, il faut qu'elle produise une augmentation nette du bonheur général sans aucun sacrifice matériel du bonheur individuel. Un simple accroissement de jouissance ne doit pas être sur le
l'instrument et le critérium de ce qui est obligatoire. Là où le code ne prescrit pas une peine, il ne crée pas un devoir; là où la société ou toute autre autorité ne pense pas à propos de menacer d'une punition, elle ne songe pas à formuler une loi morale.
Ainsi, pour ce qui regarde Yon'gine des obligations morales et la vraie autorité prescrivant l'obligation, nous devons insister pour avoir quelque déclaration positive. Qu'est-ce qui voit f3ire ainsi la loi à la communauté sur quel droit se fonde-ton pour la faire? L'autorité est-elle au despotisme, à la monarchie constitutionnelle ou à la république ? Doit-on faire appel à l'opinion publique, permettre la discussion à tous, avant qu'un bill moral devienne une loi morale ? Devons-nous ( recevoir notre code d'une antiquité vénérée, enfermé dans notre religion, et fermé à jamais à tous les changements ? Quelle que soit la réponse, il en faut une et précise, comme l'histoire des fondations politiques de notre code légal.
De plus, nous avons besoin d'avoir un code écrit de morale publique, ou réunion des devoirs imposés par la société ; et ce ne devrait pas être un traité écrit librement, mais bien une stricte énumération de ce que la société impose sous peine de punitions, et des choses qu'elle défend avec la même rigueur. Le système de morale composé pour guider l'individu, membre de la société, doit exclure toutes les vertus qui portent en elles leurs récompenses, tout comme une ordonnance de guerre omet de rappeler les vertus du soldat, et ne fait qu'énumérer les offenses et les crimes. Le vaste et intéressant champ de la vertu et de la noblesse de l'homme doit être exploré à part avec toute l'éloquence possible, qualité de composition qui n'a rien à faire dans un strict traité de morale, pas plus que dans un code criminel ou dans un digeste de la procédure de la justice de paix.
même pied que la sûreté générale. » (Edition de Paley cidessus citée.)
Il est d'usage de distinguer entre les fonctions nécessaires ou non du gouvernement. La défense, la sécurité, l'administration de la justice, etc., sont nécessaires ; mais que le gouvernement doive ou non subventionner les églises, les écoles, les théâtres, les établissements de charité, l'administration des routes, chemins de fer, postes et télégraphes, voilà qui dépend de bien des considérations. Il en est de même en morale. La société doit forcer les hommes à tenir leur parole et punir celui qui la viole ; mais il n'est pas absolument nécessaire de maintenir les distinctions héréditaires de caste, bien qu'il soit permis à chacun de présenter en leur faveur des arguments assez forts pour justifier l'obhgation du respect envers la classe favorisée, ou bien de vouloir la réduire à rentrer dans la communion sociale.
12. — Il semble à première vue que la grande objection à faire contre le principe d'utilité imposé sans exception, vienne de la considération de la liberté individuelle. (Une objection bien plus sérieuse, serait celle qu'on tirerait de la failhbilité de l'autorité sociale.) Toute loi publique est une restriction imposée à la libre volonté des individus ; la somme totale de souffrance et de privation qui forment de semblables contraintes doit être opposée à l'utilité positive de la loi. Il y a des cas où l'autorité publique peut faire un bien positif et contraindre le moins possible l'individu, lorsqu'il s'agit par exemple d'établir des communications postales ; l'intervention de l'autorité est alors justifiée. Il y a d'autres cas plus discutables, lorsqu'il s'agit des établissements rehgieux et d'éducation, et des règlements sur le travail. Dans les pays ou ces questions sont discutées et résolues par l'opinion générale exprimée après la libre discussion, il est difficile de trouver une autre pierre de touche que le bonheur des populations évalué par elles-mêmes.
L'aversion assez commune pour le principe d'utilité se résout en une préférence sentimentale aboutissant à l'abnégation de la raison dans la vie humaine. Un homme refuse d'embrasser une profession lucrative à cause de son orgueil de famille, et aime mieux vivre dans la misère et les privations ; voilà un choix dicté parle sentiment, et faux par rapport au bien-être privé de l'individu. A cause d'une aversion